‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 222 sur 424 · GIOTTO. — ASSISE. — L'ARENA. — SANTA-CROCE · texte numérisé non relu

GIOTTO. — ASSISE. — L'ARENA. — SANTA-CROCE

troupeaux de son père, lorsque Cimabue le rencontra dessinant une de ses brebis sur une pierre, et, frappé de ses heureuses dispositions, demanda à son père de le ])rendre avec lui*. Il dépassa bientôt son maître : « Cimabue avait cru tenir le champ dans la peinture, dit Dante [Purgatoire, ch. XI) ; mais aujourd'hui c'est Giotto qui a la vogue, et il obscurcit sa renommée. » Il fut en eflet le créateur de la peinture moderne par la variété qu'il donna à la composition et à l'expression, par le sentiment de la nature et de la vie qu'il introduisit dans ses figures. Il se rattache par là, comme on l'ajustement remarqué, aux imagiers français qui avaient, un siècle auparavant, accompli pour la sculpture une évolution analogue.

Il a ordonué avec tant de justesse et de puissance les grandes scènes de la vie du Christ et des saints, que cette ordonnance s'est presque imposée, malgré l'inexpérience de l'artiste, à la plupart des peintres qui ont suivi. Les formes sont encore bien sommaires, les figures ont un type trop uniforme, et l'expression y grimace quelquefois; mais elles vivent, elles ont une âme, et, comme le remarque Vasari, il a su y mettre ia bonté. Chacun de leurs mouvements est vrai, et le seul geste indique avec une précision frappante leurs sentiments les plus intimes comme les plus violents. Le Louvre possède un Giotto représentant saint François d'Assise recevant les stigmates. Mais un tableau ne permet pas de juger la valeur du peintre : son génie ne se développe librement que dans la peinture monumentale. A l'église supérieure d'Assise, il représente vingthuit sujets de la vie de saint François. Dans ces scènes presque contemporaines et restées si vivantes dans les souvenirs, aucune tradition ne s'imposait, il peut donner carrière à son libre génie / 1296 -1303). Revenant plus tard à Assise, vers 1314, il peint sur la voûte de l'église inférieure de grandes compositions allégoriques qui indiquent le goût littéraire du temps et représentent les vertus du saint : la Pauvreté, l'Ohéis-

1. Crowe et Cavalcaselle adoptent une autre tradition, mais peu diff/rent* de celle qui est généralement admise.

sance. A Santa-Croce de Florence il retrace les vies de saint Jean-Baptiste, de saint Jean l'Évangéliste, et encore la vie de saint François. Mais il se montre peut-être supérieur à Santn-Mnrin delV Arena de Padoue (1303-1306), où l'on voit

a^ le jugement dernier, le '- Sauveur dans sa g'oi-

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re ; puis, sur les murs latéraux , trois séries de peintures superposées ; au bas, en grisaille, quatorze figures allégoriques des vertus et des vices ; au milieu la vie du Christ ; audessus la vie de la \ I Vierge. Ces fresques '^ de l'Arena marquent une époque de l'histoire de l'art. « Toute la peinture de l'avenir y est pressentie et préparée , » dit M. Lafenestre; et il ajoute, en présentant peut-être un peu trop comme déjà réalisé ce qui parfois n'apparaît qu'à l'état :!e tentative • « Plus on regarde ces scènes si touchantes dans leur tristesse et dans leur grâce, plus l'on reste confondu de la hardiesse et du bonheur avec lesquels le sagace Flo4'entin, rompant avec toutes les routines antérieures , y a su retrouver . par une étude intime de la nature ^ et une intelligence émue

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Fig. 207, - Giotto. — La Justice (Église deir Arena.)

1. Giotto a su profiter de son humble origine. Les animaux qu'il introduit dans ses œuvres sont toujours traités avec un juste sentiment de leur forme

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