PREMIÈRE PARTIE
Aboul-Wéfä, après avoir décrit et représenté géomé-. triquement, de la même manière que Ptolémée, au moyen d’un épicycle qui se meut sur un excentrique mobile lui-même, les deux premières inégalités de la lune, en longitude, dit qu’il a reconnu par ses observations que le mouvement de la lune a une troisième inégalité qui est nulle dans les syzygies et les quadratures, et qui atteint son maximum de 45’ environ dans les octants.
Ces deux limites, auxquelles on reconnaît aussitôt que l'inégalité s'exprime par le sinus du double de la distance angulaire de la lune au soleil, forment le caractère propre de l'inégalité découverte par Tycho-Brahé, et qu'il a appelée la variation, dont le maximum est de 44 environ dans les octants.
Cependant on à prétendu et cherché à prouver que cette troisième inégalité signalée par Aboul-Wéfa n’est pas différente de celle de Ptolémée, sans lui donnér le
APPENDICE. 275 nom de troisième inégalité, a introduite dans sa théorie de la lune par une modification de ses premières constructions, modification qu’il a appelée prosneuse, c’est-à-dire déviation de l’axe de l’épicycle lunaire.
Voilà la seule objection opposée à M. Sédillot dans les écrits, suivis de longs développements, auxquels cette question a donné lieu.
Si cette objection était fondée, c’est-à-dire si l’inégalité signalée par Aboul-Wéfä n’était point différente de celle à laquelle Ptolémée avait voulu satisfaire par sa prosneuse, il eût élé juste au moins de reconnaître le mérite très-réel qu'aurait eu Aboul-Wéfä, de pénétrer et de signaler le caractère de cette inégalité, qui est précisément celui qu'a eu Tycho-Brahé, quand il a reconnu aussi dans les mouvements de la lune une inégalité nulle dans les syzygies et les quadratures, et qui atteint son maximum de 41? environ dans les octants.
Sans doute les 41” de Tycho approchent un peu plus que les 45° d’Aboul-Wéfä des 3929” de M. Damoiseau, expression actuelle de la variation; mais il ne s’agit pas ici d’une légère différence numérique, qu’explique naturellement le perfectionnement successif des procédés d'observation, joints aux progrès de la théorie mathématique, sans parler des autres inégalités nombreuses découvertes depuis, et sur lesquelles devait
empiéter la variation d’Aboul-Wéfä, aussi bien que celle de Tycho. Il s’agit du caractère de l’inégalité signalée par Aboul-Wéfà, qui la rend identique à l'inégalité de Tycho, c’est-à-dire à la variation. Or, ce caractère a été inconnu de Ptolémée, en supposant même, comme on la prétendu, que la découverte d’Aboul-Wéfä ne soit pas autre chose que l'inégalité qui a nécessité la rectification appelée prosneuse. À Aboul-Wéfä serait donc dû le mérite d’avoir fait connaître le caractère de celte inégalité. Et M. Sédillot aurait eu grandement raison de réclamer en faveur de l’astronome arabe la priorité sur Tycho dans la proclamation de ce fait, qu’il existe dans les mouvements de la lune une inégalité particulière, nulle dans les syzygies et les quadratures, et qui atteint son maximum dans les octants, inégalité qui conséquemmént s'exprime par le lerme a sin 2 D, et constitue, prise isolément dans une théorie ou une expression quelconque des mouvements de la lune, l’inégalité appelée variation.
La distinction d’une inégalité aussi nettement et complètement exprimée est toujours une découverte fort importante, surtout dans les théories modernes, parce qu’elle annonce une cause particulière et qu’elle provoque à la recherche de cette cause ignorée, qui devient une loi ou du moins un élément du système planétaire. |