‹ Histoire générale depuis les temps les plus reculés jusquà l'an 1832Chapitre 7 sur 25 · ASSEMBLEE CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

ASSEMBLEE CONSTITUANTE

Ouverture des Etats-Généraux. Sieyes. Mirabeau.

Les députés des trois Ordres se réunirent à Versailles; ils avaient été convoqués pour le 27 Avril 1789, mais l'Ouverture solennelle des Etats n'eut lieu que le 5 Mai.

Il était évident que c'était principalement en faveur du Tiers-Etat, c'est-à-dire de la masse de la

Nation qu'avaient été faites les promesses royales; ce n*est que, sous ce rapport, que ces promesses pou<» valent avoir du poids et une tendance salutaire. Ce n'était ni sur la noblesse, ni sur le clergé que pesait le pouvoir de la Cour, comme tel; il n'opprimait que le peuple. Ce n'était donc que le peuple qui avait besoin d'allégement* C'est incontestablement aussi par suite de cette conviction que fut rédigée Tordonnance qui fixa au double le nombre des députés par qui le Tiers-Etat devait être représenté. La restriction de l'autorité monarchique, la régénération politique de l'Etat, reconnues indispensables pour le salut de la Nation , ne pouvaient donc avoir lieu que dans le sens de l'esprit démocratique.

Le Tiers Etat sentit bien aussi l'avantage de sa position et reconnut toute l'étendue de ses prétentions fondées sur la raison et sur l'histoire, principalement depuis que le Savant Abbé Sieyes, par son .excellent ouvrage intitulé : «qu'est-ce que le Tiers- £tat?« avait mis au grand jour ce point trop longtemps enseveli dans les ténèbres produites par le préjugé, l'arrogance, la tyrannie et l'esprit de servitude. Le TierSfEtat revendiqua hautement ses droits; une question de haute importance provoqua aussitôt les partis au combat; il s'agissait de savoir si l'on recueillerait les voix par Ordre de l'Etat ou par tête? Bans le premier cas le nombre double des

députés fin Tiers-Etat n'était d'aucun avantage ; dans 1^ second il entraînait la prépondérance.

Les Roturiers pour parvenir a l'état de possession invitèrent les deux autres Ordres de l'Etat (8 Mai *7^9) ^ f^i^e examiner dans une assemblée générale les pleins-pouvoirs de tous les membres des Etats-généraux. La Noblesse et le Clergé s'y refusèrent. Les négociations traînèrent en longueur. Finalement le Tiers-Etat renforcé de plusieurs membres du bas clergé qui s'étaient rangés de son parti^ se constitua, d'après la proposition de l'Abbé Siey es, en Assemblée nationale(i7 Juin). Cette démarche d'une haute importance fut le premier symptôme du nouvel ordre des choses.

Une résolution aussi courageuse répandit l'allégresse parmi le peuple; mais elle occasionna aussi de grands mouvements parmi la Noblesse et le Clergé, et jeta l'effroi dans l'esprit des partisans de lanceur. On annonça une séance royale et la salle iut fermée. Mais les députés — au nombre desquels se trouva leur premier président Bai 11 y — se rassemblèrent dans la salle du Jeu de paume, tinrent une seconde séance dans TE g I i s e St. Lo u i s (ao et ^% Juin) et jurèrent de ne point se séparer que la réforme de l'Etat ne fut complètement achevée. Dans cette dernière séance la plus grande partie àa clergé passa dans lés «angs du l'iers état- Plusieurs mem-

fares de cet ordre avaient déjà fait antérieurement la même démarche.

La séance royale eut lieu le a 3 Juin. Le roi séduit par les aristocrates adressa des reproches aux députés du peuple. Prétendant être lui-même et lui seul le représentant de la Nation, il voulait régler seul prendre toutes les mesures nécessaires , dans le cas ou l'assemblée nationale agirait contre ses intentions. Il déclara ordonner que les voix fussent recueillies par Ordres de l'Etat, et non par têtes, et que l'on délibérât à l'avenir dans trois chambres séparées. Au surpluS) il renouvela la promesse des réformes reconnues urgentes par la voix de la nation.

Le Roi s^étant retiré, le Tiers-état (ainsi qu'une partie du dergé) resta dans la salle des séances. Un commisœiire du Boi sa présenta pour réitérer k l'as- «anb^ Perdre de se séparer. Ce fut dans cet instant mémorable q«ie Mi rabeau eut le courage de proBOBonr ces^ paroles audacieuses «Les députés du peuple ne quitteront leurs sièges que par la force des'baïonnettes« et l'assemblée Testa réunie, prit plusieurs délibérations énergique^ et se troùTa renforcée le lendemain d'im certain nom* bre de membres de k noblesse -^ le Duc d'Orléans à leur teie -^ qui avaient passé dans se& rangs. Le Roi toujours irrésolu et Cédant à l'impulsion du ino<^ ment orddtinci alors à là majorité de la noblesse de

se réunir au Tiers-Etat et l'Assemblée nationale, par suite de cette décision se trouva complétée (5^7 Juin).

Le premier coup fut ainsi porté à la Royauté — évidemment par ceux qui s'en nommaient les défenseurs. En révoquant son ordre, en tolérant la désobéissance le Roi manifesta soit son injustice, soit sa faiblesse, et autorisa ou enhardit ainsi l'assemblée à persister dans son esprit d'opposition.

Il paraissait cependant encore possible, même vraisemblable que dans la déplorable lutte entre le monarque et le peuple la victoire restât au dernier. Avec de la résolution et de la fermeté le maître de la force armée et des arsenaux aurait pu triompher d'une assemblée nationale sans défense et des masses non aguerries d'un peuple séditieux. Aussi le. Roi fut- il sollicité par quelques-uns de ses conseillers de ne plus garder de mesures. Ils auraient mieux fait de lui conseiller de se réunir étroitement et sans arrière pensée aux membres les mieux intentionnées de l'assemblée nationale^ et par là de faire cause commune avec la Nation. Cette voie ne présentait aucun danger ; elle menait à la gloire et à la prospérité. La voie opposée mettait les armes et la hache des bourreaux entre les mains d'une populace furieuse et effrénée; et cependant le triomphe le plus sanglant n'eût jamais transformé la réalité en illusion, ou l'illusion en réalité. LeChristianisme même, ainsi que la Béformation eussent pu être abattus

' par des mesures violentes employées à propos et sans ménagement. C'est aussi ce qui arriva en effet dans plus d'un pays. En estil résulté aucun bien ? Malheur à la cause qui n'a pour elle que l'abus du pouvoir.

Prise de la BastiUe. Nuit du 4 ^oût,

La condescendance de la Cour n'avait été que l'effet de la crainte et non celui de la réconciliation. Le coup d'éclat se préparait. On comptait avec le secours de la force armée détruire les voeux, les justes prétentions, les demandes raisonnables du peuple et de l'assemblée nationale. Trente mille hommes furent rassemblés aux environs de la capitale. Ces préparatifs hostiles du Roi excitèrent le peuple à la révolte, engagèrent les Représentants de la nation dans une lutte pénible entre des devoirs opposés, et alarmèrent ou irritèrent les amis de la Liberté. On imagina et Ton prit de concert des mesures de révSistance. Des sociétés patriotiques se formèrent pour diriger les masses du peuple en fermentation et pour opérer parmi elles une unité d'intention et d'action.

Au milieu de ces grands mouvements se répandit le bruit que Necker et Mont morin, les deux mi« Qîstrçs populaires avaient été renvoyés (i i Juillet) et

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