CARACTÈRE GÉNÉRAL DE LA RENAISSANCE, PRINCIPALEMENT EN ITALIE
La Renaissance des arts. — Son caractère, ses lacunes. — Sot bienfaits. — L'étude de l'antiquité ajoutée à la nature. — L'individualité. — Prédominance de la peinture. — Mœurs nouvelles. — La Renaissance en Italie. — L'enseignement. — Les cités italiennes. — L'art dans la vie privée. — Les orfèvres. — Finiguerra. — Les protecteurs des arts. — L'art reste populaire. — Religion et patriotisme. — Florence. — Influence de saint François d'Assise et de saint Dominique. — Rôle des papes.
La Renaissance des arts; — son caractère: — ses lacunes; — ses bienfaits : l'étude de l'antiquité ajoutée à la nature. — L'individualité. — Prédominance de la peinture. — Sans étudier dans son ensemble le
mouvement qui a pris le nom de Renaissance, disons que, dans les arts surtout, on entend par ce mot le retour vers les traditions retrouvées et admirées de l'antiquité ^
Ce n'est pas à dire que les rapports avec ces traditions eussent été corapièteraent rompus; mais ils étaient isolés et n'avaient rien de général. L'art du moyen âge s'était développé d'une manière indépendante et avait produit des chefs-d'œuvre originaux qui n'empruntaient rien directement à l'art antique. Quoiqu'il commençât à épuiser ses formes caractéristiques et à tomber dans une complication qui était plutôt un premier signe de faiblesse que le témoignage d'une énergie exubérante, il était encore plein de force et de vie, lorsqu'il se trouva en face de l'art antique. S'il se tourmentait pour ne pas se répéter, il prenait par là même plus de souplesse, et ces diverses tentatives le mettaient mieux en état de comprendre cette civilisation gréco-romaine que l'érudition passionnée des humanistes cherchait à ressusciter. Supposons que cette civilisation se fût présentée plus tôt à l'imitation des artistes, ils n'auraient pas su profiter de ces modèles.
Mais le moment était venu. Un problème se posa dès lors dont la solution fut souvent longue et difficile et qui, en
Fig. 2n.3. — Giotto.
1. Il est boa de remarquer que le problème de la Renaissance ne fut pas tout à fait le même pour les lettres que pour l'art. Tout le moyen âge philosophique se rattachait ou prétendait se rattacher à Platon ou à Aristote, qui étaient pre.sque devenus des autorités théologiques. On les étudia sans doute avec un autre esprit; mais, pendant la période de la Renaissance proprement dite, il est difficile de soutenir qu'ils aient été mieux compris. On soutiendrait plus difficilement encore que cette période marque un progrés philosophique. Au xv» siècle, lorsque l'influence antique avait en Italie, pour la peinture et la sculpture, un si heureux effet, il n'en était pas de même pour la littérature : cette influence poussée à l'excès faillit anéantir au profit du latin la littérature nationale, et cela après Dante, après Pétarque. Nous renvoyons principalement à la Storia dell'Arte Italiana de Venturi, à l'Histoire de la peinture italienne de M. Lafenestre, et aux ouvrages d'Eug. Mùntz •ur la Renaissance, où l'on trouvera la bibliographie.
Flandre par exemple, ne devait être résolu qu'au xyii» siècle par Rubens : que deviendrait l'art du moyen âge en prt^ence de l'art nouveau? L'un des deux disparartrait-il complèlpment devant l'autre, ou finiraient-ils tous les deux par s'accorder et se réunir? Quoiqu'on puisse regretter qu'en architecture, du moins, les artistes aient suivi la voie nouvelle dune manière trop exclusive, en dépit d'engouements excessifs, de dédains injustifiés, d'abandons volontaires de richesses acquises, véritables pertes dont Tart souffre encore, la Renaissance n'a pas été une révolution violente : elle a absorbé l'art antérieur plus qu'elle ne l'a détruit. Elle n'a pas substitué à l'étude de la nature des modèles servilement copiés et l'autorité de formules toutes faites; elle a ajouté l'antiquité à l'étude de la nature; elle a montré comment la nature pourrait être étudiée différemment qu'on ne l'avait fait jusque-là, elle en a fait mieux comprendre de nouveau la véritable beauté.
Cependant on peut se demander si, à tout prendre, ce retour à l'antiquité ne fut pas nuisible à l'architecture. Sans doute l'art ogival, au moment du triomphe définitif dt:g principes nouveaux, était en décadence: sans doute encore il ne faut pas rendre responsables les émiuents architectes qui ont été les initiateurs du mouvement, depuis Brunellesco jusqu'à Palladio lui-même, des erreurs qui ont suivi. Mais ni Sr.int-Ouen ni le portail de Reims n'ont été égalés. Au contraire, pour la sculpture, pour la peinture, il faut avoir l'esprit singulièrement prévenu par des préjugés historiques, philosophiques ou religieux, pour préférer les statues de Chartres au tombeau des Médicis, et les vitraux de Notre-Dame à la Sixtine. Sur ce point la supériorité est éclatante, et les beaux jours d'Athènes sont revenus, avec une richesse d'inspiration plus grande. Ce qui est vrai, c'est que l'intervention d'un enseignement nouveau, quoiqu'il eût pour mot d'ordre l'imitation de l'antiquité, devait apporter un élément de liberté et d'émancipation qui aurait pour résultat le triomphe de l'individualité de l'artiste beaucoup plus nettement même qu'on ne l'avait vu dans l'antiquité. Aussi est-ce celui de tous les arts qui manifeste cette individualité de la manière la plus sensible et la plus variée; aussi est-ce la peinture qui devait recevoir de la Renaissance son plus vif éclat. Dans les temps modernes,- à tort ou à raipon
ce n'est plus l'architecture, ui même la sculpture, qui occupent le premi#»r rang dans l'opinion. Ce sont les progrès de la peinture qui mesurent le progrès de l'art; ce sont eux qui ) font la principale gloire des écoles.
Mœurs nouvelles. — Au temps où nous somn^s parvenus, la vie devient moins rude et moins uniforme.
Les châteaux perdent peu à peu leur caractère de forteresses et deviennent simplement les maisons de campagne des seigneurs, comme les hôtels sont leurs habitations de ville. La rapière fait place à l'épée ; les vieux divertissements , la chasse, les fêtes à grand spectacle, continuent, mais on préfère l'élégance et l'adresse à la force, et les plus éclairés parmi les nobles se mettent à lire, à collectionner des tableaux et des objets d'art, à entretenir des musiciens. La politesse vient se joindre à la courtoisie. Les guerriers les moins aimables donnent souvent l'exemple d'une protection généreuse et intelligente des arts. Tel est en France Montmorency au milieu du xvie siècle. Mais en Italie, dès le début de ce siècle, Balthasar Castiglione, dans son portrait de l'homme de cour accompli, Yeut non seulement que son parfait cavalier soit habile à tous les exercices du corps, « qu'il soit exercé à écrire en vers et en prose », mais « qu'il sache jouer de divers instruments, et qu'il ne néglige nullement le talent de dessiner et la connaissance de la peinture ».
La Renaissance en Italie ^ — C'était en Italie que le problème de la Renaissance se présentait dans les conditions les plus favorables. En effet, les souvenirs de l'antiquité s'y étaient naturellement mieux conservés qu'ailleurs. De plus, quand, dès le xiv» siècle, l'art se compliquait partout, en Italie il tendait à la simplicité, et cette tendance le rapprochait de l'art classique. Enfin d'autres causes diverses que nous allons indiquer y favorisaient puissamment le développement des arts.
L'enseignement. — Les cités italiennes. — Jusqu'aux pre-
1. Burckliardt, /a Civilisation en Italie au tempt it la Renaissance. Perrens, Hisi. dt Florence. Gebhardt, les Origines de la Renaissance en Italie. De Nolhac, Pétrarque et l'Humanisme. Growe et Cavalcaselle, Hist. de la peinture italienne (en anglais ou en italien). Ruskin, les Pierres de Venise et Matinées a Florence. Bertcaux, Rome, R. Peyre, Padoue et Vérone. Venturi, Hist. de l'art italien. De Selincourt, Gjo«o.