‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 217 sur 424 · LES CITES ITALIENNES. — ORFÈVRERIE · texte numérisé non relu

LES CITES ITALIENNES. — ORFÈVRERIE

mieres années du xvie siècle, jusqu'à l'époque de Raphaël, l'élève peintre était un véritable apprenti; sa famille signait avec le maître un contrat qui l'obligeait à payer pendant tant d'années une certaine somme pour son enseignement. Plus lard l'enseignement devait être gratuit, l'élève étant devenu assez habile pour payer le maître par son travail. Plus tard enfin, devenu compagnon, l'élève était rétribué à son tour. Quelquefois les dispositions naturelles de l'élève étaient telles que le maître n'hésitait pas à le payer dès le début : lorsque Michel-Ange entra, à l'âge de quatorze ans, dans l'atelier de Ghirlandajo, celui-ci s'engagea, par un contrat du l^r mai 1489, à payer à ses parents 24 florins d'or pour une durée de trois années. Les artistes, à cette époque, pratiquaient euxmêmes les métiers ayant trait à !«»"»• art, et dans le talent d'un grand sculpteur entrait en ligne ae compte son habileté comme tailleur de pierre, comme mouleur, comme fondeur, etc. Le bas-relief de Nanni di Banco à Or San-Michele, représentant un atelier de sculpteur, et le tableau de l'atelier d'Horace Vernet qui parut à l'Exposition de 1855, montrent d'une façon piquante la différence de l'enseignement de l'art aux temps de la Renaissance et de nos jours. — Les grandes villes italiennes, quels que soient leurs gouvernements, jouissent d'une prospérité et d'un éclat inconnu au reste de l'Europe. Un commerce actif les mettait incessamment en rapport avec l'Orient comme avec rOccident , avec le Midi comme avec le Nord. Elles avaient presque le monopole des relations avec Constantinople, qui était restée, malgré sa décadence, le centre d'une civilisation raffinée. De tous côtés l'Italie recevait les éléments les plus divers dont tiraient parti les imaginations vives de son peuple. L'art dans la vie privée. Les orfèvres : Finiguerra. — L'art a sa place dans la vie des familles même les plus modestes par les cassoni ou coffres de mariage, que les plus grands peintres ne dédaignent pas de décorer, et par les bijoux, dont l'usage se répand de plus en plus. Les orfèvres ont joué dans la Renaissance un rôle des plus importants. Ils contribuèrent pour une grande part à cette union des arts du dessin |ui fut une des forces et un trait caractéristique de ce temps ttrivilégic. L'orfèvre, en effet, devait être architecte, pour faire «es plans de son œuvre; il devait être dessinateur, sculpteur,

peintre aussi, pour l'emploi des nielles et des émaux, qui non seulement jouaient un rôle décoratif, mais souvent représentaient des scènes variées et importantes. Plusieurs des grands peintres ou sculpteurs de la Renaissance ont été orfèvres et ont commencé à se distinguer comme tels : Ghiberti, Donatello, Francia, Verrocchio, Ghirlandajo,le8 PoUajuoli. D'autres, comme Michel- Ange, Vinci, André del Sarto, furent élèves d'artistes qui avaient été orfèvres ou exerçaient encore cette profession; d'autres enfin, en se consacrant exclusivement â l'orfèvrerie, ont acquis une renommée égale à celle des plus grands artistes, comme Maso Finiguerra, auquel on attribue ^460) l'invention de la gravure.

Les protecteurs des arts. L'art reste populaire. La religion et le patriotisme. Florence. — Si l'art s'introduit dans la vie privée des simples citoyens, à plus forte raison les autorités sociales, les prélats, les riches bourgeois, les seigneurs, s'honorenl-ils de protéger les artistes. Ceux-ci, sûrs de trouver en eux des juges non seulement bienveillants, mais éclairés, redoublent d'efTorts pour satisfaire ce public d'élite. La postérité, à la fois trop dédaigneuse et trop indulgente, oublie les mérites politiques ou les crimes des Visconti et des Sforza à Milan, des Délia Scala à Vérone, des Bentivoglio à Bologne, des il'Este à Ferrare, des princes angevins ou aragonais à Naples, des Gonzague à Mantoue, des Malatesta à Rimini, des Montefeltro à Urbin, des Médicis à Florence, pour ne se souvenir que des services qu'ils ont rendus à l'art *.

Mais la protection des grandes familles ou des souverains n'enlève rien à l'art de son caractère populaire. L'émulation existe entre les villes comme entre les princes, entre les corporations comme entre les artistes, à qui saura le mieux embellir sa patrie. Les concours contribuent à entretenir cette heureuse rivalité.

1. Ces services ont été souvent trop vantés, comme le remarque Rio, Art chri- Un (voir par exemple ce qu'il dit de l'école ferraraise).

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