‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 149 sur 424 · M. — LES MONUMENTS ARA3ES ET MAURESQUES · texte numérisé non relu

M. — LES MONUMENTS ARA3ES ET MAURESQUES

L'art musulman en Egypte et à Constantinople. — - Les mosquées du Caire. — Le Suleimanieh. Sinan. — Les régions où l'on trouve aujourd hui les modèles les

fe

Fig. 138. — Mosquée du sultan Gâit-Bay au Caire.

plus remarquables de l'art musulman proprement dit sont : 1"^ l'Egypte; 2° l'Espagne; 3° Constantinople et lesrégions voisines, soit en Europe, soit en Asie. En Egypte se trouvent les types les plus anciens ou les plus caractéristiques, tels que la mosquée en partie ruinée d'Amrou (vu' siècle), le premier en date peut-être des grands mo numents musulmans ; les mosquées d'Ebn-Touloun, dont

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le minaret est célèbre (ix^ s.); d'Hassan (xiv® s.); de Gâit-Bay (xv^ s.). Au même style se rattachent les mosquées de la Syrie. Nous insistons plus loin sur l'Espagne. Les Turcs Ottomans, maîtres de l'Asie Mineure dès le commencement du XIV® siècle, élevèrent, notamment à Brousse, leur capitale, des mosquées fort remarquables. Parmi les monuments élevés à Gonstantinople depuis la conquête Jurque, on admire surtout la Muhammedjé (mosquée de Mahomet II), construite de 1463 à 1469 par l'architecte byzantin Christopoulos ; la Suleimanieh (mosquée de Soliman le Magnifique), élevée de 1550 à 1566 par Sinan, le plus célèbre des architectes turcs, et la mosquée d'Achmet (xvii® s.). La mosquée de Sélim II à Andrinople, chefd'œuvre de Sinan, est une des plus pittoresques de TOrient. L'art musulman arabe en Espagne. — Mosquée de Cordoue. Abdérame I*"". — Mais c'est en Espagne que se trouvent, malgré les mutilations et les transformations subies, les plus beaux monuments arabes. La mosquée de Cordoue est encore la plus belle des mosquées. Elle ouvrait autrefois dix-neuf portes sur la grande cour plantée d'orangers et de bananiers, entourée de colonnades et ornée de fontaines jaillissantes, qui la précède encore aujourd'hui. Presque toutes ces portes ont été bouchées; ce qui, en modifiant l'éclairage, a dû changer singulièrement l'aspect intérieur et l'effet décoratif. La hauteur du monument est médiocre : cinq mètres pour le fût des colonnes, neuf mètres en tout jusqu'aux voûtes qui, au xviii® siècle, ont maladroitement remplacé les charpentes. L'aspect n'en est pas moins unique.

Qu'on se figure, dans un rectangle de 118 mètres de largeur sur 112 de profondeur, une véritable forêt de colonnes disposées en quinconces et présentant dans quelque sens que l'on regarde des lignes de fûts parallèles reliés par des arcs souvent doubles qui ressemblent à des guirlandes. Ces colonnes forment dix-neuf aefs dans un sens et trente-six dans Tau-

ART ARABE DESPAGNE. — GORDOUB

tre. Il y en avait autrefois quatorze cent dix-neuf. Maift , au xTi« siècle, le chapitre de la cathédrale en abattit un grand nombre pour placer au centre du monument une construction en gothique flamboyant, un de ces insupporUbles coros qui, en dépit de leur propre valeur, n'en déparent pas moins les plus belles églises d'Espagne. Charles-Quint ne conni»issait pas la mosquée de Cordoue quand il donna son autorisation à cet arrangement. Lorsqu'il la visita peu de temps après, il

- „ V ...; .^.c. ..i.. o .^„ .- iL.o^4uéo de Cordo««.

ac put, quelque maître qu'il fût de lui-même, dissimuler une colère qui lui fait honneur : « Je ne savais pas de quoi iJ c'ngissait, s'écria-t-il arec vivacité: autrement je n'aurais pt» permis que l'on touchât à l'oeuvre ; car vous faites ce qu'on peut faire partout, et vous avez défait ce qui était unique an monde. » ^^10 de fois la parole de Charles-Quint serait d'application! î-a mosquée de Cordoue a perdu son minaret de 80 mètre» •te h;mt avec ses deux escaliers tournant l'un dans l'autre ; i) fat démoli en 1593 et remplacé par une tour sans caractère LJic a perdu la plus grande partie de son ornementation ElU PcTaa — Ilisl des C.-Arl«. ift

a perdu ses quatre mille sept cents lampes qui étaient allumées chaque nuit. Mais elle a conservé son Mihrab octogone de marbre blanc.

La construction du monument remonte aux premiers temps de la dynastie occidentale des Ommiades. Abdéran^e Z*"" en traça lui-même le plan en 785 et y travailla, dit-on, de ses mains une heure par jour pendant toute la durée de son règne. Elle fut continuée par Hescham I»"", son fils, terminée par Abdérame II, agrandie en 988 par Almanzor. On employa des colonnes de toute provenance, ajoutant des chapiteaux démesurés à celles qui étaient trop basses et raccourcissant celles qui étaient trop hautes. On s'adressa aux empereurs de Byzance pour ajouter à la splendeur de l'œuvre. L'arcade qui donne entrée dans le Mihrab est surmontée d'une mosaïque représentant l'empereur Romain II. Les relations entre les empereurs d'Orient et les califes d'Occident turent en général amicales. Ils avaient en effet un ennemi commun, irréconciliable, le calife d'Orient de la famille des Abassides, dont le fondateur avait ordonné le massacre des Ommiades. Pour le calife de Bagdad, le calife d'Occident était non seulement un rival, mais un hérétique.

L'Art mauresque; l'Alhambra. — L'AIhambra de Grenade est beaucoup plus moderne que la mosquée de Gordoue et appartient à la décadence de la puissance musulmane. Déjà les Maures d'Afrique (Almoravides, Almohades) ont renversé la puissance des Arabes. Les Moghrabins (hommes de l'Ouest) dominent là où avaient dominé les Sarrasins (hommes de l'Est). Commencé en 1231, l'Alhambra ne fut achevé qu'en 1338. Il est un modèle de l'art mauresque proprement dit, moins sévère et plus varié que l'art arabe.

Dans son ensemble il ne paraît être qu'une forteresse entourant tout un quartier, mais derrière ses tours massives et l'uniformité rougeàtre de ses murs se cachent des merveilles. C'est une succession de cours, de pavillons, de terrasses de difl'érentes hauteurs et de niveaux divers qui se suivent comme les caprices d'un songe. C'est un mélange d'arcad*s, de por-

ART MAURESQUE. — ALOAMBRA

les, de fenêtres, d'ouvertures de toutes grandeurs, de toutes formes, s'encadrant les unes dans les autres ; on y voit des toits «Tancés et des corniches de marbre blanc: des cyprès vr-rts et

fl'J

mg. 140. — Alhambra (partie nord)

'les colonnes d'où s'élèvent en arc comme des cristallisations de stuc qui semblent le produit des colonnes elles-mêmes; des fontaines jaillissantes ou des bassins immobiles comme des miroirs dans leurs cadres de pierre; des plafonds en bois pré-

eieux incrustés d'ivoire, de nacre, d'émaux bleus, d'émani argentés, d'émaux dorés, s'appuyant sur des bordures de pierre brodées à jour. Par toutes les échappées, par les ouvertures des murs ou des plafonds, comme p^r les échanoru-

l<-ig. 141. — Alhambra : «our dc« Lions.

^rei des créneaux, apparaît le oiel bleu découpé par des dentelures. Toutes ces fantaisies se succèdent sans confusion, «ans que l'œil y rencontre rien de démesuré ou de choquant. C'est l'élégance suprême. La salle des Deux-Sœurs, la salle de» Abencerrages, la salle des Ambassadeurs, la cour des LioDS, n'ont rien à craindre de leur renommée. Malgré les *av«gcs du temps et des hommes, l'Alhambra sera toujours

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