DÉMEMBREMENT DU K H AI [FAT DE CORDOUE
L'incapacité d'Hescham II, en permettant à Almanzor et à son fils Abdelmalek de déployer dans le gouvernement toutes les ressources de leur génie, n'avait produit jusqu'en 1008 que d'heureux résultats; à partir de cette époque seulement, par la libre carrière qu'elle ouvrit à toutes les ambitions et à tous les partis, elle devint la première cause de la chute des Ommïades et hâta la décadence des Arabes d'Espagne.
Les triomphes d'Almanzor avaient fait une si vive impression sur les musulmans, qu'ils désiraient pour la plupart voir l'autorité se perpétuer chez ses descendant. Hescharn II n'avait point d'enfants ; on le pressa de désigner comme son héritier Abderrahman, frère d'Abdelmalek. La famille des Ommïades ne pouvait souscrire sans protestation à une pareille déchéance, et elle opposa une résistance opiniâtre aux Alameris (nom des partisans des fils d'Almanzor). Elle trouva un appui dans la garde slavonne, jalouse des Zenètes qui avaient été appelés du Magreb par Almanzor, et qui s'étaient déclarés en faveur d' Abderrahman. Ces haines et ces rivalités firent éclater une guerre de six ans, dont les vicissitudes placèrent successivement sur le trône l'Om-
mïade Muhamad-el-Mahadi (1008-1010) et le chef des Africains, Suleiman, puis rétablirent un instant Hescham II (1010-1012), pour lui substituer encore Suleiman. Celait près de Cordoue que les plus terribles engagements avaient lieu, et cette ville fut plusieurs fois pillée et saccagée par les musulmans divisés.
L'avènement de Suleiman, qui ne se présentait avec aucun titre légitime à la souveraineté, ne pouvait mettre fin aux dissensions; elles recommencèrent en effet au bout de deux ans et se compliquèrent de l'apparition d'une nouvelle famille, celle des Beni-Hamud, dont le chef, Ali-ben-Hamud, avait été choisi par Hescham II pour gouverner le Magreb. Celle famille descendait de l'époux de Falhime par la branche des Édrissites ; et, faisant valoir son origine, elle prétendit remplacer la dynastie ommïade. Ali profita des revenus de sa province, dont nul ne lui demandait compte, pour rassembler des troupes ; il trouva des soldats dévoués parmi les tribus arabes, maures ou berbères; et, en même temps, ayant fait venir de l'intérieur de l'Afrique un grand nombre de nègres, il en forma un corps de cavalerie redoutable ; ses préparatifs terminés, il se dirigea vers l'Espagne; son frère Alcassim, wali de Malaga et d'Algéziras, facilita son débarquement, et Suleiman, détesté de tous, fut en un inslant renversé ; mais les plus rudes ennemis d'Ali devaient être les derniers survivants de la famille d'Ommïah. L'Andalousie leur étail restée fidèle, et, s'ils s'étaient réunis sous un même drapeau, ils auraient eu quelque chance de succès; malheureusement Abderrahman ou Abdérame IV (1017- 1023), Abdérame V (1023), Muhamad II (1023-1025),
Hescham-ben-MuhamaJ (1026-1029), engagèrent entre eux des luttes fratricides qui détruisirent leurs dernières ressources. Les Beni-llamud, imitant ce funeste exemple, perdirent de leur côté l'occasion favorable d'asseoir solidement leur autorité; à la mort d'Ali, son frère Alcassim et son fils Yahia se séparèrent en deux camps opposés et plongèrent l'Espagne musulmane dans tous les maux de l'anarchie (1029). Les guerres intérieures occasionnées par la faiblesse d'Hescham II n'avaient pu amener la création d'un pouvoir central ; il en résulta une séparation complète entre les diverses provinces soumises aux Arabes ; elles cessèrent de se confondre sous une même domination et formèrent des États indépendants.
Si l'on se rappelle la conduite des walis envers les plus puissants khalifes, on comprendra facilement tout l'avantage qu'ils retirèrent de la lutte des Ommïades contre les Alaméris et les Alides. Tous faisaient leurs conditions en prenant parti pour tel ou tel compétiteur, et cherchaient à s'assurer la perpétuité de leurs gouvernements, soit à titre viager, soit à titre héréditaire. Us contraignirent même les Alides et les descendants de la famille d'Ommïah d'aliéner entre leurs mains la suzeraineté des provinces qu'ils se disputaient, moyennant un stérile hommage, un simple serment de fidélité ; c'était rétablissement en Espagne du système féodal.
Les walis n'étaient pas seuls dominés par cet esprit d'indépendance; les vizirs se considéraient comme maîtres du territoire sur lequel s'exerçait leur juridiction, et les caïds à leur tour se prétendaient souverains dans l'enceinte des villes ; tous ces ambitieux semblaient
oublier que les chrétiens seuls profiteraient de leurs divisions. L'intérêt général disparaissait au milieu de ces luttes d'un égoïsrae aveugle.
En détruisant tout pouvoir central, les Arabes auraient pu du moins former des groupes d'Étals capables d'opposer une résistance sérieuse aux chrétiens qui, eux-mêmes, avaient fondé plusieurs royaumes distincts. Si, par exemple, les quatre gouvernements de Cordoue, Tolède, Merida, Saragosse, établis par les khalifes, et auxquels on avait associé plus tard ceux de Murcie et de Valence, avaient conservé leurs limites, la décadence n'eût pas été aussi rapide, et le démembrement aussi général.
Dans la seule Andalousie, on vit s'élever, en 1029, indépendamment des petites principautés secondaires qui étaient fort nombreuses, six États dont les chefs prirent le titre de rois : ce furent les Étals de Cordoue, de Séville, de Carmona et Ecija, de Malaga, d'Algéziras et de Grenade. Tolède devint la capitale d'un royaume séparé. L'Algarve et la Lusitanie eurent leur roi à Lisbonne et à Badajoz.^Sur la côte orientale d'Almeria à Murviedo, il y eut les trois royaumes de Murcie, entre Almeria et la rivière de Segura, de Dénia, de la Segura au Xucar, et de Valence, du Xucar à Murviedo. Quant aux provinces septentrionales, elles se partagèrent entre les rois de Saragosse, de Tortose et d'Huesca.
En se refusant à l'obéissance des khalifes, les walis auraient dû s'unir entre eux et former des confédérations; ils eussent assuré ainsi àchacuu l'indépendance, et, en faisant taire les rivalités, eussent opposé aux chréliens une barrière infranchissable; mais tous pré-
tendirent à une souveraineté universelle, s'attaquèrent les uns les autres, et portèrent un dernier coup à la race arabe, en lui enlevant ses meilleurs défenseurs au moment où elle n'avait pas trop de toutes ses forces pour résister au flot qui la menaçait (
De tous ceux qui aspirèrent à relever le khalifat, les plus persévérants furent sans contredit les rois de Séville et de Tolède ; leurs puissants voisins, les rois de Saragosse et de Badajoz, se contentèrent d'imposer leur souveraineté à leurs voisins les plus rapprochés de l' Aragon et de l'Algarve. Les rois de Séville approchèrent du but qu'ils s'étaient proposé d'atteindre ; placés au milieu de la province la plus divisée, ils purent facilement s'étendre ; puis la ville où ils dominaient, admirablement située, avait en elle des éléments de grandeur et de richesse que les autres ne possédaient point à un même degré. Politiques adroits, ils suivirent avec talent le plan qui leur avait été tracé par le fondateur de leur autorité, Ben-Abad, appelé aussi Aben-Aded. Celui-ci avait fait répandre dans toute l'Espagne qu'Heschara 11 avait reparu à Séville et l'avait reconnu hautement pour le légitime héritier des khalifes de Gordoue. Ses successeurs laissèrent pendant quelque temps les petits princes de l'Andalousie s'affaiblir par les luttes intestines; saisissant le moment favorable, ils entrèrent en campagne, soumirent les seigneurs de Gibraltar, Niebla, Huelva, s'emparèrent de Carmona et intervinrent ensuite dans les démêlés des rois de Tolède et de Cordoue. Ce dernier prince, après avoir été battu à l'AIgothor, était assiégé dans sa capitale (1060). Le roi de Séville, Almoateded 1er, ou selon les chroniques
35i LIVRE V, CHAPITRE II.
Ben-Abad II, accourut à son secours; mais, après avoir chassé les ennemis, il le fit lui-même prisonnier et se rendit maître de ses Étals. Un tel succès ne lui parut pas suffisant : il voulut encore posséder Malaga, Grenade, et surtout la ville d'Ecija. Le souverain de Malaga, qui appartenait à la famille des Beni-IIamud, et se trouvait en rapports constants avec le souverain du Magreb, son parent, lui opposa des troupes nombreuses aguerries, et repoussa ses tentatives. Âlmoateded II ou Ben- Abab III ne fut pas d'abord plus heureux; il se vit même enlever par le roi de Tolède, qui soutenait Alphonse VI de Castille, les deux* plus importantes villes de ses États, Cordoue et Séville ; l'affection des habitants ne tarda pas à les lui rendre, et la vengeance vint accroître encore son ardeur des combats *Il contribua très-habilement au démembrement des États de Tolède, qui s'étaient accrus par l'adjonction de Guença et de plusieurs districts de la côte, Murcie, Valence, Alicante; puis il attaqua les nouveaux possesseurs et les vainquit séparément ; Murcie succomba ; quelque temps après Ben-Abad s'emparait de Malaga, d'Algéziras, et les princes édrissiles se retirèrent à Tanger ou à Ceuta (1079;. Les rois de Saragosse et de Badajoz s'émurent enfin à la nouvelle de ses succès et formèrent contre lui une ligue formidable. Ben-Abad rechercha aussitôt l'appui des chrétiens, et fit avec le roi de Castille, Alphonse VI, un traité par lequel il se réservait dans les conquêtes projetées en commun Badajoz, Grenade, Almeria, et renonçait à la possession de Tolède (1080). Celte dernière ville lomba seule au pouvoir des deux alliés (1085), et Alphonse y planta ses étendards. A
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cette nouvelle, toute l'Andalousie se souleva contre Ben- Abad et l'obligea de renoncer à une politique qui livrait à ses ennemis naturels l'Espagne musulmane.
La prise de Tolède dévoilait, en effet, les tristes conséquences de ces guerres civiles. Ce n'était pas assez que d'avoir interrompu les travaux de la paix et les progrès immenses obtenus dans toutes les branches de l'industrie humaine; d'avoir rempli les campagnes de désolation et exposé les villes aux plus terribles assauts; d'avoir détruit la grandeur de Cordoue, que ne pouvait remplacer la ville de Séville ; elles avaient donné aux chrétiens un triomphe incontesté, leur avaient permis de réparer leurs désastres passés, et de s'avancer de plus en plus au centre de la péninsule.
Déjà, de 4008 à 1014, en se mêlant aux luttes de Muhamad-el-Mohdi et de Suleiman, le comte de Castille et le comte de Barcelone s'étaient fait céder des places importantes ; on avait vu ces princes dans les batailles de Quintos et d'Àcbatabahar, soutenant des causes contraires, et trois évêques prendre part à l'action au railieu des rangs musulmans; il n'en était pas moins résulté pour les Arabes la perte de leurs châteaux forts des frontières. Plus tard, pendant la rivalité des Ommïades et des Alides, le roi de Léon, Alphonse V, avait entrepris de conquérir la partie du Portugal située au sud du Duero ; il était mort au siège de Viseu (1026), et avait légué cette conquête à son fils, Bermude 111. Celui-ci tourna ses armes contre le roi de Navarre, qui avait réuni à ses États le comté de Castille et lui causait de l'ombrage; et, en \0$b, l'Espagne chrétienne fut soumise à une nouvelle division : les royaumes
35tf LIVRE V, CHAPITRE 11.
d'Aragon et de Castille allaient être spécialement chargés de la guerre contre les infidèles; la Navarre, resserrée dans d'étroites limites, forma comme un corps de réserve; et le royaume de Léon fut réuni en 4037 à la Castille, désormais sentinelle avancée du christianisme; Ferdinand Ier, maître des Asturies, de la Galice, de Biscaye, de Léon et de Castille, prit en Portugal Viseu, Lamego, Coimbre, et se rendit formidable aux musulmans (1033-1044).
Pendant ce temps le roi d'Aragon, d'accord avec le comte de Barcelone, pressait les rois de Saragosse et d'Huesca, et les obligeait de se reconnaître ses tributaires (1063-1066).
Telle était la conséquence des querelles qui avaient éclaté parmi les Arabes; ils ne durent leur salut qu'à la guerre civile qui pendant sept ans (1066-1073) désola la Castille. Les trois fils de Ferdinand se disputèrent l'héritage paternel; Sanche, l'aîné, chassa d'abord ses deux frères Garcie et Alphonse de la Galice et de Léon, et les força d'aller demander asile, l'un au roi de Séville, Almoateded, et l'autre au roi de Tolède, connu dans les chroniques sous le nom d'Almamoun ; mais il périt au siège de Zamora, qu'occupait sa sœur dona Urraca ; et Alphonse, rappelé d'une voix unanime, réunit entre ses mains toute la puissance de son père (1073).
Ce prince se regardait comme engagé par la reconnaissance envers le roi de Tolède, qui lui avait accordé une généreuse hospitalité; il lui envoya une armée qui contribua à la prise de Cordoue et de Séville sur Almoatede.l II; après la mort de son allié, il n'hésita pas à
reprendre la croisade contre les musulmans. Il avait à son service des hommes d'un courage éprouvé, et pardessus tous, le Cid, Rodrigue de Bivar, qui porta aux Arabes les coups les plus funestes, etqui, de 1081 à1085, ne cessa de ravager la p'aine qui s'étend des limites de la Vieille-Castilie aux rives du Tage. Avec de tels soldats, Alphonse pouvait compter sur la victoire ; il ne craignit pas de mettre le siège devant Tolède; secondé, comme on Ta vu, par Ben-Abad, favorisé secrètement par les habitants, pour la plupart juifs et chrétiens, il reçut les clefs de la ville, s'engageant à respecter les mosquées et à maintenir la juridiction des cadis pour les musulmans. Quant au roi dépossédé, il put emporter ses richesses, et, suivi de sa noblesse, aller s'établir à Valence.
La conquête de Tolède était de la plus grande importance pour les Espagnols ; toutes les forteresses qui se trouvaient en deçà du Tage, Maqueda, Madrid, Guadalaxara, Coria, se soumirent ; le bassin de laGuadiana fut envahi, et l'Andalousie vit avec terreur les progrès des princes chrétiens que ses propres déchirements avaient favorisés.
Ce n'était point seulement en Espagne que l'islamisme perdait du terrain : dans les îles de la Méditerranée, les chrétiens ressaisissaient aussi l'avantage, et reparaissaient peu à peu dans les pays qui leur avaient été enlevés.
Ainsi, en 1017, les Génois et les Pisans avaient débarqué dans la Sardaigne et en avaient chassé le vvali des Zeïrites. Les Pisans seuls repoussèrent ensuite les tentatives que firent les Zeïrites pour rentrer en posses-
sion de l'île, et détruisirent complètement, près de Cagliari, une armée partie d'Afrique.
Plus tard, les Génois s'emparèrent de la Corse sur les pirates andalous qui en étaient maîtres, et qui, délaissés par les musulmans d'Espagne, implorèrent en vain le secours des souverains d'Afrique.
Les Arabes n'avaient pas cessé leurs incursions en Italie ; mais, dès l'an 1000, ils avaient trouvé àSalerne de nouveaux adversaires dans les aventuriers normands. Tarente, qui leur appartenait encore, leur fut arrachée par les Grecs, aidés des Normands, en 1035. Ils furent à la même époque attaqués en Sicile, et comme ils étaient divisés entre eux, ils auraient succombé si les Grecs et les Normands n'avaient eu de graves contestations suivies d'une rupture complète (1043).
Quant aux Baléares, les républiques italiennes ne purent s'en emparer; un des walis indépendants de l'Espagne, le wali de Dénia, les avait enlevées aux pirates qui en avaient fait le centre de leurs opérations, et il s'y était fortement établi.
Si les Zeïrites n'avaient pu empêcher les revers de l'islamisme, c'est qu'ils étaient eux-mêmes tourmentés en Afrique par les plus tristes et les plus sanglantes dissensions. Chaque année voyait surgir dans leurs principales villes de nouvelles révoltes qui n'avaient d'autre résultat que de remplacer un despote par un autre. Les Beni-Hammad, établis à Aschir et Bougie, empiétaient souvent sur les frontières voisines pour étendre leur propre territoire; les Falhimites envoyaient parfois du Caire des armées menacer Tripoli. Enfin, les tribus du désert refusaient de payer l'impôt etaug-
mentaient chaque jour, en se rapprochant des cotes de la mer, le cercle de leurs courses nomades et de leurs dévastations périodiques.
Les Arabes d'Orient restaient indifférents au sort de l'Afrique et de l'Espagne, et les seuls défenseurs de la religion de Mahomet se trouvèrent dans les déserts du Magreb, parmi ces tribus africaines, si impatientes du joug étranger, si braves, si faciles à exalter. Deux d'entre elles, les tribus Lamtuna et Gudala, .qui faisaient elles-mêmes partie de la grande tribu des Zanhaga, excitées par un alfaqui de Sous, nommé Abdallah-ben- Tasfin, se crurent destinées par la Providence à relever la gloire de l'islamisme. Elles adoptèrent le nom de Morabethin (hommes de Dieu, liés à la religion), d'où les Espagnols ont fait Marabouts et Almoravides ; et, à la voix d'Abdallah qui n'avait eu d'autre pensée, en réveillant dans leur âme le sentiment religieux, que de les entraîner à de nouvelles conquêtes, elles soumirent Seldjelmesse, puis le pays de Dahrah, imposèrent leur domination à la tribu de Mazmuda, l'une des cinq grandes tribus de l'Afrique septentrionale, et traversèrent l'Atlas pour s'établir aux environs d'Agmat, entre les montagnes et la mer (4068). Abou-Bekre, qu'Abdallah avait mis à leur tête, se contenta quelque temps de la ville d'Agmat; bientôt il jugea que l'étendue de la cité ne répondait pas à sa puissance réelle, et, à l'exemple de toutes les dynasties qui s'étaient établies en Afrique, il fonda une ville qui, sous le nom de Maroc, est encore aujourd'hui la capitale d'un grand empire. Son cousin, Yousef-ben-Tasfin, s'empara bientôt de toute l'autorité. Il était hardi, généreux, d'une grande
dévotion, très-habile administrateur; il avait un air imposant et les qualités de l'âme qui imposent aux peuples. En peu de temps, il fut salué par les Almoravides comme le chef qui devait les conduire à la victoire.
Après s'être organisé une garde nombreuse, composée à la fois d'esclaves nègres achetés sur les côtes de Guinée et d'esclaves chrétiens qu'il avait fait venir d'Andalousie, Yousef marcha contre Fez et Mequinez, alors possédées par des familles arabes et berbères, et s'en rendit maître. Rien ne put résister à l'impétuosité de ses terribles cavaliers ; une partie de ses soldats abandonnèrent ses étendards pour se livrer à l'agriculture ; les autres, en plus grand nombre, s'associèrent à sa fortune, et prirent successivement Ceuta, Tanger, Salé, où s'étaient retirés les Beni-Hamud, chassés de Malaga et de Fez. Tout leMagreb reconnaissait les lois d'Yousef en 1084.
Les Arabes d'Espagne, dans leur détresse, tournèrent les yeux du côté des Almoravides. Les rois de Séville, de Badajoz et de Grenade furent auprès de Yousef les interprètes du sentiment général, et invoquèrent son secours contre les princes chrétiens.
Yousef n'eut garde de repousser des propositions qui ouvraient à son ambition une nouvelle carrière. Il prépara sur-le-champ une expédition, et après s'être fait livrer d'avance par Almoateded la ville d'Algéziras, il débarqua dans la péninsule avec une nombreuse armée (1086). Son arrivée causa dans toute l'Andalousie le plus grand enthousiasme; cependant les Almoravides n'accomplirent pas l'œuvre qu'on attendait de leur fa-
natisme et de leur bravoure. Vainqueurs à l'importante bataille de Zélaca, ils ne surent pas profiter de leurs avantages. Alphonse VI et Sanche d'Aragon se remirent bientôt en campagne. Le Cid descendit jusque dans la province de Murcie et s'empara de la forte ville d'Alid (4087). Sanche emporta Huesca d'assaut (1088), et Alphonse VI maintint non seulement ses frontières intactes, mais encore dirigea de Tolède des courses dévastatrices jusqu'aux rives de la Guadiana (1090).
La première condition de succès pour les musulmans, c'était que les Andalous et les Africains restassent d'accord et s'entendissent dans leurs opérations. La bonne harmonie ne devait pas subsister longtemps entre eux. Yousef n'avait pu voir les belles plaines de l'Espagne sans ressentir un ardent désir de les posséder; et les Andalous, qui avaient deviné ses vues secrètes, songeaient déjà à les faire échouer. Tout fut inutile: Yousef leva promptement le masque, et en quatre ans (1090-1094), il n'y eut dans tous les pays musulmans de l'Espagne méridionale d'autre autorité que celle des Almoravides. Cordoue, Carmona, Bacza furent prises ; les royaumes d'Almeria, de Malaga, de Grenade se soumirent sans résistance devant un ennemi supérieur en forces; Séville, où résidait Almoateded 11, n'échappa au pillage que par la générosité de ce prince qui, se sacrifiant lui et sa famille, se livra sans défense à son puissant rival ; enfin les lieutenants d'Yousef réduisirent Xativa, Dénia, Valence, les rois de l'Algarve et de la Lnsitanie ; Saragosse seule conserva son indépendance (1094).
La rapidité de l'invasion prouve que les Andalous
étaient bien dégénérés de leur ancienne vigueur ; peutêtre aussi espéraient-ils qu'Yousef, disposant des ressources de l'Afrique et des provinces espagnoles, les protégerait mieux contre les chrétiens; on reconnut bientôt que le sentiment religieux n'avait pas seul dirigé la conduite de ce chef entreprenant; il laissa le Cid s'établir à Valence (1095), et demeura plusieurs années inaclif au milieu des fêtes et des plaisirs, se transportant de Cordoue à Maroc et de l'Afrique dans la péninsule, sans s'inquiéter en aucune manière des dangers de l'islamisme.
Les Arabes d'Espagne, au lieu d'accepter leur défaite, qu'ils avaient cru devoir servir les intérêts de la religion, ne cherchèrent plus qu'à secouer le joug qui leur était impose. Plusieurs waîis des environs de Valence s'unirent à Chimène, l'épouse du Cid, pour défendre Valence, conquête de son époux, menacée par les Almoravides, et il ne tint pas à eux que cette ville ne restât aux chrétiens (1099).
Le même sentiment se manifesta dans le reste de la péninsule musulmane; ce n'étaient plus les chrétiens qui étaient à redouter, mais bien les étrangers qu'il fallait expulser. Yousef étant mort (1107), son fils Ali fit triompher un instant son parti par la victoire d'Uclès, remportée sur Alphonse VI ; mais il attaqua le roi de Saragosse et les Andalous, et fit à son tour cause commune avec les chrétiens, qui s'emparèrent, en 1118, de la capitale même, et en 1120 de Calalajud et de Daroca. Le roi de Saragosse avait été écrasé entre les troupes des Almoravides et celles du roi d'Aragon; dès lors le fi If, d'Yousef resta le seul représentant de la cause arabe.
Son autorité (1107-1144) et celle de son successeur, Tasfin-ben-Ali (1144), furent très-chancelantes. Cordoue était devenue le siège de leur domination ; et les Alraoravides traitaient les habitants en peuple conquis; une première révolte éclata en 1121 ; toutes les forces d'Ali suffirent à peine pour faire rentrer la ville dans le devoir. Afin de donner une sorte de consécration religieuse à son usurpation, Yousef s'était fait investir par le khalife de Bagdad du gouvernement de l'Espagne; Ali, son fils, en introduisant dans la péninsule une foule de tribus africaines qu'il devait enrichir de la dépouille des anciennes familles arabes, ranima les haines qui avaient autrefois divisé les tribus asiatiques et les Alabdaris, et sépara de nouveau l'Espagne musulmane en deux camps opposés.
C'était appeler sur le champ de bataille les chrétiens, qui depuis l'invasion des Almoravides avaient presque toujours gardé la défensive, et qui allaient profiter de l'occasion pour continuer leurs empiétements. Le grand mouvement des croisades agitait alors l'Europe entière ; de nombreux chevaliers, qui voulaient concourir à la guerre sainte contre les infidèles, accoururent en Espagne. Raymond de Bourgogne et Henri de Besançon rendirent de si grands services à la cause chrétienne, que le roi Alphonse, dans sa reconnaissance, leur offrit la main de ses filles Urratpie et Thérèse. Le premier, avec Urraque, eut la perspective du trône de Castille, et le second se fit un royaume avec la dot de Thérèse, qui lui apporta le comté de Portugal, c'est-à-dire toute la partie de la Lusitanie qui avait déjà été conquise.
Les Espagnols étaient maîtres, en 1120, des pays
qui s'étendent de Tolèda jusqu'à l'Èbre; Alphonse d'Aragon, rêvant de nouveaux succès, menaça Valence et battit près d'Alcarah les walis africains coalisés contre lui. Cette victoire lui ouvrit les plaines de l'Andalousie ; les Mozarabes des environs de Grenade, au nombre de douze mille, se rallièrent sous ses drapeaux, et il envahit le royaume de Murcie (1125); le résultat de l'expédition ne répondit pas à ses espérances ; mais il pénétra plus avant, il pilla la campagne de Grenade, et emmena avec lui un grand nombre de Mozarabes qui se fixèrent à Saragosse ; ce fut le seul avantage qu'il obtint. Le souverain des Almoravides donna l'ordre à ses lieutenants de se saisir de tous les chrétiens des frontières, et de les disperser dans l'intérieur ; on fit plus : ceux qu'on pouvait soupçonner d'entretenir des rapports avec l'ennemi furent contraints de vendre leurs biens, et on les transporta en Afrique.
Ces mesures violentes n'empêchèrent point Alphonse Raymond, devenu roi de Castille et de Léon, de descendre encore avec une puissante armée en Andalousie (4133) ; il ravagea les faubourgs de Séville, et même ceux de Cadix, et mérita par ses expéditions, autant que par la médiation qu'il exerça entre le roi de Navarre et celui d'Aragon, le titre d'empereur. Le comte de Portugal, Alphonse Henriquez, dirigea aussi une expédition vers l'Algarve, dans le dessein de soumettre toute cette province. Les walis de Badajoz, de Beja, d'Evora et d'Elvaz vinrent lui présenter la bataille ; il l'accepta, et remporta près des hauteurs d'Ourique une victoire célèbre qui consolida sa puissance et lui fit décerner la royauté (1143).
Les Almoravides Savaient fait que retarder un instant la ruine de l'islamisme; ils n'étaient point sortis de la péninsule et n'avaient entrepris dans la Méditerranée aucune expédition maritime au delà des Baléares, qu'ils avaient enlevées, en 1096, à un wali andalou. Ils n'avaient point cherché à reprendre Candie, dont les Vénitiens s'étaient emparés sur les musulmans. La Sicile elle-même était tombée définitivement aux mains des chevaliers normands, qui, après s'être établis dans le comté d'Aversa et la principauté de Capoue, avaient fondé dans l'Italie méridionale un État indépendant, malgré l'opposition des pontifes de Rome, des Grecs et des Allemands. Robert Guiscard et son frère Roger se décidèrent à passer le détroit en 1064; l'occasion était favorable; les cinq émirs de Palerme, Pyranèse, Messine, Trapani et Patti se disputaient l'autorité souveraine que les Zeïrites n'étaient plus en état d'exercer. Roger feignit d'abord d'entrer dans ces querelles intérieures; puis, quand il crut le moment opportun, il jeta le masque, quitta les rangs des musulmans, et réunit autour de lui les chrétiens de la Sicile (1068). La guerre fut longue. Le chef normand, privé des secours de son frère, réduit à se tenir sur la défensive dans la ville de Messine, faillit être écrasé par des troupes que les Zeïrites avaient envoyées d'Afrique ; le retour de Guiscard avec des renforts changea les choses de face ; Catane, Palerme, se soumirent; l'armée musulmane fut repoussée (1071), et l'île demeura acquise aux Normands. Les Arabes et les Maures qui voulurent y demeurer obtinrent des garanties nombreuses. Le vainqueur craignait qu'ils n'emportassent avec leurs riches-
ses cette science agricole et industrielle qui avait assuré la prospérité de la Sicile; on leur promit la liberté de leur culte, le maintien de leurs coutumes; mais, dans les deux siècles qui suivirent, la population musulmane disparut complètement. Roger fit de la Sicile une puissance maritime, et voulut enlever aux Arabes l'empire de la Méditerranée. Il les poursuivit d'abord sur le rocher de Malte, qui vit flotter son drapeau en 1098. Plus tard son fils, Roger II, menaça l'Afrique elle-même et s'empara des îles situées prés du littoral (1125-1143).
Profitant, en 1146, des dissensions qui avaient éclaté parmi les Zeïrites, Roger se présenta devant Tripoli. La ville ne put résister aux efforts de l'amiral Giorgi, et bientôt Sfaks, Sousa, Mahadia, Cairowan et Tunis reconnurent son autorité (1148). Les Zeïrites se retirèrent dans l'inlérieur des terres, et laissèrent entre les mains des chrétiens ces villes, où ils dominaient depuis cent soixante-dix-sept ans (971-1148).
L'islamisme était donc, au milieu du XIIe sièele, en pleine décadence du côté de l'Occident ; la domination de la Méditerranée lui avait échappé ; il reculait en Espagne, et déjà une partie de l'Afrique lui échappait; de nouveaux défenseurs vinrent tout à coup lui rendre un éclat passager ; ils sortaient, comme les Minoravides, des déserts du Magreb, et ils allaient se répandre comme un torrent sur l'Afrique et l'Espagne.
Parmi les peuplades qui étaient soumises aux Almoravides, quelques-unes avaient vu avec jalousie l'élévation des tribus Lamtuna et Gudula, et désiraient ardemment acquérir, pour elles-mêmes, les richesses
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quïousef et Ali avaient procurées à leurs rivales. Ce sentiment fut habilement exploité par un homme d'une instruction profonde qui était venu au Magreb propager les doctrines de son maître, le célèbre philosophe Al- Gazzali, Muhamad-ben-Abdallah, fils d'un employé subalterne dans la mosquée de Cordoue. Initié de bonne heure, par suite d'heureuses circonstances, aux premiers éléments des sciences, envoyé plus tard en Orient, et admis, à Bagdad, à recevoir l'enseignement d'Al-Gazzali, il comprit l'influence qu'on pouvait exercer au moyen des idées religieuses sur le gouvernement des sociétés, et entreprit, par la seule force de son intelligence, de renverser la dynastie des Almoravides. Il commença par critiquer, dans la conduite de leurs principaux chefs, tout ce qui pouvait paraître contraire aux prescriptions les plus rigoureuses du Coran. Chassé de Maroc pour avoir insulté les femmes d'Ali qui sortaient le visage découvert, il s'attacha à persuader au peuple qu'il était temps de revenir à la morale et aux commandements de Mahomet, annonçant en même temps l'arrivée d'un nouveau Mahadi qui allait ramener sur terré la vertu et la justice. Ses intrigues ne se bornèrent pas à des prédications publiques; il réussit à s'entourer d'hommes actifs et capables de le soutenir dans sa difficile mission, et leur action ne tarda pas à se manifester au grand jour; dans les villes de Maroc et d'Agmat, une foule innombrable accourut à leur voix et applaudit à leurs projets de réforme.
Les Almoravides s'aperçurent trop tard du danger qui les menaçait; lorsqu'ils voulurent le conjurer, Abdallah s'était organisé un parti considérable ; il vit qu'il
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portait ombrage aux souverains du pays ; que les yeux étaient fixés sur lui, et il se retira à Tinraal, dans la province de Sous, où il appela ses adhérents, nommés Almohades (unitaires). Il fit élever, dans ce lieu que la nature elle-même avait fortifié, un château presque inattaquable, et exerça une autorité absolue avec le seul litre de Mahadi. Il voulut toutefois que l'administration restât confiée à un grand conseil composé de dix de ses disciples les plus dévoués, au nombre desquels se distinguait Abdelmouraen, et à une assemblée de soixante et dix musulmans. Bientôt les ennemis des Alraoravides vinrent se ranger autour de lui, et surtout les tribus Henteta, Herga, Gidmuya, qui formaient la principale fraction de la grande tribu des Marmuda. Dès 1120, trouvant ses forces suffisantes, il entra en campagne ; les trois premières batailles qu'il livra devinrent autant de victoires par le courage de ses soldats et le fanatisme qu'il sut leur inspirer. Après ces succès (1123), il crut pouvoir assiéger Maroc et se présenta devant cette ville, véritable centre de la puissance des Almoravides en Afrique; vainqueur au début dans quelques rencontres, il fut ensuite trahi par la fortune, et ses troupes subirent le plus sanglant échec (1125). Lui-même fut au moment de désespérer de sa cause et d'abandonner, devant ce funeste jeu de la guerre, les espérances de grandeur qu'il avait pu concevoir. Le génie et l'activité d'Abdeitnoumen lui créèrent de nouvelles ressources ; il parvint peu à peu à ranimer l'ardeur de ses partisans abattus, et, en 1130, ses pertes furent tout à fait réparées. Il résolut de tenter encore une fois le sort des armes, et fut plus heureux, grâce
au génie d'Abdelmoumen, qu'il désigna comme son successeur quatre jours avant sa mort.
Abdelmouraen était digne de poursuivre la tâche difficile entreprise par le Mahadi; moins rigide que son maître, il avait, de plus que lui, l'habitude de la guerre et du commandement; doué d'une grande persévérance et d'une volonté ferme, il imposait à tous par une représentation pleine de dignité ; son esprit savait concevoir des projets hardis, et il y avait en lui l'énergie nécessaire pour les exécuter. Les Almohades accueillirent son avènement avec acclamation, et il justifia les espérances que leur avaient fait concevoir ses rares qualités. En peu de temps, il leur donna un empire beaucoup plus vaste que ne l'était celui des Almoravides.
De Tinmal, sa capitale, située au fond des montagnes du Dahrah, il commença, dès 1132, à soumettre toutes les tribus limitrophes qui s'étendaient jusqu'à Salé. Quand cette ville lui eut ouvert ses portes, il envahit le pays de Fez et celui de Taza, qui ne lui opposèrent qu'une faible résistance (1137). A la mort d'Ali-ben- Yousef (1144), son fils Tasfin était encore à la tête d'une armée aguerrie, mais il ne possédait plus que quelques provinces voisines de Maroc et les deux places importantes d'Oran et de Tleracen. Ce fut sous les murs de cette dernière ville que se décidèrent les destins de l'Afrique. Abdelmoumen dut la victoire à ses habiles dispositions ; il forma de ses troupes un bataillon carré dont le premier rang se composait des soldats les plus vaillants armés de longues piques qu'ils appuyaient contre terre dans une direction oblique. Des boucliers les protégeaient contre les flèches ennemies.
Les arbalétriers et les frondeurs venaient ensuite, et la cavalerie se trouvait au milieu de ce carré, d'où elle s'élançait par des issues qui se refermaient immédiatement. Les Almoravides, quoique supérieurs en nombre, ne purent jamais rompre cet ordre de bataille et finirent par essuyer une déroute complète. Tasfin, désespéré, s'enfuit à Tlemcen, puis à Oran, où un accident funeste, en lui enlevant la vie, priva les Almoravides d'une direction qui leur était nécessaire (1145).
En peu de temps, les villes qui avaient jusque-là repoussé l'autorité d'Abdelmoumen furent forcées de la reconnaître. On raconte que ce hardi conquérant, irrité de la résistance qu'une de ces places lui opposait, fit construire une forte digue pour élever les eaux d'une rivière qui traversait la ville assiégée; puis il enleva tout à coup l'obstacle qui les retenait, et les lança sur les remparts, qui s'écroulèrent avec fracas. En 1146, il ne restait plus aux Almoravides que Maroc, qui fut prise d'assaut, et les Almohades se trouvèrent en possession de tout le Magreb.
Abdelmoumen, après avoir acquis l'héritage de Yousef, chercha, sans aucun retard, à s'immiscer dans les affaires d'Espagne. Mais là ne se borna point son ambition; il prétendit renouveler en Afrique l'ancienne domination des Aglabites, et se tourna du côté de la Cyrénaïque, comme s'il eût reçu du Mahadi l'injonction de réunir dans une môme pensée et sous un même chef tous les musulmans d'Occident. Sa longue carrière ne fut plus marquée que par des succès. De 1146 à 1158, il soumit Seldjelmesse et les tribus qui demeuraient entre Oran et Tlemcen. Il mit fin à la
dynastie des Beni-Hammad, dont les derniers représentants allèrent rejoindre les Zeïrites, refoulés parmi les tribus du désert, et, en 1159, se trouva en face des Normands chrétiens, qui s'étaient établis en Afrique, et avaient vainement essayé, en secourant les souverains de Bougie, de s'opposer à ses envahissements. Il avait entendu vanter leur courage, et prépara contre eux une expédition formidable. Les écrivains arabes ont fait de sa marche, depuis Salé jusqu'à Tunis, à travers les plaines du littoral de l'Afrique, une description pompeuse ; ils rapportent que le malin le signal du départ était donné au moyen d'un immense tambour ayant quinze coudées de profondeur, et dont le son s'entendait à une demi-journée de distance; l'armée était divisée en quatre corps; chaque tribu avait son étendard, ses bagages et ses troupeaux. On s'arrêtait à midi pour se reposer le reste du jour. Le roi était entouré de ses généraux et de ses scheiks les plus considérés, montés sur de superbes chevaux dont les harnais étaient tissus d'or et d'argent, et ayant dans leurs mains des lances dont le manche était garni d'ivoire et le fer orné de banderoles de diverses couleurs; puis * venait une foule innombrable de musiciens dont les principaux instruments étaient des clairons et des cymbales. Quand on arrivait au lieu de campement, les places étaient aussitôt distribuées avec autant d'ordre que de promptitude, et chacun trouvait auprès de lui les provisions dont il avait besoin.
Les Francs ne purent résister et perdirent successivement Tunis, Tripoli, Sfaks, Mahadia, Cabes, Cairowan et les autres villes qu'ils possédaient depuis 1148.
Une fois maîtres de l'Afrique, les Almohades eurent de continuels efforts à faire pour la conserver. De nombreux ennemis leur en disputaient la possession. Outre les tribus du désert qui se révoltaient sans cesse pour se soustraire à l'impôt, outre le roi de Sicile qui essaya, jusqu'en 1180, de reprendre ce qu'on lui avait enlevé, et ne se désista de ses prétentions qu'en signant un traité de paix avec le successeur d'Abdelmoumen, ils eurent à repousser les incursions d'un chef almoravide qui, des Baléares, où il était établi, débarqua en 1 184 près de Bougie, s'empara de cette ville, de Cabes et de Sfaks, et fit dire la prière au nom du khalife de Bagdad. Ils furent attaqués par le sultan d'Égypte Saladin, qui conquit, en 1172, la ville de Tripoli, et ne purent tirer vengeance des Aïoubites, tout-puissants en Orient; mais ils reprirent assez rapidement sur l'Almoravide les places dont il s'était rendu maître, et le poursuivirent même jusque dans les Baléares, qu'ils réduisirent en 1205.
La victoire d'Alphonse Henriquez à Ourique avait été dans la péninsule le signal de la dissolution complète « de l'empire des Almoravides (1143). Ils étaient déjà pressés au Magreb par les Almohades, et n'avaient pu envoyer de secours aux walis de Badajoz et d'Elvas. L'Andalousie se souleva aussitôt contre les chefs nommés par Ali-Ben-Yousef, et ces nouveaux déchirements favorisèrent les progrès des princes chrétiens.
Alphonse 111, roi de Castilie et de Léon, ravagea au delà de la lluadiana et de la Sierra Morena les villes d'Andujar et de Baeza (1146); il prit Calatrava (1147) et s'approcha môme des murs d'Almeria, qui fut obligée
de capituler après un blocus de trois mois, auquel avaient pris part les vaisseaux catalans.
Le roi de Portugal, de son côté, vint assiéger l'importante ville de Lisbonne ; cette conquête, en lui donnant la navigation du Tage, lui ouvrait le chemin de l'Algarve. Il l'acheva glorieusement, avec l'assistance d'une flotte de croisés anglais et flamands qui avait jeté l'ancre à l'embouchure du fleuve (1147). Une entreprise d'Alphonse 111 contre Cordoue ne fut pas aussi heureuse; il se vengea en dévastant le pays (1152).
Si, en secouant le joug des Almoravides, les Arabes d'Espagne avaient su rétablir au milieu d'eux l'unité de gouvernement et centraliser leurs ressources, ils eussent peut-être été en mesure détenir tête aux chrétiens. Mais d'accord pour la révolte, ils ne l'étaient plus pour se donner un chef. On vit se renouveler les divisions qui avaient perdu la maison d'Ommïah, et le mal fut plus grand encore, parce que le prestige de ce nom révéré n'existait plus.
Dans toutes les villes un peu importantes (1144), à Murcie, Valence, Grenade, Séville, Cordoue, des ambitieux usurpèrent la dignité royale et s'isolèrent les uns des autres. Les Almoravides abandonnèrent l'Espagne et se retirèrent (1146) en Afrique et dans les îles Baléares. Ils ne laissèrent en Andalousie qu'une faible armée sous la conduite d'Abdallah-ben-Gania qui chercha, en s'alliant aux chrétiens, à fonder une petite principauté. Quelques troupes qu'il jeta dans l'Alcazaba lui assurèrent pour quelque temps la possession de Grenade; il fut un instant maître de Cordoue et de Séville. L'arrivée des Almohades le força de renoncer à
ses prétentions ; incapable de résister à la fois à ses voisins et aux soldats d'Abdel mou men, il périt les armes à la main, victime de son courage, et il n'y eut plus * d'Almoravides dans la péninsule.
Les AIraohades avaient été appelés en Espagne par un wali de l'Algarve, partisan des doctrines religieuses d'Al-Gazzali et du Mahadi. Une première armée, envoyée par Abdelmoumen, lui soumit la plus grande partie de l'Algarve et arrêta la marche du roi de Portugal (1147). Une seconde reprit sur Alphonse Vil Almeria, qui subit un siège de cinq ans (1152-1156). Une troisième enfin remporta un avantage signalé sur le souverain de Valence, qui, maître de toute la côte orientale de l'Espagne, s'était allié aux chrétiens, et assura aux Almohades la possession de Grenade et du pays qui s'étend jusqu'à la Guadiana (1156-1160).
Valence avait, en 1160, échappé à la suzeraineté africaine, en résistant à Abdelmoumen ; après lui son fils Yousef résolut de la réduire avant d'entreprendre contre les chrétiens aucune guerre sérieuse; la lutte fut héroïque; les Arabes de l'Andalousie, qui soutenaient Valence, déployèrent dans la défense de celte ville le plus grand courage et se signalèrent à la journée d'Al-Gelâb, ou des Clameurs; ils succombèrent à la fin, et Valence fut prise ; Murcie subit le même sort. Les walis de Dénia, d'Alicante et d'autres villes s'empressèrent alors de faire leur soumission au chef des Almohades (1165-1172).
Ce fut alors seulement que les conquérants entrèrent en guerre ouverte avec les princes chrétiens ; jusquelà ils s'étaient contentés de secourir les places mena-
cées, et d'empêcher de nouvelles incursions. Le moment leur parut arrivé de prendre l'offensive; l'Aragon et la Catalogne s'étaient réunis. D'un autre côté, la Castille et Léon s'étaient séparés à la mort d'Alphonse. De tous les princes chrétiens, le plus dangereux pour les musulmans était le roi de Portugal, qui ne voulait point déposer les armes, et ne cessait d'étendre ses frontières. Ce fut contre lui que Yousef dirigea tous ses efforts. Il se contenta de reprendre aux Aragonais la ville de Tarragone, et leur laissa les cantons de Lerida et de Fraga, se réservant d'attaquer plus tard les Castillans, devenus maîtres de l'importante ville de Çuença. Il se porta rapidement contre Santarem, dont les Portugais s'étaient emparés (1184). Le siège était poussé avec vigueur et promettait d'heureux résultats, quand une panique inexplicable saisit les Almohades dans une sortie habilement préparée, et coûta la vie à Yousef lui-même. Yakoub vengea la mort de son père, et après un terrible assaut emporta la place de vive force.
Le nouveau chef des Almohades n'avait pas moins de mérite que ses deux prédécesseurs, Yousef et Abdelmoumen ; possesseur d'un vaste empire qui s'étendait depuis Tripoli jusqu'aux rives de l'Èbre et du Tage, il résolut d'illustrer son règne par une entreprise glorieuse contre les ennemis de sa religion. Il entreprit, de 1184 à 1195, contre les chrétiens une guerre d'extermination. Les deux peuples se plaisaient à porter l'un chez l'autre la mort et le pillage ; l'algehed fut proclamée dans les déserts de l'Afrique et dans l'Espagne musulmane. Une nombreuse armée se réunit sous les étendards de Yakoub et vint fondre non loin d'Alar-
cos sur Alphonse VIII. Ce prince, sans attendre l'arrivée des rois de Léon et de Navarre, engagea le combat. Il éprouva une déroute complète, plus complète encore que celle de Zélaca ; Yakoub fit vingt mille prisonniers, et par un mouvement chevaleresque les rendit à la liberté (1195). Cette victoire entraîna la chute de Calatrava, Guadalaxara, Escalona et Madrid; les Al m oh a des tentèrent vainement de s'emparer de Tolède et s'en consolèrent en remontant jusqu'à Salamanque dont les habitants furent passés au fil de l'épée, et en parcourant les États de Castille, de Léon et de Portugal, le fer et la flamme à la main (H97).
Ces succès donnèrent un grand éclat à la domination des Almohades en Espagne. Us arrêtèrent la marche envahissante des chrétiens, et les vainqueurs firent revivre pour l'Andalousie les temps fortunés des khalifes ommïade?; protecteurs des sciences, des arts et de l'industrie, Abdelmoumen, Yousef, Yakoub, tout en se montrant rigides observateurs de la loi musulmane, ressuscitèrent le luxe et les fêtes splendides des Abdérames. Ils fondèrent des collèges publics et de nombreuses écoles, et comblèrent de bienfaits les savants arabes. Alors fleurirent Averroës et Abenzoar, tous deux médecins, philosophes et poètes. Mais ce qui caractérisa surtout les princes almohades, ce fut leur goût pour les constructions. Yousef fit bâtir à Séville plusieurs édifices somptueux et une mosquée magnifique ; il jeta sur le fleuve un pont de bateaux, répara les murailles, amena au moyen d'aqueducs des eaux abondantes dans la ville et embellit de deux quais les bords du Guadalquivir. Yakoub fonda à son tour, en mémoire de la
journée d'Alarcos, une grande mosquée dont la tour est encore aujourd'hui connue sous le nom de Giralda ; l'architecte Al-Geber lui avait donné cent soixante-douze pieds d'élévation ; elle était couronnée par un globe de • fer doré, évalué à cent mille dinars d'or, reposant sur un pivot qui pesait à lui seul dix quintaux. Plus tard, le globe fut enlevé, la tour rehaussée de quatre-vingtsix pieds et surmontée d'une statue colossale représentant la Foi. La fondation de la Giralda ne fit pas oublier à Yakoub les établissements d'utilité publique: il créa dans toutes les parties de son empire des hôpitaux pour les malades, des hospices pour les indigents et les invalides. Il fit creuser des puits dans les campagnes, élerer des hôtelleries sur les routes. On raconte qu'il augmenta les appointements des cadis et des alfaquis, pour prémunir les uns contre les séductions des riches, et permettre aux aulres de se livrer exclusivement à l'étude de la législation musulmane.
Les Arabes d'Espagne devaient au triomphe des Almohades une tranquillité qu'ils n'avaient pas su conquérir eux-mêmes; mais ils n'acceptaient ce joug étranger qu'en affectant de se sacrifier aux intérêts de l'islamisme. Il fallait donc que les princes Almohades satisfissent leur vanité en abaissant les rois chrétiens. Yakoub avait réussi. Son fils Muhamad-el-Nasir, qui monta sur le trône en 1199, ne négligea rien pour s'assurer de nouveaux succès; ses longs préparatifs, qui ne furent interrompus que par une expédition conlre les Baléares en 1205, furent achevés cinq ans après (1210). Alors seulement il quitta Maroc, son séjour ordinaire, et descendit en Espagne avec une armée que
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des témoignages exagérés ont portée à six cent mille hommes ; elle se composait de cinq divisions ; dans l'une se trouvaient les Berbères, dans l'autre les soldats du Magreb, dans la troisième les volontaires de tous les pays. La quatrième était exclusivement formée par les Almohades, et la cinquième par les Arabes d'Espagne. On conçoit quel effet dut produire dans toute la chrétienté l'annonce d'une semblable expédition ; les esprits se souvenaient encore du désastre d'Alarcos et des ravages qui en avaient été la suite. Tous les princes espagnols, également menacés, s'engagèrent à se secourir mutuellement et implorèrent les secours de l'Europe orientale. Le pape Innocent III publia une croisade ; l'archevêque de Tolède, Rodrigue, qui avait été la solliciter, prêcha sur sa route, en Italie et en France, la guerre contre les musulmans, et ramena avec lui un grand nombre de combattants. Soixante mille chrétiens passèrent les Pyrénées.
On devait s'attendre à un choc sanglant entre les deux armées ennemies, toutes deux composées d'éléments divers, de peuples confédérés ; il eut lieu au pied de la Sierra Morena, dans les plaines (Las Nu vas) de Tolosa. L'avantage du terrain semblait appartenir à Muhamad, qui occupait les flancs de la montagne au moment où les chrétiens s'avançaient contre lui et s'engageaient dans d'étroits défilés ; mais, guidés par un berger au travers de sentiers inconnus sur des hauteurs presque inaccessibles, ils purent compenser par l'excellence de la position l'infériorité de leur nombre. Les musulmans ne se découragèrent point ; Muhamad, après avoir disposé ses troupes, fit planter son pavillon rouge
en leur présence. On l'entoura d'une forte chaîne de fer, et il en confia la garde à l'élite de ses soldats ; luimême, sous ce pavillon, s'offrit aux regards de toute son armée, tenant d'une main le glaive des combats, et de l'autre le Coran, le livre des récompenses éternelles. Sa vue excita dans tous les rangs le plus vif enthousiasme. Néanmoins l'ardeur des chrétiens, leur discipline, l'habile direction de leurs chefs l'emportèrent. Renversant tous les obstacles, Sanche de Navarre rompit la chaîne de fer qui défendait le pavillon de Muhamad ; il mit sa garde en déroute et le força lui-même de chercher son salut dans la fuite (1212).
Le désastre de Las Navas, que les musulmans appellent la journée d'Alacab, leur porta un coup dont ils ne se relevèrent pas. Selon quelques écrivains, plus de deux cent mille hommes périrent en combattant ; mais c'est plutôt par les immenses résultats de la bataille qu'il faut en apprécier l'importance. Elle amena l'entière dissolution de l'empire des Almohades, et donna aux chrétiens un ascendant marqué; les musulmans ne furent plus agresseurs et restèrent désormais sur la
défensive. Muhamad, de retour à Maroc de sa funeste expédition, abdiqua la couronne en faveur de son lils Abou-Yakoub ; cet acte politique n'exerça aucune influence sur la situation de l'empire, par suite de l'incapacité du nouveau chef. Les walis, que le père avait institués dans les divers gouvernements d'Espagne et d'Afrique, méconnurent les ordres du pouvoir central, et, en 1223, à la mort d'Abou-Yakoub, les dissensions intérieures précipitèrent la ruine des Almohades.
Les chrétiens, divisés eux-mêmes, Savaient pas su profiter de la défaite de Tolosa; tous leurs succès s'étaient bornés à la prise de celte ville, de Bliche, de Baeza, d'Ubeda (1213), d'Alcantara (1216) et de quelques places dans l'Algarve. En 1223, toutes les querelles cessèrent; deux princes, doués des plus belles qualités, Jacques Ier et Ferdinand 111, montèrent sur les trônes d'Aragon et de Castille, et entreprirent une nouvelle croisade contre les États musulmans, livrés k la plus affreuse anarchie. Les walis de Valence, de Tolède, de Séville et de Murcie s'étaient déclarés indépendants et combattaient les uns contre les autres, tandis que les descendants d'Abdelraoumen venaient se disputer dans les champs de l'Andalousie un pouvoir qui s'écroulait de toutes parts.
Les deux conseils institués par le mahadi aspiraient àdisposerde toute l'autorité; menacés par Almamoun, qu'un parli puissant avait proclamé en 1227, ils lui suscitèrent un rival redoutable , Yahia-ben-el-Nasir, qui succomba dans les plaines de Sidonia, et payèrent chèrement leur opposition. Tous les scheiks qui s'étaient déclarés contre Almamoun furent mis à mort, et leurs têtes suspendues aux remparts de Maroc. Les habitants se plaignirent des émanations pestilentielles qu'elles répandaient. € L'odeur de ces têtes, dit Almamoun, doit être agréable à ceux qui me sont fidèles ; elle ne peut incommoder que mes ennemis. » Il ne se contenta point des supplices qu'il avait ordonnés ; il réforma l'œuvre politique du mahadi, dont le nom ne fut plus prononcé dans les prières publiques ; les deux conseils furent supprimés, et les scheiks survivants
devinrent de simples assesseurs des cadis pour les affaires particulières.
Les cruautés d'Almaraoun avaient détruit au Magreb tout esprit de rébellion (1228) ; il n'en fut pas de même en Andalousie; un descendant des anciens rois de Saragosse, Muhamad-ben-Hud, excitant à propos la haine des Maures espagnols contre les Africains, réunit autour de lui une armée nombreuse avec laquelle il battit complètement près de Tarifa les troupes d'Alraamoun, qui fut obligé de se retirer définitivement dans le Maroc (1229). Aussitôt les villes de Murcie, Dénia, Xativa, reconnurent L'autorité de Muhamed (1230-1232). Grenade, Cordoue, Séville et Mérida furent réduites à capituler.
Déjà Valence était passée entre les mains d'un émir puissant, Giomail-ben-Zeyaz ; Yacz et les places voisines étaient soumises à un autre émir, Muhamad-ben- Alhamar; l'Algarve avait recouvré son indépendance. Il ne restait plus en Espagne aux Almohades, à la fin de 1232, que les îles Baléares ; elles leur furent enlevées par les chrétiens, qui depuis cinq ans n'étaient pas demeurés inactifs: le roi de Portugal, en 1227, avait pris la ville d'Elvas, voisine de la Guadiana ; le roi de Léon, après avoir ruiné Badajoz, s'était avancé jusqu'à Guadalquivir ; enfin Ferdinand III avait pénétré au cœur de l'Andalousie et conquis non loin de Grenade Loja et Alhambra ; les habitants de cette dernière place, forcés de fuir devant son armée victorieuse, trouvèrent un refuge à Grenade, où ils peuplèrent un quartier, qui prit le nom de leur ancienne cité. De son côté Jacques Ier, fatigué des déprédations qu'exerçaient
les Almohades sur le littoral de Catalogne, les combattit avec succès, envahit les Baléares, emporta Majorque d'assaut; Minorque et Iviça se soumirent au vainqueur, qui se contenta d'un simple hommage.
Ainsi, en 1232, la domination des Almohades était entièrement détruite en Espagne; en Afrique elle se maintint quelque temps encore; mais déjà les walis de Tunis et de Tlemcen, dont le gouvernement était héréditaire, se regardaient comme princes indépendants, et l'on pouvait prévoir que ces deux États se partageraient la plus grande partie de l'Afrique le jour où les Almohades seraient eux-mêmes dans le Magreb aux prises avec de nouveaux compétiteurs.