‹ Histoire générale des Arabes (volume 3)Chapitre 24 sur 35 · IL · texte numérisé non relu

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tudes des empires qui se sont succédé en Asie ét en Afrique, les changements survenus dans les États secondaires, l'influence que la civilisation orientale a exercée sur celle de l'Occident. Il n’existe nulle part une aussi riche collection de chroniques, de mémoires, de biographies, ni aucun livre qui ressemble à ces dictionnaires historiques où sont rangés plus de dix-huit mille noms d'auteurs et titres d'ouvrages sur toutes les branches des connaissances humaines. Non seulement c’est aux Arabes qu’il faut s’adresser lorsqu'on veut approfondir l’histoire de la plus grande partie du monde au moyen âge, mais c’est encore chez eux que nous voyons les arts refleurir, et les plus grandes découvertes des temps modernes, la boussole, le papier, les armes à feu, ete., recevoir leurs premières applications.

Pourquoi donc s’est-on efforcé de rabaisser la gloire d’un peuple qui a marqué son passage par des œuvres si grandes et si utiles? L’instant n'est-il donc pas venu de juger impartialement les faits, et de rendre à chacun ce qui lui appartient? Laissons aux sinologues et aux indianistes le mérite de leurs recherches, sans en exagérer la valeur outre mesure, et ne refusons pas aux Arabes la justice qui leur est due.

La publication d’Oloug-Beg est un dernier hommage rendu à l’école de Bagdad, dont la lumière apparaît encore au milieu du quinzième siècle, après avoir traversé la grande époque des croisades, les invasions de Mahmoud, de Gengiskhan, de Timour. Les Tables du souverain de Samarcande nous présentent l’état de la science chez les Orientaux à une époque où l’Europe

commençait elle-même à sortir de la barbarie ; à cetitre elles ont de l'importance; aussi ont-elles été lobjet d’études diverses. Nous avons dit dans quelles limites Hyde, Greaves, Burckhardt, Sédillot, Delambre s’en étaient occupés (1) ; nous avons signalé l’excellent commentaire que Mériem-al-Tchélébi a composé sur ces Tables; nous n’ajouterons que quelques mots.

La première partie des Prolégomènes d'Oloug-Beg est consacrée aux divisions du temps adoptées par les Orientaux. On y trouve lindication des ères principales, celles de Mahomet (hégire), des Séleucides, d’'Iezdedjerd, avec leur concordance. L'auteur traite, après cela, de l'ère méhiki ou djélaléenne, et de la réforme du calendrier persan, ordonnée par le sultan seldjoukide Djelaleddin-Melik-schah en 1076, réforme qui eut pour base une année plus exacte que l’année grégorienne .ellemême (2) ; puis, dans une suite de chapitres empruntés en grande partie à Nassir-Eddin-Thousi, il expose les principes généraux de l’astronomie du Cathay. Nous en avons parlé en détail dans le tome second de nos Matériaux pour :servir à l'histoire comparée des sciences mathématiques chez les Grecs et les Arabes (3); nous nous bornerons donc à rappeler qu’Oloug-Beg résout en quelques mots le petit problème de la lune Jun ou intercalaire, sur lequel un rédacteur du Journal des

(1) Oloug-Beg, introd., p. IV, GXXIX-CxXxI, etc.

(2). On compte en réalité 3,652,422 jours pour 10,000 ans, et avec l’année grégorienne 3,652,425. (Voyez l’article que nous avons inséré dans le Bulletin de la Sociélé de géographie, 4e série, t. 1, p. 165.)

(3) Page 594 et suivantes.

Savants est entré dans des considérations qu’on aurail pu croire nouvelles. L'année de Co-Cheou-King, de 369 jours 2495, n’est point encore substituée parle prince astronome à l’année des Song, de 365 jours 2436 ; il est vrai qu'Oloug-Beg suit pas à pas Nassir-Eddin, dont les Tables remontent à l'an 1260; mais il avait ouvert des relations avec le Céleste Empire, et ses ambassadeurs, chargés d'étudier le pays au point de vue scientifique (1), n'auraient pas manqué de lui faire connaitre l’importante correction proposée par Co-Cheou-King, disciple de Djemal-Eddin, si le fribunal des muthématiques en avait tenu le moindre compte. Cest ainsi que le jugement de M. Bazin est encore une fois confirmé : les Chinois ne faisaient aucun cas de leur plus grand astronome, dont ils n’avaient même pas conservé les ouvrages.

Les règles de calcul que donne Oloug-Beg dans cette partie de son ouvrage sont très-multiphiées et souvent obscures ; nous avons extrait du commentaire de Mériem Al-Tchélébi des exemples qui en rendent l'explication facile; sur ce point, le travail publié par Greaves en 1670 est éclairei et complété.

Oloug-Beg passe, dans sa seconde partie, aux opérations qui tiennent plus spécialement à l'astronomie pratique ; il s'étend sur la construction et l'usage de ses Tables. En traitant des sinus et des tangentes, il annonce qu’il a le premier déterminé le sinus d’un degré par la voie démonstrative; et Mériem, qui nous fourmit

(1) Voyez Lelewel, déjà cité, et le Bulletin de la Société de - géographie, 4e série, 1851, t. II, p. 32.

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une analyse très-précieuse de la méthode de l’auteur, ajoute, par son exposé, une preuve nouvelle à celles que nous avons données du développement remarquable de l'algèbre chez les Arabes.

En décrivant divers procédés pour tracer une ligne méridienne, Oloug-Beg ne dit rien du gnomon à trou d'Ebn-Jounis, d’Alchogandi, de Nassir-Eddin ; il parle du cercle indien sans en spécifier l’origine, montre comment l’on détermine l’azimut de la keblah et sa déclinaison (1), et constate un peu plus loin la diminution progressive de l’obliquité de lécliptique, qui est, suivant ses observations, de 230 30° 17”. — La table qu’il donne de la longitude et de la latitude des principales villes a fait dire à M. Lelewel qu’il avait entrepris de dresser une carte générale du monde (2) ; 1l y prend pour point de départ les iles Fortunées, sans mentionner la coupole d’Arine, qui n'avait été employée comme premier méridien que par les géographes del’Occident(3), et fixe lalatitude de Samarcande à 390 37° 28”. Vous vous êtes préoccupé, Monsieur, de cette évaluation dans votre ouvrage sur l’Asie centrale (4), et, par une coïncidence assez singulière, le chiffre que vous avez adopté pour

(1) Voyez notre mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes, inséré dans le tome Ier des Mémoires des savants étrangers, publiés par l’Académie des inscriptions et belles-lettres, P- 97.

(2) Géographie du moyen äge, t. TI, p. 155.

(8) Le Cosmos, t. IL, p. 531, me fait dire que la coupole d’Arine coïncide avec les Açores; des de l’occident de la coupole d’Arine qu'il s’agit. (Voyez notre mémoire sur les systèmes géographiques des Grecs et des Arabes, Paris, 1842, et le Bulletin de la Société de géographie, 4e série, juillet et décembre 1851.)

(4) Tome ITL, p. 592.

la longitude de cette ville (64° 50’ E. de Paris) est eéxactement celui d’Albirouni (880 20’), déduction faite de la longitude de Paris d’après Ptolémée (23° 30”).

La troisième partie des Prolégomènes d’Oloug-Bes comprend la théorie des planètes. On voit que le petitfils dé Timour conserve lés hypothèses d'Ebn-Jounis et de Nassir-Eddin. Il n’introduit pas la variation dans ses Fables de la lune : il. la connaît cependant, et le commentaire de Mériem laisse peu de doute à cet égard; mais, au lieu de la détacher, comme Aboul-Wéfä, des deux premières inégalités, 1l se Eorne à quelques indications générales, et reste fidèle au plan tracé par ses modèles, Plus loin, il indique la manière de calculer les éclipses de lune et de soleil, de déterminer le temps de l'apparition de la nouvelle lune, des astres, etc. ; il énumère les mansions lunäires, et termine par quelques observations sur son catalogue d'étoiles, qui est tout à fait original. Hyde à publié ce catalogue, et nous l'avons comparé avec celui d'Abderrahman-Soufi, dans notre Mémoire sur les instruments astronomiques des Arabes (1); nous ne reviendrons pas sur ce Süjet.

Oloug-Beg ouvre la quatrième partie de son livre à des rêveries astrologiques qui ont eu cours jusqu’au milieu du dix-septième siècle ; nous les aurions passées sous silence, si elles n'avaient point été la cause de la fin tragique de ce prince infortuné, et si elles n'avaient donné lieu, de sa part, à des calculs qui appartiennent à l’histoire de la science. La distribution des douze maisons célestes, l'influence des configurations et des

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aspects des planètes, de leur position relative dans l’excentrique et l’épicycle, et la théorie des coïncidénces, enfin la construction des nemoudards ou thèmes génethliaques, ont fort heureusement perdu aujourd’hui tout crédit. La véritable astronomie a pu profiter du zèle avec lequel on cherchait des pronostics ou l’explication de certains événements dans le ciel étoilé ; puis elle a fait justice de toutes ces erreurs et rétabli les choses dans leur état normal.

Je m’arrête ici, Monsieur et illustre maître; Je laisse à votre appréciation bien des questions que je n’ai fait qu’effleurer, et qui doivent encore relever à vos yeux les mérites de l’école de Bagdad. Le jugement que vous avez porté sur les services qu’elle a rendus, en rédigeant le Cosmos, ce tableau si admirable des découvertes dues à l'intelligence humaine, m’est un sûr garant que le jour de la réparation luit déjà pour les Arabes.

Recevez, etc.

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