‹ Histoire générale des Arabes (volume 2)Chapitre 18 sur 32 · PNEU UE · texte numérisé non relu

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une nouvelle Kaaba. Pour se soustraire à leur zèle importun, Almanzor fut obligé de les faire attaquer par ses troupes et tailler en pièces ; ils combattirent avec le plus grand courage pour adorer le khalife malgré lui. Il y eut des sectes plus sérieuses et plus redoutables; celle des Zendiens soutenait hardiment que la propriété est un crime, qu’on ne doit posséder aucun bien en propre, et qu’il est défendu à l’homme de manger la chair des animaux; elle fut poursuivie avecacharnement et exterminée. Parmi les imposteurs et les faux prophètes, certains personnages jouérentunrôle assez important : ainsi Moçanna, en 781, excita une révolte dans le Khorasan. Plus tard (834), Babek fonda dans l’Aderbidjan la secte des Ismaéliens, qui professait, si nous en croyons les historiens arabes, le matérialisme le plus complet et qui résista quatre ans à toutes les forces du khalife Motassem. Aucune ne se répandit avec plus de rapidité et de succès que celle des Karmathes, qui dans le Xe siècle infesta l'Arabie et enleva toute la parlie orientale de la péninsule à l’autorité spirituelle et temporelle des khalifes.

Karmaih conservait la plupart des pratiques du Coran : ildisait appartenir à la secte des Schiites, etreconnaissaif en effet Ali et les sept imams pour héritiers directs dE Mahomet. En admettant toutefois les principaux dogriek! l'unité de Dieu, les récompenses à venir, l'utilité de’ prière, il niait la révélation et propageait des dObtrineé anti-sociales. Il avait imaginé plusieurs degrés d'niee liation pour ceux qui se vouaient à sa fortune. Le ep nier échelon de celte initiation était, seloNowairi"ét Makrizi, l'athéisme. Il serait difficile de Sroire qu'un?

. semblable doctrine eût trouvé un grand nombre d’adhérents, si Karmath n’eût prêché en même temps labolition de l'esclavage. Ses partisans, combattant au nom de la liberté, renversèrent tous les obstacles ; lorsqu'ils se furent enrichis par le pillage, ils se livrèrent aux plus grands excès, oubliérent les principes que leur chef avait mis en avant, et tombérent dans le mépris. Ils eurent toutefois un moment d’éclat ; ils firent trembler l'Arabie tout entière, l'Égypte, la Syrie, l'Irak-Arabi et même les habitants de Bagdad. C'était surtout dans les déserts de la Syrie et de la Chaldée, dans l’Iémamah et le Bahreïn qu'ils avaient formé leurs établissements ; de la on les voyait souvent partir par corps de troupes pour ravager l’Hedjaz et l'Irak. Ils commencèrent leurs expéditions sous Mothaded (898), battirent un de ses généraux et s’avancérent jusqu'à Koufah qu'ils pillérent. Pendant le règne de Moctafi, 1ls portérent leurs armes dans la Palestine, dans la Syrie, et menacérent

Damas. Interceptant les caravanes qui se rendaient à la Mecque, ils arrêtaient à la fois le commerce de l'Irak et celui de l’'Hedjaz. Leur meilleur chef, Abou-Thaher, leur donna dans Hedjer, capitale du Bahreïn, une résidence fixe. Ils firent avec lui plusieurs courses, détruisirent Koufah de fond en comble, s’approchérent de Bagdad, et sous les murs de cette ville repoussèrent une armée de trente mille hommes. « Votre maître, disait Abou-Thaher au général des musulmans, a-t:il des soldats aussi dévoués que les miens? » Et sur son ordre, l’un se plonge une épée dans le sein, ün autre s’élance dans le Tigre, un troisième se jette au fond d’un pré-

‘8 (935). Quelques années avant (930), les Karma-

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thes avaient assiégé la Mecque, et, dans cette ville prise d'assaut, massacré plus de deux mille. personnes. Ils avaient détruit le temple de la Kaaba, enlevé la fameuse pierre noire et comblé le puits de Zemzem. Enfin ils se rendirent tellement redoutables que les khalifes Caher et Rhadi se résignèrent à leur payer tribut. Ils trouvérent pourtant des rivaux en état de leur résister dans les princes Hamadanites et Ischkidites. Vaincus en plusieurs rencontres, ils rentrèrent dans les déserts de l'Arabie, le Bahreïn, llémamah, et disparurent peu à peu, On raconte seulement qu’ils renvoyérent à la Mecque la pierre noire qu'ils avaient enlevée, et le khalife de Bagdad, en la faisant replacer, en exigea un morceau qu'il fit mettre sur la porte de sa demeure. De là vient le nom de Porte (porte par excellence), dont on se servit pour désigner le palais du khalfe, et plus tard celui des sultans de Constantinople ; pour la même raison les génuflexions sont imposées aux musulmans, lorsqu'ils entrent dans le séjour de leurs souverains.

A côté de ces réformateurs puissants qui ne s’attaquaient pas moins à l’autorité spirituelle des. khalifes qu'à leur autorité temporelle, il se trouva des jurisconsultes, des ascètes, des philosophes qui organisèrent au sein de l’islamisme des schismes nombreux. Le plus considérable fut sans contredit celui des Soufis qui n’avalent d'autre but que de tenir l’âme en communauté perpétuelle avec Dieu par la destruction de tous les sentiments du cœur. Ils furent souvent persécutés par les khalifes, ou plutôt par les docteurs de Bagdad, qui souffraient de ne pouvoir combattre ces esprits exaltés par des raisonnements tirés du Coran (‘*).

Le soufisme devait surtout se propager chez les Persans qui cherchaient à renouer sous cette forme incomplètement définie le lien de la tradition avec la religion de leurs pères. L’islamisme, en effet, loin de s'étendre de plus en plus, commençait à reculer. Dans l'Inde il avait un instant triomphé des doctrines brahmaniques, mais chaque jour il perdait du terrain. La division des Schites et des Sonnites nuisait également aux progrès de la foi musulmane, et les premiers Abbassides, aussi bien que les émirs al-omrah, n'ayant point réussi à établir l'unité religieuse, le trouble et la confusion n'avaient fait que s’accroître. Les uns vouaient à l’exécration la mémoire de Moawiah, et demandaient qu'on instituât des cérémonies en faveur d’Ali et d'Hossein; les autres au contraire se montraient partisans sincères de la Sonna, et voulaient que les préceptes en fussent fidèlement suivis. Quoique les Abbassides fussent les ennemis nés des Ommiades quils avaient renversés, ils craignaient que les Alides n’'acquissent trop d'influence, et se déclarant Sonnites, persécutérent ceux qui ne partageaient pas leur opinion.

Les Alides, après avoir vainement tenté de s'emparer du khalifat, trouvant toujours la ville de Bagdad dévouée aux Abbassides, songèrent à élever une domination nouvelle dans quelques-unes des provinces démembrées. Un de leurs frères se trouva un instant maître du Tabarestan, mais il ne put s’y maintenir. En Afrique ils furent plus heureux; les Edrissites étaient parvenus à former un établissement dans ia Mauritanie, en ralliant les populations au nom d’Ali; un de ceux qui s’attribuaient à tort ou à raison le titre d’imam, Obeidollah, souleva

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le Magreb en sa faveur, et renversa la dynastie des Aglabites (908). IL étendit peu à peu ses lois sur tout le littoral et jeta les prerniers fondements de la puissance des Fathimites à Cairowan et à Mahadia; déjà il menaçait l'Égypte, lorsque la mort vint le surprendre. Ses deux premiers successeurs, Aboul-Cassem (936- 945) et Al-Manzor (945-953), se brisèrent contre la bravoure et le mérite d’Ischkid; mais ils se mirent en communication avec les Arabes Schiites de l’'Hedjaz, de l’Yémen, et se firent de ce côté des amis nombreux par des largesses sagement distribuées. À la mort d’Ischkid, des discussions s'étant élevées en Égypte et en Syrie pour sa succession, Moezz-Ledinillah, qui avait remplacé Al-Manzor (953), pénétra dans l’intérieur du pays, reçut là soumission des émirs et devint le premier khalife fathimite d'Égypte (968). « De quelle branche de la famille d'Al et de Fathime descendez-vous donc? lui dit un chef arabe. — Voici mes ancêtres, répondit-il en montrant son cimeterre, et voici mes enfants, » ajoutat-il en jetant de l’or à ses soldats. À partir de cette époque, les Fathimites soutinrent avec avantage la lutte spirituelle contre les khalifes abbassides ; après avoir fondé le Grand-Caire (972), conquis la Syrie et une partie du Djezireh, ils furent reconnus par une grande partie de l'Arabie, qui espérait trouver en eux un appui contre de nouveaux Karmathes.

Le nom d’Ali et celui des successeurs de Moezz furent seuls prononcés daus les mosquées des Fathimites ; le nom des princes abbassides continua d’être proclamé à haute voix dans les mosquées des Bouides et des Samanides.

Ces trois États formaient, à la fin du Xe siècle, tout l'empire arabe d'Orient, et leur histoire offre un intérêt véritable. Les princes Bouides s’effacent insensiblement; la civilisation se déplace; ce n’est plus à Bagdad, mais au Caire, que les Arabes jettent le plus vif éclat.

Les Fathimites firent fleurir en Égypte le commerce, l'industrie, l’agriculture, les lettres, les arts et les sciences avec autant de succès que les premiers Abbassides. Ils avaient réuni, par de magnifiques travaux, la petite ville de Fostat à celle de Mesrah, et leur nouvelle capitale allait rivaliser avec les plus belles villes de l’Asie; de magnifiques mosquées furent ajoutées à celles de Thouloun. Ebn-Jounis, l’Égyptien, eut son observatoire, comme les astronomes de l'Irak. Les khalfes semblaient ne vouloir rien épargner pour faire oublier Bagdad. Ils donnèrent aussi tous leurs soms à l’administration et à la perception des impôts; grâce aux richesses et à la fertilité de cet admirable pays toujours prêt à produire pour tous ceux qui, en échange de quelques sages mesures, lui ont demandé les plus grands sacrifices, ils eurent bientôt un revenu presque équivalent à celui d'Haroun-al-Raschid. Moezz (953-975) et Aziz-Billah (975-996) surent en faire un usage raisonnable ; mais Hakem, qui leur succéda (996-1020), apparut sur le trône comme le génie du mal. Pendant un règne de vingt-quatre ans, il condamna ses sujets à la plus abjecte soumission; chacun tremblait devant lui, car il se faisait suivre d'esclaves armés, immolant quiconque osait lui déplaire. Un espionnage trèshabilement organisé l’instruisait des moindres événements, et faisait croire qu’il avait le don de la science

LIVRE IV, CHAPITRE II. 267 infinie, qu’il voyait tout, qu'il savait tout. On ladora comme une divinité, et sa disparition subite favorisa l’imposture; on proclama tout haut qu’il était monté au ciel et qu’il reparaîtrait un jour sur la terre. Le Persan Hamza enseigna publiquement que Dieu pouvait s’incarner sous une forme humaine, que déjà 1l s'était incarné plusieurs fois, et qu’en dernier lieu il avait pris la figure du khalife Hakem. Chassé du Caire par la colère et le bon sens des habitants, Hamza s’enfuit en Syrie où il parvint à répandre sa doctrine, dite religion unitaire (“*) parmi les Druzes qui la pratiquent encore aujourd’hui. On peut juger par divers faits de l’aveu- gle despotisme de Hakem. IL jetait au hasard par la fenêtre du palais des billets qu’il fallait porter à un émir désigné, et celui-ci recevait l’ordre de donner au porteur une somme considérable ou de lui infliger les plus affreux traitements. Il fit incendier le Caire, pour jouir lui-même de la vue d’une cité en flammes; une autre fois, il accorda le pillage de la ville à ses soldats. Souvent il faisait torturer des juifs et des chrétiens, jusqu'à ce qu'ils désavouassent leur religion, puis il leur permettait de reprendre leur ancien culte. La terreur régnait autour de lui : « Il fut, dit Nowaïiri, comme un lion furieux au milieu des hommes » ; et cependant il respectait et encourageait les savants, et se faisait dédier par Ebn-Jounis les Tables astronomiques qui portent son nom. On suppose qu’il fut assassiné par une de ses sœurs, qui s’empara de la tutelle de son fils Dhaher, encore enfant (1020-1036). À la mort de Daher, le trône fut occupé par Abou Tamin Mostanser, pendant cinquante-huit ans (1036-1094). Jusqu'à la majorité de

ce prince, l’autorité resta entre les mains d’un vizir qui réussit à jouer au Kaire le même rôle que les émirs alomrah de Bagdad. Plus tard, Mostanser fut au moment de rétablir le khalifat universel: il était reconnu par l’Afrique et l’Arabie; les habitants de Bagdad, mécontents de Kaïem-Biamrillah qui s'était jeté entre les bras du Turc seldjoukide Togrul-Beg, proclamèrent Mostanser leur souverain spirituel ; mais ce n’eut qu’un éclat passager ; Mostanser fut même puni de ses vues beaucoup trop ambitieuses par la perte de la meilleure partie de la Syrie; 1l ne se maintint qu’à grand’peine en Palestine.

Les Bouides, qui s'étaient emparés de la Perse en 933, tout-puissants dans l'Irak-Arabi et à Bagdad, par la charge d’émir al-omrah, n’eurent pas une existence aussi longue que les Fathimites; mais ils avaient eu avant eux leur période de splendeur. Pendant la dernière moitié du Xe siècle, ils demeurèrent sans rivaux en Asie : la milice turque avait été anéantie; les Hamadanites furent chassés du Dijezireh et de Mossoul, leur capitale, et la tranquillité rétablie dans les provinces permit aux Bouides de continuer l’œuvre d’Almamoun. Deux de leurs princes, Adhad-Eddaulah et Scharf-Eddaulah (949-989), ranimérent le zèle des lettrés, en s’initiant à leurs travaux : ils eurent l'honneur de relever l’école de Bagdad, qui avait un peu souffert des révolutions du khalifat, et qui produisit, sous leur règne, Ebn-al-Aalam, Abderrahman-Soufi, et le célèbre astronome et géomètre Aboul-Wéfa. Adhad-Eddaulah ne se contenta pas de répandre des bienfaits sur les poètes et les savants; il ordonna de grands travaux

LIVRE IV, CHAPITRE Il. 269 d'utilité générale ; des ingénieurs du plus haut mérite furent chargés de canaliser la rivière de Bendemir, près de Schiraz, dans la Perse proprement dite. Ils parvinrent à empêcher des inondations qui se reproduisaient régulièrement et détruisaient les cultures des belles campagnes de ce pays, et livrérent au commerce une nouvelle voie de communication. On construisit à Bagdad un hôpital magnifique dont l'inauguration fut le prétexte d’une fête restée célèbre dans les annales orientales. Malheureusement, les Bouides, comme les khahfes, ne réussirent pas à poser des règles fixes pour la transmission de leurs États à leurs descendants; ces princes, par des partages impolitiques entre leurs divers enfants, préparèrent le démembrement de l’empire qu’ils avaient fondé, et en ouvrant la porte aux luttes intestines, provoquérent de nouvelles révolutions.

La domination des Samanides, qui avait subsisté pendant plus d’un siècle (874-999), s’écroulait vers la même époque. Un esclave turc s'était élevé aux premières dignités sous le règne d’Abdel-Malek; il s'appelait Alp- Teghin. À la mort de son maitre, il voulut s’emparer du gouvernement, échoua dans son entreprise, et obligé de quitter Bokhara, s'établit à Ghazna où, pendant seize ans, il sut résister à tous les efforts que firent les Samanides pour le renverser. Sebecteghin, son gendre, son général et son conseiller, lui succéda en 995 et mérita, par sa vigoureuse el sage administration, l'amour de ses sujets et le respect de ses voisins; il porta ses armes et la foi musulmane dans l’Inde, ravagea le Pendjab, fonda les villes de Bost et de Kosdar,

cet allié fidèle de Noah, petit-fils d'Abdel-Malek, défendit les Samanides contre les incursions des Turcs qui avaient envahi le Mawarannahar. Il désigna son plus jeune fils, Ismaël, comme l'héritier de sa puissance ; mais l’ainé, Mahmoud, revendiqua, les armes à la main, les droits de sa naissance, se proclama souverain indépendant et s'enrichit des dépouilles de l'Inde. Il vainquit sans peme les Samanides et se rendit maître du Khorasan (1000). Le khalife, soumis aux émirs alomrah, Jui envoya des lettres d’investiture, sans réussir toutefois à le détourner de ses projets de conquête ; Mahmoud attaqua les Bouides auxquels il enleva le Djordjan et l'Irak persique. La mer Caspienne devint la limite d’un empire qui commençait aux sources de VJindus et du Gange, embrassant de ce côté ce que l’on comprend aujourd’hui sous les noms d’Afghanistan, de royaume de Hérat et même de Beloutchistan. Mahmoud fut le premier des princes de l'Orient, qui

prit le nom de sultan. Partisan des Sonnites, il s’an-

nonça partout comme le propagateur de la foi musulmane, et fut constamment le défenseur de la race arabe. Ghazna était sa capitale; de là le nom de Ghaznévide que les historiens lui ont donné. C’est surtout à ses expéditions dans l'Inde qu'il dut sa grande renommée. Les villes de Canoge, Lahor et Delhi lui payaient tribut. Il dévasta le royaume de Guzzarate, et détruisit la pagode de Somenat, dont la magnificence dépassait les rêves de l'imagination la plus brillante. Le dôme, recouvert de lames d’or et incrusté de pierres précieuses, reposait sur cinquante-six piliers. [’édifice était éclairé au moyen d’une lampe dont la lumière

était réfléchie par d'innombrables diamants. L’idole de Somenat était d'une seule pierre de cinquante coudées ; deux mille brahmines étaient chargés du service de la pagode. On offrit au vainqueur plus de deux cent millions pour racheter la principale divinité de l’Hindostan. Mahmoud fut inexorable ; il fit briser la statue, et il vit tomber à ses pieds, avec des perles, des diamants et: des rubis de toute espèce, des richesses bien plus considérables que toutes celles qu’on lui avait offertes. Plein d'enthousiasme pour la religion de Mahomet, il égalait par son ardeur de prosélytisme les premiers successeurs du prophète, et reçut du khalife de Bagdad, Kader-Billah, le titre justement mérité de protecteur des vrais croyants (). Albirouni vivait à sa cour. Pendant que les troupes de Mahmoud se répandaient dans l'Inde, le Mawarannahar tombait au pouvoir des tribus du Turkestan. Le sultan Ghaznévide commit la faute de les laisser en possession de cette province et d'introduire lui-même en deçà du Djihon ou Oxus, li-

mite difficile à franchir, les Turcs seldjoukides qui venaient de se convertir à l’islamisme et avaient demandé des terres dans le Khorasan. Masoud qui hérita, en 1030, de la puissance de son père, essaya vainement de se délivrer de leur redoutable voisinage; il fut vaincu et réduit à se tenir sur la défensive. Togrul- Beg, petit-fils de Seldjouk, se fit couronner à Nischabour. Il gagna bientôt après sur les Ghaznévides une nouvelle victoire plus décisive que la première, et les rejéta vers l’Inde. N’étant plus inquiété de ce côté, il tourna ses regards sur l'occident, envahit le Khowarezm, le Djordjan, l’Irak-Adjemi, et se trouva en pré-

sence des princes bouides. Le plus grand désordre régnait à Bagdad. Le khalife Kaïem était pressé de tous côtés, par des vizirs rebelles, par les fathimites d'Égypte, et par les émirs de Syrie. Frappé de la piété de Togrul-Beg qui dans toutes les villes conquises élevait un temple au dieu de Mahomet, il se mit sous sa protection et lui délégua la puissance temporelle sur tous les États de l’islamisme. La cérémonie de l’invesüture eut lieu à Bagdad même. Togrul-Beg se rendit dans la salle d'audience, suivi de ses capitaines et sans armes ; il baisa la poussière devant le khalife qui portait le vêtement noir des Abbassides, prit place sur un trône qui lui était préparé, et entendit la lecture de l'acte public qui le déclarait maître suprême de tous les musulmans. Le khalife, qui n’était plus que le chef spirituel de l’empire, mit sur sa tête deux couronnes, emblème du pouvoir dont il investissait le prince seldjoukide sur l’Arabie et la Perse, et lui ceignit une épée magnifique. On le revêlit successivement de sept robes d'honneur, et on lui fit présent de sept esclaves nés dans les sept contrées de l’empire musulman. Les hérauts terminèrent la cérémonie en proclamant Togrul-Beg souverain de l'Orient et de l’Occident. Le mariage de la sœur du prince Seldjoukide avec le khalife et l’introduction du nom du sultan dans la Khoitbah cimentérent cette union; mais à peine les Turcs s’élaient-ils retirés qu’un soulèvement général eut lieu à Bagdad. Abou Tamin Mostanser, khalife fathimite d'Égypte, fut proclamé à la place de Kaïem. Il fallut que le sultan vint délivrer celui-ci et le replacer sur le trône. Fidèle à sa politique, il conduisit lui-même par

la bride la mule qui portait le commandeur des croyants de la prison au palais.

Tandis que la domination des Arabes disparaissait pièce à pièce, les Grecs faisaient quelques efforts pour reconquérir leurs anciennes provinces; déjà, en 859, leur flotte avait saccagé la ville de Damiette ; un siècle plus tard ils avaient pénétré jusqu’à Alep et avaient pillé les trésors du prince hamadanite Seif-Eddaulah ; deux de leurs empereurs, Nicéphore Phocas et Jean Zimiscès (963-976), avaient passé l’Euphrate et inondé le Djezireh de leurs troupes; Zimiscés avait conquis dans cette piovince un grand nombre de places fortes: de plus, il avait pris en Syrie Antioche, s'était emparé de toute la Cüilicie et avait recouvré l’île de Chypre. “

Incapable de résister aux Grecs, comment les khalifes de Bagdad auraient-ils pu arrêter les hordes guerrières du Turkestan, que les Seldjoukides avaient groupées sous leurs étendards, en leur promettant une part des dépouilles qu’ils allaient conquérir? Ces tribus que les Samanides avaient facilement repoussées en 893, lorsqu’elles étaient répandues isolément sur leurs frontières, réunies maintenant sous un seul chef, allaient briser tous les obstacles, subjuguer l'Asie occidentale et y maintenir leur ascendant pendant plusieurs siècles.

da LIVRE IV, CHAPITRE IV.

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