GHARLEMAGNE. — AIX-LA-CHAPELLE
célèbre comme orfèvre que comme architecte. L'orfèvrerie était la principale forme du luxe et presque la seule forme d'art connue des Germains lorsqu'ils étaient au delà du Rhin; les seigneurs francs en avaient conservé le goût. Mais, depuis Dagobert, la décadence devient profonde*.
i:. — CKARLEMAJNE
Charlemagne. — Première renaissance des arts. — Aix-la-Chapelle. — Charlemagne s'efforça de renouer la tradition en art comme en politique. Le retour vers l'antiquité amena une renaissance, comme on le verra au XV* s. Pour répandre la civilisation romaine en Germanie, où elle ne s'était jamais établie, il plaça sa capitale près du Rhin, à Aix-la-Chapelle, qui fut appelée par les contemporains « la nouvelle Rome ». Il ne reste rien du palais impérial, mais la belle cathédrale qui couvre le tombeau de l'empereur a conservé, malgré les additions et les remaniements, le plan général sur lequel elle fut construite de 796 à 804 : forme circulaire avec coupole dans le genre de Saint- Vital de Ravenne. Cette imitation byzantine n'est pas générale dans les monuments carlovingiens; le système latin fut aussi en honneur. Sous l'impulsion de Charlemagne, de nombreuses constructions s'élèvent au delà comme en deçà du Rhin, aussi bien des palais que des églises. L'historien Egînhard, les prélats Anségise, Ratgard sont ses principaux architectes.
Le palais d'Ingelheim. — Ermold le Noir nous a conservé la curieuse description du palais d'Ingelheim (Hesse- Darmstadtj, construit par Charlemagne de 768 à 774 et qui fut une des demeures préférées de Louis le Pieux.
1. C'est de Gaule cependant que Bède (673-735) ramène en Angleterre des maçons « capables de construire une église en pierre à la manière des Romains ». Il reste peu de chose des monuments mérovingiens. Citons deux baptistères : le temple Saint-Joan de Poitiers et le Panthéon de Riez, l'église de Savenière», la crypte de Jouarre et la chapelle de la Trinité (île Saint-Honorat) où l'ctToit la coupole la plus ancienne de notre région.
2s\ L'ART ROMAN
il n'en reste que des débris informes. On est étonné du rôle considérable que la peinture jouait dans l'ornementation de cet ensemble d'édifices. « Sur un des côtés de l'église, une suite ininterrompue de tableaux retraçait dans leur ordre tous les fiiits de l'Ancien Testament, depuis la création de l'homme; sur le côté opposé étaient représentés tous les détails de la vie terrestre du Christ. » La décoration du palais montrait quelle (lait la puissance des souvenirs antiques : on y voyait l'histoire de Ninus, Cyrus, Phalaris, les conquêtes d'Alexandre, l'histoire (i Atmibal, les conquêtes des Romains. « Dans une autre partie de l'édifice, on admire, ditErmold, les hauts faits de nos pères et les œuvres éclatantes d'une piété fidèle, à une époque plus rapprochée de nous; les exploits de César, qui unissait les I">ancs à la glorieuse Rome; les principaux faits de guerre de Constantin etde Théodose; les grandes actions du premier Charles (Charles-Martel), de Pépin et de Charlemagne lui-même. Ces faits mémorables et d'autres encore décorent ce palais; on s'en repaît les yeux, et c'est un plaisir de les contempler. »
Il reste très peu de constructions de l'époque de Charlen;jgne. Signalons St-Philbert de Grandlieu, N.-D. d'Aubune, l'église de Gerrainy des Prés, reconstruite récemment dans sa forme primitive, ou... à peu près, la petite église de Suèvres, qui a été plus respectée. Les 22 arches du pont de Pont-de-l'Arche (965) existaient encore en 1856.
Miniature. — Charlemagne avait aussi beaucoup encouragé l'art de la miniature; nous avons entre autres, pour le IX'' siècle, l'évangéliaire de Charlemagne, œuvre de Gondescalc, et la Bible de Charles le Chauve.
Nouvelle barbarie. — L'œuvre de Charlemagne ne devait ])as durer; l'Occident allait être replongé dans un otaî plus déplorable encore qu'au v^ et au vi^ siècle par les guerres civiles et par l'invasion des Hongrois, des Sarlîisins et surtout des Normands, peuples plus destructeurs encore que les premiers Barbares, parce qu'ils voulaient moins conquérir que piller pour emporter, parce qu'ils ravageaient pour le plaisir, et parce que, infidèles ou païens, ils aimaient surtout à détruire les églises.