IV
batinis^ du royaume. Ils furent remplacés, ainsi que leurs collègues par des partisans déclarés du despotisme à la tête desquels se trouvait l'odieux baron de Breteuil. Les Aristocrates venaient donc de l'emporter. Les propos menaçants de ces ministres arrogants annoncèrent que le grand coup allait être porté; les Patriotes prévirent une nouvelle St» Barthélémy; leur propre salut, celui de la Nation en- • tière ne leur parut possible qu'en prévenant le coup qui devait les «iccabler.
Le soulèvement commença donc alors dans l'immense capitale. Il éclata complètement le i4 Juillet et abattit d'un coup rapide et décisif le pouvoir des ennemis de la nation. I^e peuple après s'être emparé des fusils, des canons et des munitions de guerre déposés à l'hôtel des Invalides, se mit en niarche vers la Bastille, forteresse redoutée , prison d'Etat où depuis plus de quatre siècles avaient été jetés tant d'innocents et d'hommes vertueux et qui menaçait encore quiconque osait manifester des opinions libres. La Bastille fut emportée d'assaut. La plupart de ses défenseurs tombèrent sous le fer des assaillants. Le Gouverneur — qui par trahison avait fait massacrer une foule de citoyens qu'il avait attirés dans le fort — périt, après la conquête de la place, victime de la fureur populaire. Le Maire F 1 esse 11 es qui s'était conjuré avec ce Gouverneur pour exterminer les séditieux, subit le même sort. Le peuple ne commit
"point (l'autre violence. Dès le même jotir commença h démolition de ce ohâfean. I>es chants de la Liberté retentirent dèslors dans la capitale, et delà dans tout le Royaume.
La nouvelle de la destruction de la Bastille remplit de joie les esprits bien pensants dans toute TEurope. Le Roi dans ces entrefaites exauça les voeux de l'Assemblée nationale ; les troupes étrangères furent renvoyées, les nouveaux ministres congédiés, et Necker fut rappelé, à la grande satisfaction de la nation. I^ Monarque se rendit en personne à Paris, et la réconciliation du Roi avec son peuple fut célébrée par une fête publique qiii^ d'après les expressions d'allégresse, d'attendrissement et d'affection qui la signalèrent parut être le présage du repos et du bonheur de l'Etat régénéré.
Cependant deux partis opposés conservaient au fond du coe!u* un ferment d'amertume et d'indignation, contre un événement qui ranimait l'espoir des gens de bien. C'étaient, d'un côté) les privilégiés, et de l'autre les Démocrates animes par le fanatisme et l'intérêt personnel. Les premiers y voyaient le renversement du pouvoir aristocratique et la proclamation de la Liberté cow m u n e et du bonheur social commun. Cette idée était incompatible avec leurs principes. Plutôt que de se soumettre à un tel état de choses, ils préférèrent de s'expatrier, ou aussi de revenir sur le sol na-
tal, appuyés des armes de Tel ranger et de livrer la France aux calamités de la guerre civile pour recouvrer leur grandeur passée. Immédiatement après le i4 Juillet ils quittèrent, par troupes, le royaume; — l'exemple fut donné par le Comte d'Artois avec ses fils et par le Prince de (iO nd é. Us laissèrent ainsi le Roi sans soutien et sans conseil exposé aux fureurs de la tempête. Cependant lemigration des Princes de sa maison et des Seigneurs les plus dévoués de la Cour parut ne pas avoir eu lieu contre sa volonté; il partageait peut-être les voeux, et les espérances des émigrés! Pouvait-on se fier aux promesses qu'il avait faites au peuple? Etait-il prudent de laisser tout le pouvoir au trône ? Tels étaient les discours des plus forcenés d'entre les Démocrates^ parmi lesquels il s'en trouvait plusieurs de bonue-foi, mais aussi beaucoup d'autres qui sous le voile du patriotisme çacbaiept des projets ambitieux et perfides; car, par nialbeur, la cause du peuple n'eut que trop ile (ain amis !
PiiiQS le renyer^çment de l'ordre social et à la faveur des masses d'une populace facile^ à séduire et dont ils dirigeaient les mouvements ces scélérats cherchaient à s'élever eux mêmes et à s'emparer des richesses et du pouvoir, en foulant aux pieds la Patrie qu'ils trahissaient au nom de la Liberté. Une graude partie d'entre eux se rangea — soit de bonne foi, soit par feinte — ^ sous les drapeaux du Duc d' Orléans:
cet homme le plus vtcieiix de tous, audacieux dans ses projets^ quoique toujours lâche dans Texécution, tendait une main téméraire vers la couronne ; irréconciliable ennemi de la famille royale dont il faisait partie, puissant par son opulence et par le dévouement d'une populace, en partie vendue à ses intérêts et en partie séduite par ses trompeuses promesses, il fut, par son incapacité plutôt Finstrument que le chef de la faction.
Les forcenés qui par erreur ou par fanatisme politique, embrassant avec l'aveuglement de la passion la chimère d'une Liberté absolue du peuple et abjurant, par amour de leur idole, tout sentimecft d'humanité, foulèrent aux pieds les droits religieux et sociaux, ces bourreaux de la France, qui s'en nommaient les libérateurs, mériteht , sans contredit, notre aversion; mais du moins, ils ne partagent pas le mépris que nous vouons avec la haine, aux hypocrites dont nous avons parlé plus haut.
Il n'y avait pas d'apparence que le peuple, et surtout la population d'une capitale corrompue , après avoir victorieusement rompu les liens de l'obéissance, rentrât aussitôt dans les bornes de l'ordre social et de la tranquillité publique. Il est vrai que Bailly récemment élu maire de Paris, et La Fayette commandant de la garde-citoyenne nouvellement créée employèrent des mesures énergiques pour réprimer le désordre. La haine et le ressentiment
populaire éclatèrent cependant; plusietirs ennemis du peuple — vrais ou prétendus tels - en périrent victimes, l^a famine porta aussi h populace grossière aux excès de la fureur. Une mauvaise récolte, la négligence du gouvernement et surtout les manoeuvres perfides des chefs de partis occasion nèi-ent la cherté des vivres. Foulon Conseiller d'Etat et Berthier son gendre. Intendant de Paris, regardés par le peuple comme les auteurs de cette calamité périrent d'une mort ignominieuse. La fureur populaire attisée par des scélérats éclate dès lors dans la capitale; les assassinats se multiplient, sous le nom d'actes »de 1 a h a u t e justice du p en p I e.« Les bourreaux de la Place de Grève se montrent avec audace, et les cris »à la Lan te m ea retentissent. Le soulèvement se manifeste aussi dans les provinces. Plusieurs- villes suivent l'exemple de la capitale et les habitants des campagnes depuis longtemps accablés sous le poids de l'oppression se lèvent et marchent à la vengeance. Ils incendient un grand nombre de châteaux et commettent maint acte de barbarie. Les temps de l'anarchie semblent renaître accompagnés de toutes ses horreurs.
Ces crimes qui souillèrent la renaissance de la Liberté française peuvent être imputés en grande partie à quelques membres de l'Assemblée nationale ellemême* Cependant enfin la majorité de ce corps mieux intentionnée prit (7 Août) une délibération
qui rappela à leur devoir les perturbateurs du repos public, chargea les Gardes-nationales (promptement levées dans tout le Royaume) du maintien çle Tordre et de la sûreté générale, et fit prêter à celles-ci, ainsi qu'aux troupes de ligne, le serment de fidélité.
L'assemblée nationale avait dans ces entrefaites commencé l'Oeuvre de la Constitution, et se déclara hA ss embl ée Constituan te.<c Pendant les vifs débats que fit naître la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, que les plus ardents amis de la Liberté voulaient publier avant l'acte constitutionnel, le vicomte de No ailles^ dans la séance du 4 Août monte à la tribune, expose k l'assemblée nationale les souffrances et l'agitation du peuple, en démontre la source dans les charges féodales, dans les pri'^ilèges des classes favorisées et dans tous les autres droits abusifs, suites des temps de la barbarie. Ce Noailies, l'un des plus illustres privilégiés, rejeton d'une maison riche en droits féo<^ daux et seigneuriaux, réclame comme un tribut dû à la justice et à l'humanité, l'abolition de toutes les prérogatives, de tous les privilèges personnels et attachés à la naissance, et le rachat de ceux qui avaient quelque fondement valable. Cet acte de générosité pénètre d'un enthousiasme soudain les esprits de toute l'assemblée. Dans l'ardeur d'une noble émulation c'est à qui offrira le sacrifice de ses privilèges, c'est à qui renoncera solennellemejnt à des droits an-
tiques, proposera la répression de vieux abus, et dans le court espace de quelques heures d'éternelle mé* moire) la France se voit tout-à-coup soulagée du lar deau ignominieux sous lequel elle h géuii depuis des siècles, et dégagée de toutes les entraves du droit historique, ennemi de la prospérité nationale et des droite imprescriptibles de l'humanité.
Cest dans cette mémorable nuit du 4 Août que furent abolis toutes les corvées, toutes les servitudes, tous les droits de ban, de chasse, de pèche, de juridiction patrimoniale, tous les impôts fonciers qui nétaient pas établis à titre privé, entre autres la dime, exécration de la classe agricole et monument déplorable d'une législation barbare ; de même que la vénalité des offices de judicature, tous les privilèges des classes supérieures relatifs au paiement des tailles et à l'admission aux emplois et aux dignités, tous les droits particuliers des provinces et des villes, des corps de métier et des Communautés* Le Roi sous qui s'opérèrent ces réformes salutaires fut proclapié le Restaurateur de la Liberté française et les temples retentirent des actions de grâces solennellement rendues à l'Eternel pour l'accomplissement du grand oeuvre de la régénération.
Journées des 5 et ^'Octobre,
Les plus belles scènes de la Révolutioir française sont maintenant jouées. Les généreuses délibérations du
4 Août métue ont produit de tristes résultats. A cotnp« ter de ce jour la division entre les principales factions de l'Assemblée nationale et du Royaume, c'est-à-dire entre le& Aristocrates et les Démocrates se montre plus prononcée et plus hostile. D'un côté, se manifeste par des discours et des actions la consternation produite par le coup qui vient d'être porté, de l'autre, l'orgueilleux espoir de triomphes encore plus éclatants. Ce qu'il y eut de plus affligea nt ce fut l'accroissement que prit l'influence de la capitale, c'està-dire, des masses grossières de sa population, sur les délibérations de l'assemblée nationale.
La manifestation des voeux et de la volonté de la nation purement exprimés jusqu'alors par l'organe de la meilleure et de la plus saine partie des représentants de son choix fut étouffée par les clameurs et les demandes insolentes de l'ignorante et uialicieuse populace parisienne, agitée par des manoeuvres sourdes, calculant la justice de ses prétentions d'après la force des poumons et des bras de ses-énergutnènes et se prostituant au premier scélérat qui la soudoyait.
La lié du peuple, les portefaix, les courtiers, les poissardes profanant la majesté du peuple dont ils usurpaient le nom, bannirent la Raison et la Vertu et effarouchèrent ainsi la Liberté à peine naissante qui ne peut exister que sous l'empire de l'une et de l'autre.
Deux articles principaux de la nouvelle Constitu-
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tion, c'est-à-dire, rétablissement d'une seule chambre pour la Représentation nationale, et le renouvellement de tous les députés tous les deux ans obtinrent l'approbation de la grande majorité. Les espérances quelaNo blesse et le haut-clergé avaient fondées sur la formation d'une c ha m bre h au te^ projet fortement appuyé parNecker déraisonnablement engoué de la constitution anglaise, s'évanouirent ainsi par le triomphe du système d'une seule chambre, système bien plus sage et plus conforme aux progrès de l'esprit du temps. Il était sans doute d'autant plus nécessaire d'affermir l'autorité royale, vis-à-vis d'une représentation indivise; le veto royal parut une condition indispensable du maintien de l'équilibre entre les deux pouvoirs. Tous les amis sincères et éclairés de la Monarchie demandèrent eu conséquence le veto; mais les Républicains dont le nombre et l'audace s'accroissaient de jour en jour s'y opposèrent avec d'autant plus de véhémence. On dcmna l'alarme à la stupide multitude, par de vagues déclamations contre le veto; et sans savoir, sans comprendre la signification de ce mot, les forcenés en firent leur cri de guerre, et jurèrent d'en exterminer les partisans.
Un accomodement mit un terme à la lutte au sujet du veto. On convint d'en limiter l'effet: il ne devait avoir de force que pendant l'espace de deux sessions de l'Assemblée législative. C'était une bien
faible défense contre les attaques dont l'autorité ro« yale était menacée.
Les mouvements toujours plus inquiétautsde la poptilace nourrirent t-t forlifièrent la haine de la Cour pour le nouvel ordre de choses. On ne voyait point ou l'on ne voulait point voir que les demi-mesures, l'irrésolu* tion, le manque de but avaient occasionné le mal, et l'on continua d'opposer des mesures faibles et se* crêtes à une cause qu'on feignait extérieurement d'approuver. Le Régiment de Flandre, ainsi que quelques escadrons de cavalerie furent appelés à Versailles ; dans un festin donné à ces troupes par les Gardes du corps, les convives manifestèrent des sentiments impopulaires; des esprits mal intentionnés en répandirent parmi le peuple des rapports exagérés, et dénaturèrent peut-être les faits. On prétendit que la cocarde nationale avait été foulée aux pieds; que les convives avaient juré haine et extermination à l'assemblée nationale et à tous les Patriotes, et que le Roi et la famille royale avaient assisté à cette orgie.
Ces bruits irritèrent le peuple et hâtèrent l'émeute préparée depuis long-temps, mais dont le caractère, ainsi que' le mobile contrastent de la manière la plus frappante avec l'insurrection du t4 J^^îll^l^- Les hordes les plus abjectes de la lie du peuple , conduites par d'exécrables- scélérats jouèrent les principaux rôles dans les journées des 5 et 6 Octobre. Ce ne fut,
pas l'intérêt sacré de la Liberté et de la Patrie qui donna l'impulsion à ce mouvement. Ces bandes fiirent excitées, d'un côté, par la f a m i n e effet d'une disette factice, de l'autre, par la fougue de la joie féroce d'une populace, qui ne connuit plus de frein* Les chefs, de leur côlé, (pour la plupart Orléa nistes) étaient mus par l'esprit de pertidie et par les chimères de l'ambition la plus audacieuse.
Jje cinq Octobre au matin plusieurs milliers de femmes en furie, auxquelles se joignirent un certain nombre d'hommes de la plus dégoûtante classe du peuple s'attroupèrent, en criant famine, marchèrent à l'hôtel-de-ville, l'escaladèrent et le pillèrent ; puis renforcées par d'autres bandes farouches, ces masses se mirent en marche eu s'écriant: allons à Versailles*
Cet appel retentit parmi la mifice bourgeoise et la majeure partie de la population de Paris. Ce furent les Gardes-françaises qui montrèrent le plus d'ardeur. On voulait chasser les Gardes du corps, et le régiment de Flandre, et emmener le Roi, ainsi que l'assemblée nationale à Paris* Ce fut en vain ^ue La Fayette et Bail ly s'opposèrent à ce projet funeste; ils furent contraints de céder, et la Fayette lui-même se mit à la tête de l'émeute, pour en réprimer les excès. Quarante mille personnes avec de l'artillerie se mirent donc le soir en marche pour Versailles. A l'approche de ces masses ar-
mées, les Gardes du corps reçurent l'ordre de se re« tirer; les Gardes françaises occupèrent, dès le soir, tous les postes du château. et la Fayette après avoir pris toutes les mesures de précaution, (plusieurs cependant accusent ce général d'en avoir négligé quelques-unes) crut la tranquillité rétablie. Mais le lendemain avant le point du jour (6 Octobre) éclata le plus épouvantable tumulte excité par des agitateurs cachés (on prétend même par quelques membres de la représentation nationale) éclata. Des brigands entrent dans le château, font main basse sur les Gardes-du-Corps qu'ils rencontrent, pénètrent chez la Reine et poursuivent cette princesse qui va cher* cher un refuge dans les appartements du Roi, où M. de la Fayette, accourant avec la garde-nationale chasse ces brigands et rétablit le calme dans le château. Mais plusieurs Gardes-du-corps avaient déjà été immolés; d'autres maltraités ou faits prisonniers. Ceux-ci attendaient la mort. Le Roi accompagné de sa famille se préseuta alors au peuple, demanda la grâce de ses Gardes, et promit de condescendre aux voeux du peuple en se rendant à Paris. Le sang cessa de couler et le Roi avec sa famille se laissa conduire à Paris, escorté de la multitude des séditieux triomphants, tourmenté des inquiétudes les plus accablantes et ne voyant autour de lui qu'un tableau qui révoltait et alarmait son âme généreuse. L'assemblée nationale ne tarda pas à le suivre à la
capitale; d'après la proposition insidieuse de Mirabeau, elle s'était déclarée inséparable de la personne du Roi. Ce député espérait par là de la livrer à lé merci de la populace, des factions effrénées du Palaisroyal et de leurs moteurs. Il y réussit en partie.
Cependant les désordres commis dan» les journées des 5 et 6 Octob., avaientindigné les gens de bien, et déconcerté les méchants qui virent échouer leur projet de faire assassiner le Roi, ou de le contraindre à prendre la fuite et de faire passer la régence aux mains d'Orléans. Ce Prince sous le prétexte d'une mission fut envoyé en Angleterre. L'assemblée nationale parut alors pendant quelque temps animée d'un meilleur esprit, et la nation, c'est-à-dire, l'immense majorité de la nation manifesta par des preuves multipliées son zèle pour le nouvel ordre de choses. De toutes les provinces du Royaume affluèrent des adresses de remerciments à l'assemblée nationale. Les dons patriotiques offerts par les pauvres et les riches tant hommes que femmes^ des propositions dans l'intérêt général, des projets de réforme et de nombreuses productions des talents et du savoir furent journellement déposés sur l'autel de la Patrie.
Le Roi et la Reine regagnèrent aussi les coeurs de la nation, par diverses manifestations de leur amour pour le peuple et de leur attachement à la nouvelle constitution. Le Roi se rendit Ubrement (4 Février 1790) au sein de l'assemblée nationale, où il protesta
solennellement de la sincérité ^e ces sentiments* Une nouvelle alliance se forma entre lui et la nation ; il renouvela publiquement sa renonciation aux droits d' Â u t o c r a t e et se contenta d'être le chef d'un Etat libre, revêtu d'un pouvoir limité par la Loi. Tous * les Français — ^ les factieux exceptés — ^ se pénétrèrent d'amour pour lui; sans le» intrigues de l'Aristo* cratie la France eût pu se promettre d'heureuses destinées.
Travaux préparatoires de la Constitution.
Assignats, Nouvelle division de la France en départements.
Fête de la confédération des Français.
Ce fut alors que commencèrent les travaux de la rédaction de l'acte constitutionnel. Toutes les dispositions en furent conçues dans un esprit purement démocratique. A l'exception du chef de la monarchie (lequel cependant était subordonné à la Loi), ^gus les citoyens devinrent égaux en droits; toutes les distinctions de rangs, de classes et de provinces furent abolies; le droit historique qui jusqu'alors avait dominé dans les institutions et dans l'administration de l'Etat, ce chaos inextricable, reste des temps de la barbarie fut remplacé par un système établi sur les ba- ' ses du droit philosophique et de la politique épurée.
Dégagée de toutes Jes entraves du préjugé, de la possession ou de la coutunne, la France devait acquérir la forme, qu'aurait tracée la raison, lors de la création d'un Etat entièrement nouveau.
4 La constitution civile du clergé fut un des premiers bienfaits de cette loi de la raison. Tous les biens ecclésiastiques furent déclarés propriété nationale, et l'Etat fut chargé de pouvoir convenablement à l'entretien des ministres du culte.
Cette réforme était exigée par les motifs les plus pressants. L'embarras des Finances était à son comble. Reprendre les troio milliards de biens ecclésiastiques qui n'avaient pas cessé d'être propriété de l'Etat — puisque l'Eglise ne forme point un Etat daas l'Etat — , c'était une mesure aussi juste que nécessaire; aussi sauva-t-elle la France, . Cependant on ne s'en tint pas aux biens du clergé; on eut aussi recours aux domaines de la couronne. A l'exception de quelques châteaux dont on laissa la possession au Boi , les autres furent séquQsti^s pour subvenir aux besoins de TEt a t^ et l'on en proposa aussitôt là v e n t e.
Pour faciliter l'achat des biens de la couronne et du clsrgé on créa, sous le nom d'Assignats, i^in papiQr-mqnuaie, d'abord pour une soipme de 4oo millions de francp (19 Décembre 1789), dont l'extinction devait a'op^rer dans l'espace de six ans^ aq moyen de I9 vente I pour une par^ill? somm?» de hicins ni^tio-
naux dont le paiement s'effectuerait en assignats au lieu de numéraire- Cette sage mesure produisit à la vérité de grands maux, par l'abus qui en fut fait; néanmoins dans Turgence du moment, quoique employée avec une trop grande latitude, ce fut une excellente ressource. Les assignats furent bientôt Tunique papier-monnaie ayant cours 5 et l'on en multiplia l'émission jusqu'à la concurrence de dix-huit cents millions.
Ce ne fut cependant pas seulement par les opéra- . tions financières, mais ce fut encore sous les rapports politiques ^t d'une manière indirecte que les assignats influèrent favorablement sur la marche de la révolution ; ils facilitèrent les achats de biens nationaux, et tout acquéreur de ces biens devant naturellement être porté po!ir le succès de la révolution, l'intérêt personnel devint une garantie, un surcroît de forces pour la puissance des idées.
Ces mesures furent bientôt suivies de la suppression dé tous le& ord res ecclésiastiques et religieux, bienfait immense pour la France, et de la suppression des Parlements (28 Février 179Ô), laquelle ne produisit que de légers mouvements parmi le peuple. Ces compagnies avaient perdu toute leur popularité depuis que la nation dupe de leur résistance naguère si prônée , avait reconnu que leur opposition n'avait été que l'effet de Tégoïsme et de l'esprit de corps. Le bruit de leur