N° 5 PREMIÈRE LETTRE À M. DE HUMBOLDT
En vous offrant la seconde partie du traité d’astronomie d’Oloug-Beg, je rends un juste hommage au génie universel qui a contribué aux plus brillantes conquêtes de la science et de l’érudition modernes, et à la réhabilitation de l’école de Bagdad.
Vingt ans se sont écoulés depuis la célèbre lettre de Schlegel à sir James Mackintosh (1), destinée à produire, disait-on, une véritable révolution dans les études orientales. C'était vers l'Inde que la science allait porter désormais ses investigations ; l’Inde, cette terre à peine explorée, qui nous cachait d’inestimables trésors, et dont « la connaissance répandue en Europe avait reçu depuis cinquante ans des accroissements plus considérables que pendant les vingt et un siècles qui nous séparaient d'Alexandre le Grand. »
Quel tableau lillustre écrivain ne nous traçait-il pas de la littérature indienne, « de la beauté et de la structure admirable du sanscrit ; de son aptitude aux emplois
(4) A.-W. de Schlegel, Réflexions sur l'étude des langues asiatiques, etc. Bonn et Paris, 1832,
les plus nobles que l’homme puisse faire du don divin de la parole; de la perfection de l'écriture, par où il se distingue si avantageusement des langues dites sémitiques; de ces systèmes de métaphysique dont les spéculations sont si anciennement indigènes dans l’Inde, que la langue même en est profondément empreinte; de la mythologie, ce labyrinthe de fictions merveilleuses, mélange bizarre, toujours curieux, quelquefois sublime, d'idées cosmogoniques, d’allégories et de traditions héroiques! » Dans la poésie des Indiens brillait une sensibilité délicate, une grande élasticité morale, un essor constant de l'imagination vers les régions idéales, et lon en pouvait suivre le développement au travers de tous les styles, depuis la simplicité patriarcale jusqu'aux raffinements les plus artificiels dans le genre épique, dramatique, lyrique, épigrammatique et sentencieux. À l'Inde appartenait l’invention des contes amusants; et si plusieurs branches du savoir indien étaient encore entiérement inconnues, on pouvait déjà signaler des progrès importants faits dans l’arithmétique, l'algèbre, l’as- tronomie.
Schlegel n’était pas moins généreux à l'égard des Chinois, « dont l’ascendant politique et littéraire s’était fait sentir dans l'Asie centrale, et jusqu’au Japon. » — « Ils n’ont point de mythologie, ajoutait-il, et laissent en blanc les époques anciennes de leur histoire qu’ils ne savent pas remplir de faits avérés. Ce dédain des traditions fabuleuses, que Voltaire loue comme un trait de sagesse, provient peut-être d’un manque d’imagination; mais, en revanche, cette solidité d'esprit donne un grand poids à leur témoignage. Les historiens d’une
nation qui possède un registre chronologique d’un genre de phénomènes que les naturalistes européens : ont révoqué en doute jusque vers la fin du dix-huitième siècle, à savoir, des aérolithes tombés dans l'empire de la Chine, ne méritent-ils pas toute espèce de confiance lorsqu'il s’agit d’un fait matériel? Les livres chinois sont remplis de notices sur l’Asie centrale, sur l’Inde et sur archipel oriental. La seule chose qu’on puisse leur reprocher, c’est l’altération des noms propres, causée par une prononcialion défectueuse, et par leur système d'écriture qui les force à décomposer les noms étrangers en autant de mots qu’il y a de syllabes et même de consonnes. Toutefois, à l’aide d’une critique judicieuse et circonspecte, on peut se flatter de déterminer avec certitude les objets ou les personnes qu'ils ont voulu désigner. » | Ce n’est pas tout : saisi d’un nouvel accès d’enthousiasme, Schlegel s’étonnait que les Indiens et les Chinois fussent restés confondus dans la foule des peuples barbares, et presque rangés sur la même ligne que les Horaforas et les Papouas; c’élaient, à ses yeux, les deux nations les plus savantes et les plus ingénieuses de l’Asie entière. « Leurs littératures, l’une et l’autre dans des genres différents et fortement contrastés, sont au premier rang et hors ligne; rien de ce qui existe dans le reste de l’Orient ne peut y être comparé pour la richesse et la valeur intrinsèque des ouvrages. La civilisation des Indiens et des Chinois est tout originale; il est impossible de démontrer que des étrangers, et de déterminer lesquels, ont été leurs premiers maitres dans les arts de la vie, tandis que, nous avons les
preuves historiques de leur immense influence au dehors. »
L'illustre critique arrivait ensuite aux Arabes; mais avec quel dédain il les regardait! « Que peut-on attendre, s’écriait-il, d'hommes qui n’ont pu concevoir un ordre social autre que le despotisme le plus absolu? Ils n’ont jamais, en général, fait preuve du génie d’invention; leur littérature a tellement vécu d'emprunts, que leurs plagiats commencent avec le Coran même. Dans les : sciences, pendant le court espace de temps qu’ils les ont cultivées pour ainsi dire en dépit du Prophèle, ils ont été les écoliers, les traducteurs et les imitateurs de peuples plus éclairés qu’eux, principalement des Grecs et des Indiens. La doctrine de Mahomet, qui a étouffé les beaux-arts, n’a pas plus épargné la poésie: les Arabes n’ont pas produit de poème épique; l’art dramatique leur est demeuré inconnu; il ne leur reste donc que le genre sentencieux et lyrique, qui peut bien charmer les ennuis d’un Bédouin traversant le désert à dos de chameau, mais qui est fait pour rebuter les lecteurs européens. »
Ces divers jugements s’expliquaient assez naturellement par l’état des études orientales en 1832, cette année de si funeste mémoire qui vit la tombe se refermer sur A.-L. Chézy, J.-J. Sédillot, À. Rémusat, J.-F. Champollion. Chézy avait fondé en France l’enseignement du sanscrit, et venait de mettre la dernière main à son édition de Sacountala ; d'accord avec les savants anglais, dont les travaux jetaient de si vives lumières sur l’Inde ancienne et moderne, il signalait la découverte probable de monuments d’une valeur inappréciable, et l’imagi-
nation des érudits plaçait déjà sur les rives de l’Indus et du Gange les sources de toute civilisation. D’un autre côté, l'esprit vif et pénétrant de Rémusat soumettait à un sérieux examen les écrits de nos missionnaires, faisait jaillir des textes ignorés des rapprochements inattendus, et semblait ouvrir une vaste carrière aux investigations de la science. L’Orient apparaissait donc sous un jour tout nouveau : c'était à l’Inde et à la Chine qu’il fallait s'adresser, si l’on voulait encore étendre le champ des découvertes archéologiques. |
Que devait-on, en effet, espérer des Arabes? L’illusire Silvestre de Sacy n’avait-il pas dit à leur égard son dernier mot? Les géographes et les historiens sortis des écoles musulmanes, dépourvus de toute critique, offraientils sur la situation des pays, les migrations des peuples, les changements de dynastie, les conquêtes et autres révolutions des États, rien qui remontât au-delà de Mahomet”? Sous le rapport scientifique, Sédillot, le seul des grands prix décennaux qui ne fût pas de l’Acadé- mie, en fournissant à Delambre toute la partie originale de son Histoire de l'astronomie au moyen âge, avait assurément fixé la limite extrême des recherches à entreprendre dans cette voie. Delambre était d’ailleurs frappé d’anathème, pour avoir osé mettre en doute le haut développement intellectuel des Chinois et des Indiens ; Schlegel le traitait « d’historien sans vocation qui savait mal le grec, » et se vengeait ainsi des appréciations pleines de sens de l’illustre astronome, qui ne s'était point laissé prendre au vain prestige d’hypothèses plus ingénieuses que solides, et qui avait saisi d’un coup d'œil le côté de la vérité.
Aujourd’hui les rôles sont bien changés : dans l'intervalle de temps qui nous sépare de 1839, les Arabes ont reconquis le premier rang; ce sont leurs traités qui ont donné lieu aux publications les plus importantes, au point de vue de la science et de l’histoire. Les sinologues et les indianistes ne sont guère plus avancés qu'il y a vingt ans; et si nous connaissons d’une manière moins imparfaite les annales de l’fnde, nous le devons aux écrivains de l’éco'e de Bagdad. Certes, Schlegel et ses idées paradoxales recevraient actuellement un singulier accueil, en présence des travaux accomplis et des résultais obtenus,
I. Des efforts ont été tentés cependant pour relever les mathématiciens chinois du profond discrédit où ils étaient tombés, mais ces efforts devaient rester stériles. On a dit avec raison qu’à l’arrivée des missionnaires européens l'astronomie n’était pas née dans le Céleste Empire; chaque jour vient encore nous révéler lignorance d’un peuple qu'on a pu croire supérieur aux Indiens, et que l'historien arabe Aboulpharage n’hésitait pas à mettre sur le même rang que les Turcs et les brutes (1).
C’est en s'appuyant des travaux de Gaubil et de Fréret, et en comparant des textes apocryphes, qu’on s’est hasardé à soutenir, dans le Journal des savants, « que le système particulier d'observations qui forme le caractère propre de l’ancienne astronomie des Chinois est exactement pareil à celui que nous suivons aujourd’hui,
(1) Bulleiin de la Société de géographie, 4° série, t. I, p. 164.
etqu’ils ont mis en pratique, dans leur mode de division du ciel stellaire, ce que nous faisonsnous-mêmes à présent. »
Certes, ce ne sera pas une des pages les moins curieuses de l’histoire des sciences que celle où l’on ana- Iysera les diverses évolutions d’un esprit éminent, occupé pendant plus d’un demi-siècle à faire valoir où à critiquer les idées nouvelles et à prendre sa part des découvertes contemporaines, en les exposant avec une incontestable habileté de style. Rien d’intéressant ne devait échapper à ce mathématicien si leltré, à ce littérateur si profond dans les sciences physiques, comme l’appelait naguëre M. Villemain, qui sème autour de lui la gloire avec une si fine ironie, — plus heureux lorsqu'il disserte sur la littérature des temps passés qu’en fait d’études historiques ou dans ses digressions sur l’orientalisme (1). — Il est vrai que les inventeurs, voyant leurs pensées reproduites ou développées en si bons termes, ont craint quelquefois qu'on se mépriît sur la nature même de leurs propres recherches, et qu’on ne mît plus tard en doute leur droit de priorité; aussi ontils fait retentir le monde académique de leurs réclamations. Malus, Poinsot, Fresnel, Arago, etc., sont entrés tour à tour dans la lice; nous-même, s’il nous était permis de nous nommer à côté de ces illustres maitres, nous aurions à revendiquer une observation qui pouvait avoir une certaine valeur pour l’histoire de l’astro- nomie grecque, et qu’on nous enlevait d'un seul trait (2).
(1) Voyez la Revue des Deux-Mondes etl'Éloge de Montesquieu, revu et corrigé (Grandeur et décadence des Romains, Paris, 1852).
(1) Journal des savants, 1843, p. 719. — Voyez aussi nos Malériaux, etc., 1. I, p. 12.
ll. 23
Dulong disait qu’une plume exercée pouvait écrire quarante pages sur une question, et la laisser au point même où on l'avait prise. Nous ajouterons qu’en matière d’érudition, on se fourvoie d’une étrange façon lorsqu'on s’aventure à discuter une thèse nouvelle à la première vue, et sans avoir une connaissance personnelle des sources originales.
On sait avec quelle verve Letronne a réduit en poussière ces longs mémoires où l’on expliquait le calendrier égyptien et le zodiaque de Denderah au moyen de globes à pôles mobiles et en s’aidant du calcul des probabilités, mais les meilleures leçons ne corrigent pas toujours, et, battu du côté de l'Égypte, l’auteur espéra venger sa double défaite par une diversion sur les bords du fleuve Jaune. Il ne s'agissait de rien moins que de faire des anciens mandarins des astronomes de premier ordre. Pour cela, on supposa qu'ils avaient eu entre leurs mains, dès les temps les plus reculés, les procédés dont les modernes se sont servis pour leurs immortels travaux. Cependant une réflexion bien simple se présente à l'esprit. Gomment des hommes en possession de méthodes si parfaites ont-1ls pu demeurer étrangers aux notions les plus élémentaires de la science? Pendant trois mille ans, les Chinois ont ignoré la différence de l’année sidérale et de l’année tropique, l’obliquité de l’écliptique, le mouvement des étoiles à l'égard du pôle, etc. Leurs annales indiquent, à la vérité, un assez grand nombre de phénomènes survenus à diverses époques; mais nos chroniques du moyen âge sont remplies de faits semblables, et personne n’a jamais songé à relever les progrès de l’astronomie sous Hugues Capet
et ses successeurs. On ne signale d’ailleurs dans les livres classiques de la Chine que cinq faits dignes d’attention en apparence : les solstices d’Yao et de Tcheou- Kong calculés après coup; une éclipse de soleil à laquelle on a assigné plusieurs dates, qui toutes ont été reconnues fausses; l’identification du souverain avec la polaire, ou plutôt avec le pôle lui-même; et enfin de prétendues observations d’étoiles à leur passage au méridien. Joignez à cela les combinaisons de chiffres reposant sur des récits ridicules, ou sur les nombres mystiques de Confucius, et vous aurez le tableau complet des connaissances scientifiques de la Chine dans la période qui précède l’ère chrètienne (1). Ce n'est qu’à partir du premier siècle de Jésus-Christ que l'influence grecque se fait sentir; on voit alors apparaître successivement le cycle de Méton, puis la période calippique, des tables de solstices, la précession des équinoxes, des équations additives et soustractives pour la lune, etc. ; . telle est encore, néanmoins, l’inintelligence de ce qu’on est convenu d’appeler le tribunal des mathématiques, que les observations attribuées à ceux qui le président laissent toujours quelque chose à désirer. Ici ce sont des ombres méridiennes du gnomon inexactes, là des solstices ou des équinoxes déplacés, plus loin une fausse appréciation de la précession et de la latitude de la lune, des éclipses mal calculées, etc. Si nous arrivons à la dynatie des Song, qui régna de 960 à 1278, seize réformes successives du calendrier attestent de nouveau l'impuissance des mathé-
(1) Voyez nos Matériaux, etc., déjà cités, t. IT, p. 600.
maticiens de Péking à une époque déjà rapprochée de nous.
Au XIIe siècle, la science arabe pénètre en Chine à la suite de linvasion mongole, et Co-Cheou-King, élève de Djemal-Eddin, est considéré à juste titre comme le plus habile astronome de son pays; on lui doit une excellente observation du solstice d'hiver en 1980; il puise dans les traités de l’école de Bagdad des méthodes nouvelles dont il fait l'application ; il emprunte à Nassir- Eddin ses instruments, à Ebn-Jounis la Table hakémate, à Cazwini une détermination plus exacte des mansions lunaires. L'influence arabe est manifeste; elle produit d'importants résultats. L'opinion que nous avons exprimée à cet égard vient d’ailleurs de recevoir une éclatante consécration d’un de nos plus savants sinologues.
Au nombre des faits intéressants et d’une authenticité parfaite (1) que présente, d’après M. Bazin, l’histoire des Mongols de la Chine, il faut placer lintroduction de la médecine arabe sous le règne de Kublaï, qui institua en 1285 des concours réguliers pour l’enseignement de cet art, et qui eut à sa cour deux comités de médecins, composés, l’un de Persans et d’Arabes, l'autre de Chinois et de Mongols. On constate également le rapport intime des travaux de Co-Cheou-King avec les traités des astronomes musulmans. M. Bazin reconnaît que les Chinois n’ont fait de leur propre mouvement que des progrès médiocres dans les sciences mathématiques (2). Nous avions dit que nous nous montrions
(1) Journal asiatique, mai-juin 1852, p. 499. (2) Id., p. 455.
bien plus soucieux de la gloire scientifique du Céleste Empire que les Chinois eux-mêmes; M. Bazin est encore de cet avis : « À la Chine, dit-il en terminant, il s’en faut de beaucoup que les mathématiciens et les astronomes chinois tiennent le premier rang parmi les astronomes et les mathématiciens. On accorde la prééminence, l'honneur et l’estime aux pêres de la Compagnie de Jésus, c’est-à-dire aux missionnaires qui ont écrit en chinois des traités d'astronomie, d’arithmétique et de géométrie sous la dynastie des Ming. Cela est si vrai, qu'aucun ouvrage de Co-Cheou-King, et il en a publié beaucoup, n’a été compris, en 1779, dans la collection chinoise des meilleurs traités sur l’arithmétique et l’astronomie. La Bibliothèque impériale de Pékin est assurément une bibliothèque d'élite, et pourtant, à cela près du Tcheou-Peï, monument de la vénérable antiquité et de quelques traités de la science des nombres d’après le Y-King, que Gaubil et Souciet nous ont fait connaître, les ouvrages des astronomes et des mathématiciens chinois ne se trouvent pas dans cette bibliothèque, tandis qu’elle renferme les principaux traités d’astronomie et de géométrie publiés par les jésuites. »
Il. Il est facile de reconnaître, par ce qui précède, combien la Chine elle-même tient peu de place dans les annales de la science; aussi, les recherches entreprises depuis 1832 n’ont-elles rien ajouté à ce que nos missionnaires avaient écrit. Si nous passons maintenant à celles des indianistes, nous verrons que nous sommes également restés à peu près au même point qu’il y a vingt ans. À part des travaux philologiques estimables,
d’heureuses excursions sur la philosophie ancienne et des traductions d'ouvrages purement mythologiques, rien n’est venu confirmer les prophéties de Schlegel ; Colebraoke n'a pas été dépassé; aucun traité original, détaché de cette mine qu’on disait si riche et si féconde, ne nous a révélé ces progrès merveilleux dans les sciences exactes, qu’on nous avait fait pressentir. L'histoire de l'Inde, nous l'avons déjà imprimé (1), a toujours été une énigme presque indéchiffrable ; et rien n’est plus extraordinaire que les opinions contradictoires qui se sont produites dans l’appréciation du petit nombre de matériaux dont ces derniers siècles nous ont révélé l’existence. Pour certaines personnes, les Hindous, le peuple le plus ancien de la terre, étaient parvenus à un degré de civilisation très-avancé, alors que les autres nations étaient plongées dans les ténèbres de la barbarie; puis leurs colonies et leurs idées se seraient répandues sur tous les points du globe; leur idiome aurait donné naissance aux langues de l'Occident; il faudrait faire remonter jusqu’à eux l’origine des arts, des sciences et de la philosophie : pour tout dire, en un mot, ils auraient été les instituteurs de l'univers.
D’autres, au contraire, n’aperçoivent dans les Hindous que des hommes sans activité comme sans valeur, voués, depuis les temps les plus reculés, à une superstition grossière ou à des rêveries indignes d'occuper des esprits sérieux; condamnés à l’immobilité par une loi inflexible qui les parque dans des castes distinctes;
(1) Bulletin de la Société de géographie, Le série, 1851, t. IF, p. 188.
aussi incapables que les Chinois de s'élever au-dessus de quelques pratiques consacrées par le temps; ayant reçu du dehors, à diverses époques, des connaissances qu’ils se sont appropriées sans en comprendre jamais la portée, et, bien loin d'offrir une langue mère aux autres peuples, empruntant des nomenclatures nouvelles aux peuples avec lesquels 1ls se trouvaient en rapport, même accidentellement.
Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que rien jusqu’à présent n’est venu trancher définitivement la question; ces jugements si opposés s'appuient sur des raisons fort spécieuses, et cela s'explique par un fait infiniment curieux. Les Hindous n’ont jamais eu de chronologie, et par conséquent point d'annales; l’histoire de leur pays leur est plus inconnue qu’à nous-mêmes. Ils ont une littérature; mais lorsqu'on veut fixer l’époque à laquelle tel ou tel ouvrage a été composé, on flotte dans des espaces imaginaires, et l’on ne peut, à mille ans près, saisir un résultat satisfaisant.
S'il s’agit de la philosophie religieuse, les hypothèses sont encore plus confuses. L'origine du brahmanisme et du bouddhisme n’a jamais été nettement éclaircie, et l’on a entendu, il y a quelques années, un savant anglais déclarer hautement que le sanscrit (sancium scriptum) était une langue tout à fait moderne. On dit bien que les livres bouddhiques ont été composés plusieurs siècles avant J.-C.; mais on reconnaît que le sanscrit est d'importation étrangère, et l’on avoue que la lutte du brahmanisme et du bouddhisme a éclaté plus de trois cents ans après la prédication de l'Évangile ; de là des rapprochements et des réflexions que la critique
n’a point manqué de faire : le bouddhisme est la religion du pauvre; il prêcha l'égalité entre tous les hommes; Bouddha n’a rien écrit; c’est par la parole, par le verbe, qu'il à transmis sa doctrine, et les écritures canoniques ne sont que l'écho de ses discours. On retrouve chez les bouddhistes les monastères, le célibat, la confession, les conciles. Comment s'étonner après cela que les uns aient fait du christianisme une contre-épreuve de la religion bouddhique, et que les autres aient au contraire signalé la trace des nombreux emprunts du bouddhisme à la religion chrétienne, au moment où le nestorianisme fut prêché avec tant de succès dans les Indes ? Les partisans de cette dernière opinion croient que la langue indienne s’est enrichie à la même époque d’expressions grecques et latines, et que le même esprit qui a doté les dialectes slaves des caractères cyrilliques s’est étendu jusqu’à l’Hindoustan. Ils font ausssi remarquer avec quelle facilité les Indiens ont de tout temps modifié leur langage, puisqu'il a suffi de l'invasion arabe pour leur faire adopter l’hindoustani moderne. — M. Lassen est persuadé que les Grecs et les Hindous ont développé isolément les uns et les autres leurs doctrines philosophiques ; puis il confesse avec Colebrooke que l'Inde doit beaucoup à la Grèce sous le rapport des sciences. Cette distinction est bien subtile, et malheureusement toutes ces contradictions et ces obscurités ont contribué à jeter sur les études indiennes une sorte de discrédit. On a pensé toutefois, avec raison, qu’il fallait d’abord s'attacher aux faits; les historiens du bouddhisme ont repris en sous-œuvre la liste des patriarches de Ceylan, dressée par Abel Rémusat, et devenue la base principale
de leurs déductions chronologiques ; mais ils n’ont rien démontré, et, chose suprenante, ce que nous avons recueilli de plus authentique nous vient justement des Arabes que Schlegel poursuivait de ses dédains. Tandis que les indianistes, mieux inspirés, refusaient de suivre lillustre Allemand dans ses exagérations, et, se retranchant dans un modeste silence, donnaient gain de cause implicitement aux conclusions de Delambre, on recherchait si les auteurs arabes et persans ne fourniraient pas quelque lumière sur les connaissances scientifiques de l'Inde, et l’on trouvait, dans leurs écrits, la confirmation de la plupart des hypothèses de Colebrooke. Quelques-uns, il est vrai, ont supposé que les Hindous, après avoir puisé aux sources grecques, avaient communiqué aux Arabes leurs propres doctrines ; d’autres ont pensé qu'ils avaient possédé une science tout à fait originale. Nous avons discuté (1) ces diverses opinions beaucoup trop exclusives, et exposé les motifs qui ne permettent pas de les accepter sans restrictions. En arithmétique, l’invention toute moderne des chiffres et de la numération décimale paraît appartenir à l'Occident ; en algèbre et en géométrie, l’Inde est demeurée stationnaire; en astronomie, elle a été successivement tributaire des Chaldéens et des Grecs, puis, à une époque plus récente, des Arabes et des Européens ; enfin, pour la géographie, ce qu'elle a produit est au-dessous de toute critique. Est-il possible, en effet, qu’une nation qui n’a jamais compris l’importance de la chronologie
(1) Voyez nos Matériaux, etc., déjà cités, t. II, et le Bulletin de la Société de géographie, décembre 1851,
ait pu se livrer à l’étude des sciences exactes, et en particulier à l'astronomie? N’est-il pas évident que toutes ses connaissances devaient se réduire à certaines pratiques plus ou moins ingénieuses, nées du hasard ? Schlegel disait que là où l’expérience a son dernier terme, la philosophie commence; les Indiens ont donc laissé de côté tout ce qui était du domaine de l’observation, pour se borner à la métaphysique : sur ce terrain, ils ont peut-être quelque droit à l'originalité; mais si l’on veut aller plus loin, on ne rencontre que confusion et incertitude.
IT. Si nous considérons au contraire les travaux auxquels ont donné lieu dans ces dernières années les monuments de l'intelligence arabe, quel spectacle varié se présente à nos yeux ! La publication du traité d’astronomie d’Aboul-Hassan semble le point de départ d’une ère nouvelle. Les recherches se multuplient, et l’histoire de l'Orient s'enrichit de trésors inespérés. On n’est plus autorisé à dire que le seul mérite des Arabes est d’avoir conservé les débris de la science grecque : Albatégni, Aboul-Wéfä, Ebn-Jounis et tant d’autres attachent leur nom à d'importantes découvertes. L'école de Bagdad marque son passage par des progrès incontestables ; pendant sept siècles, elle est à la tête de la civilisation, et remplit avec éclat l'immense intervalle qui sépare les écoles d'Athènes et d'Alexandrie de l’école moderne.
Les mathématiques pures deviennent l’objet d’études suivies; des traités ex professo développent les principes de l’arithmétique et des rapports des nombres. L’algèbre
perfectionnée s’étend jusqu'aux équations du troisième et du quatrième degré (1). La trigonométrie se transforme par la substitution des sinus aux cordes, et par l'emploi des tangentes dans les calculs (2). Est-ce chez les Indiens ou chez les Chinois qu’on trouverait ces correspondances mathématiques dont nous avons publié des fragments, et qui attestent un si vif désir de faire avancer la science (3)? Les annales de ces peuples à demi-barbares nous offriraient-elles cette longue série d’écrits divers qui facilitent encore aujourd’hui la restitution de livres perdus d’Euclide, ou qui introduisent dans le domaine de la géométrie les propositions les plus ingénieuses (4)? L’optique et la mécanique n’étaient pas cultivées avec moins de succès à Bagdad. Des ouvrages spéciaux contiennent des considérations judicieuses sur la vision directe, réfléchie et rompue, sur les miroirs ardents, sur le lieu apparent de l’image dans les miroirs courbes, le foyer des miroirs caustiques, sur la réfraction, sur la grandeur apparente des objets, le grossissement du soleil et de la lune vus à l’horizon, etc. (5).
Nous avons exposé, dans nôtre introduction aux Tables d’Oloug-Beg, tout ce qui concernait l’astronomie; nous
(1) Cf. le mémoire que nous avons inséré dans le tome XIII des Notices et extraits des manuscrits, 1838, p. 126; plus loin, p. 75, in not., et l'ouvrage récemment publié de M. Woepcke.
(@) Voyez nos Matériaux, ete., déjà cités, t. I, p. 878, et Chasles, Apercu historique des méthodes en géométrie, p. 494.
(3) Mémoire déjà cité, t. XIII des Notices et extraits des manuscrits, p. 126 et suiv. — Journal asiatique, 1834 et 1851.
(4) Voyez notre notice sur le livre des Données de Hassan ben- Haïthem, 1834, et, plus haut, introd., p. LxxII.
(5) Voyez nos Matériaux, etc., déjà cités, t. I, p. 366.
364 AFPENDICE.
nous bornerons donc à indiquer les traits particuliers qui la caractérisent. De 814 à 1007 après Jésus-Christ, des observations ont lieu sans interruption à Bagdad, à Damas, au Caire et dans les principales viiles de l’ernpire musulman. Jusqu'au milieu du auinzième siècle, on voit les Ghaznévides et Albirouni, les Seldjoukides et Omar-Kheïam, les Mongols et Nassir-Eddin-Thousi, Ebn- Schathir et les sultans Mamlouks, puis enfin le Timouride Oloug-Beg, propager en les perfectionnant les travaux de l’école arabe. Dès les premiers temps de cette belle période, d’importantes corrections sont apportées aux Tables des Grecs, dont les livres sont traduits ; les instruments nécessaires sont construits par d’habiles artistes; des observations s’élèvent de tous côtés; le mural, le gnomon à trou, le pendule même, sont employés. Les astronomes arabes dépassent les savants d'Athènes et d'Alexandrie; ils constatent le mouvement de l’apogée du soleil, l’excentricité de l'orbite de cet astre, et fixent avec une exactitude remarquable la durée de l’année. Ils nous précèdent dans la réforme du calendrier, et approchent plus que nous de la vérité. Ils signalent la diminution progressive de l’obliquité de lécliptique, les irrégularités de la plus grande latitude de la lune, estiment à sa juste valeur la précession des équinoxes, et déterminent la troisième inégalité lunaire, appelée variation.
On se souviendra longtemps de la polémique passionnée à laquelle ceite dernière découverte a donné naissance, et qui s’est éteinte dans des scrutins académiques. RP
La même main qui prêtait aux Chinois des mérites
imaginaires dirigeait un feu terrible contre les Arabes. Le Compte-rendu des séances de l’Académie des sciences devait retentir de ces attaques répétées coup sur coup, et nous eûmes à nous plaindre d'expressions peu mesurées dont on s'était servi à notre égard, à défaut de bonnes raisons; mais, par un assez singulier privilége, les académiciens ont le droit, à ce qu’il paraît, de tout dire dans un recueil publié par leur compagnie, et nous nous contentons de recommander ce privilège à l’auteur des critiques indirectes dont le Compte-rendu a déjà été l’objet dans le Journal des Savants (1).
Fort heureusement, les personnalités ne changent en rien le fond d’une question; les faits ont une éloquence irrésistible. Un des épisodes les plus curieux de la discussion sera, sans contredit, l’histoire de ce mot à mot inintelligible substitué à la traduction d’un texte arabe déclaré d’ailleurs irréprochable aux yeux de la science ; spectacle étrange que celui d’un physicien s’associant trois orientalistes pour obscurcir le sens d’un chapitre parfaitement clair, en remplaçant les termes si connus de lieu vrai par réalité, d’épicycle par cercle de circonvolution, de trine et sextile par tathleih et tasdis (le tiers et le sixième de la circonférence), etc. Il semblait qu'on fût revenu aux versions barbares du moyen âge; déjà l’on s’était attiré, en ajoutant à l'original des explications confuses, une sanglante épigramme de la part d’un illustre géomètre, juge impartial du débat, qui affirmait n'avoir pu comprendre quelque chose au texte qu’en couvrant de petits papiers toutes les parenthèses.
(4) Novembre 1842.
Plus tard, une personne s'étant prononcée pour les Arabes, à la suite d’un examen approfondi du problême, dans une communication adressée à l’Académie des sciences (1), on avait annoncé qu’on allait en finir avec la variation et Aboul-Wéfä, et depuis plus de deux ans nous attendons encore cette réponse péremptoire; mais si l’on se décide à la faire, qu’on n'oublie pas surtout de nous dire pourquoi Longomontan, plus de vingt ans après la mort de son collaborateur Tycho-Brahé, appliquait encore les termes de trine et sextile à la troisième inégalité de la lune (2).
On vient de voir quels services les Arabes avaient rendus à l'astronomie en comblant la lacune qui existait ‘entre les travaux des Grecs et ceux des modernes; leurs progrès dans la géographie mathématique n'avaient pas été moins remarquables. Schlegel reconnaissait qu’ils avaient été de tout temps de hardis navigateurs; que dès les premiers siècles du khalifat, poussés aux voyages par leurs spéculations mercantiles, ils avaient été fort loin dans l'Asie, dans l'Afrique et dans les mers environnantes ; qu’ils étaient peut-être parvenus jusqu’à des contrées où les Européens n’ont même pas pénétré de nos jours; mais il ne se doutait pas qu’ils eussent précédé de l’Isle dans la grande réforme des Tables de Ptolémée, el c'est ce qui a été complétement prouvé depuis notre publication d’Aboul-Hassan.
En 820, sous Almamoun, le Rasm-al-Ardh (tracé ou description de la terre) reproduit le système grec avec
(1) Comptes-rendus, etc., 1er semestre, p. 629. (2) Voyez nos Matériaux, etc., t. IT, avant-propos, p. v et suiv.
de notables améliorations. Les corrections portent sur les pays qui entourent Bagdad, c’est-à-dire sur le centre des États musulmans. L’Arabie, le golfe Persique, les contrées arrosées par le Tigre et l’Euphrate, la Perse proprement dite, les côtes méridionales de la mer Caspienne, laÿMéditerranée orientale, reçoivent une délimitation plus exacte. En 1095, Albirouni rectifie les lon-
gitudes du pays de Roum, du Mawaralnahar ou Tran-
soxiane et du Sinde; il fait, en un mot, pour l'Orient ce que le Rasm-al-Ardh a commencé pour les provinces du milieu. En 1230, Aboul-Hassan opère la refonte de la carte d'Afrique et d'Espagne, détermine la véritable étendue de la Méditerranée que Ptolémée avait faite de quatre cents lieues trop longue, et, par la substitution du méridien de la coupole d’Arine à celui des îles Fortunées, donne à son nouveau classement toute la perfection désirable (1).
Nous ne parlons pas ici des voyageurs arabes et des compilateurs, qui nous ont transmis des documents si précieux sur tous les pays du monde; les noms d’Ibn- Haukal, Al-Istakari, Masoudi, Bekri, Édrisi, Yacout, Ibn- Bathoutha, Bakoui, Aboulféda, etc., peuvent être opposés victorieusement aux attaques de quelques esprits prévenus.
Les sciences physiques, dont les Arabes sont les véritables fondateurs, comme vous l’avez si bien dit (9),
(1) Voyez notre mémoire sur les systèmes géographiques des Grecs et des Arabes, 1841 et 1849, et notre notice sur la géographie du moyen âge de J. Lelewel (Bulletin de la Société de géogra-
phie, 4851, t. IL, p. 32).
(2) Cosmos, t. 11, p. 260. Nous avons eu l’occasion de parler de
Monsieur et illustre maître, acquièrent pendant cette même période un développement inespéré ; l’expérimenlation, presque complètement inconnue des anciens, est mise en pratique; la chimie, la botanique, l’économie rurale, commencent une ère nouveile; Cazwini, Ibn-El- Awam, Al-Demiri, sont les Pline, les Olivier de Serres et les Buffon de l’Orient.
La médecine et la chirurgie élèvent aussi de toutes parts de glorieux édifices. Honain, Rhazës, Avicenne, Ali-ben-Alabbas, etc., et, en Espagne, Albucasis, Aven- Zoar, Aben-Bithar, Averroës, inscrivent les grands principes de leur art dans des traités qui, pendant plusieurs siècles, servent de base aux études dans les universités de France et d'Italie. En un mot, de quelque côté qu’on tourne ses regards, on aperçoit partout les Arabes continuant l’œuvre de la civilisation grecque, et préparant par leurs travaux la renaissance moderne.
Que serait-ce si nous passions en revue les nombreux écrits qu'ils ont laissés sur la philosophie et la jurisprudence, et si nous parcourions les diverses branches de leur littérature, l’une des plus vastes que l’on connaisse! La grammaire, la rhétorique, la philologie, rien ne leur a été étranger. Les recueils de proverbes, de contes, de chansons, qu’on lit encore aujourd’hui avec tant d'intérêt, leurs poésies si animées et si énergiques, leurs nombreuses chroniques, sont des sources inépuisables pour l’histoire. Aboulféda, Aboulpharage, Tabari, Ebn-al-Athir, Othi, etc., nous ont fourni un arsenal de
ce précieux livre en rendant compte de l’atlas physique de Berghaus et Keith-Johnston (Bulletin de la Société de géographie, 4 série, 1851, t. II, p. 528).
APPENDICE. 369 faits qui ont jeté la plus vive lumière sur l’état politique de l'Orient au moyen âge. On a prétendu que le despotisme oriental ne leur avait jamais permis de développer leurs pensées; mais l’histoire ne se compose pas uniquement de réflexions et de jugements ; et c’est assurément un immense service rendu aux générations futures que de les mettre à même, par un récit exact et détaillé des événements, d’en apprécier impartialement les causes et les effets. Makrizi et Abdallatif n’ont-ils pas décrit l'Égypte avec une admirable clarté? Boha-Eddin, Soiouthi, Nowaïri et tant d’autres, ne nous ont-ils pas transmis une foule de documents d’une importance extrême, et sans lesquels nous n’aurions qu’une idée trêsimparfaite des révolutions dont les États musulmans ont été le théâtre? Ebn-Khaldoun enfin, dans ses Prolégomènes, qu’un illustre orientaliste publie en ce moment, n’a-t-il pas fixé lui-même les règles de la critique historique, et exposé avec une entière liberté les devoirs des souverains? Une simple nomenclature des travaux entrepris depuis quelques années en France, en Allemagne, etc., pour éclairer les points les plus obscurs des annales de l'Orient, suffirait pour montrer quel vaste champ a été ouvert de ce côté aux investigations des érudits, et quelle ample moisson il reste encore à recueillir. Les historiens persans ne doivent pas non plus être négligés : Mirkhond, Raschid-Eldin, Khondemir, etc., sont les auxiliaires indispensables des écrivains arabes. Pour l’histoire comme pour les sciences, c’est la même école et le même esprit, et les deux langues ont produit des monuments également précieux ; sans leur secours, on ne connaîtra jamais qu’imparfaitement les vicissi-