‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 227 sur 424 · GOZZOLI. — LIPPI · texte numérisé non relu

GOZZOLI. — LIPPI

simplicité contre la complication croissante de la peinture italienne, 11 ne faut pas croire que la complication intellectuelle suppose nécessairement une civilisation plus avancée. Presque toujours, après une période où l'on amasse sans un choix suffisant des éléments divers et où l'on confond trop l'entassement avec la richesse, viennent des esprits plus maîtres d'eux-mêmes, qui élaguent et coordonnent. Cela est vrai de la littérature et de la musique comme des arts du dessin. Mozart vient après Haendel ; Descartes et Pascal après Rabelais et Montaigne. Pour en revenir à la peinture

Fig. 212.

Masaccio. — Vocation de

(chapelle dei Brancacci).

lat Pierre

italienne, elle s'était compliquée après Giotto, tout en se perfectionnant au point de vue technique ; elle devait se compliquer également après Masaccio, et la seconde Renaissance, celle de Léonard de Vinci, devait être aussi une œuvre d'ordre et de sirapli'ication.

L'influence de Masaccio (1401-1428), malgré sa mort prématurée et sa fin presque misérable, se fit sentir sur ceux mêmes que leur passé et leur tendance semblaient avoir le moins préparés à l'accepter. Guido di Pietro, ou Fra Giovanni de Fiesole, qui a mérité, par sa sainte vie comme par le caractère de ses peintures, le nom de Fra Angelico (1387-1451), « pensait sans doute que celui qui exerce l'art a besoin de vivre sans souci des choses ter-

restres, et que celui qui travaille pour le Christ fioit toujours se tenir avec le Christ ».

On aurait tort cependant de le juger exclusivement sur tes tableaux tels que la Descente de croix de Florence ou le Couronnement de la Vierge du Louvre, admirables chefs-d'œuvre « où apparaît dans les visages et les attitudes de ses figures la bonté de cette âme si grande et si sincère en sa foi », mais qui semblent de grandes miniatures, art dans lequel il excellait. Tout en gardant l'élévation mystique de son style, il montre plus d'aisance dans ses peintures monumentales, où il emploie le procédé primesautier de la fresque. Ses scènes de la Vie de saint Etienne, au Vatican, les petites peintures si étonnamment variées qui ornent chacune des cellules du couvent de Saint-Marc à Florence, la décoiation de la cathédrale d'Orvieto, que terminera le savant Signorelli, nous montrent qu'il veut et qu'il sait, plus qu'on ne le dit en général, mettre toute la science du siècle au service de la gloire de Dieu.

Comme Giotto, Masaccio domine les générations qui le suivent et ne le dépassent point. Ce sont pourtant des artistes éminents que Filippo Lippi (1412-69), fresques delà Cath. de Prato sur la Vie de St Etienne, Vierge glorieuse, Louvre); son imitateur Pese^/mo (1422-57); Pietro délia Francesca (1423- 92, fresques d'Arezzo) ; « l'ingénieux et savant » Baldovinetti (1427-99); les Pollajuoli, Antonio (1429-98) et Piero (1443-96), durs et puissants comme Castagno; Verrocchio, le maître de Vinci, plus célèbre comme sculpteur; Benozzo Gozzoli (1420- 97), dont l'inépuisable imagination couvre en se jouant les murs de la chapelle des Médicis du Cortège des Mages et peint au Campo Santo de Pise la Vie de Noé; Melozzo da Forli (1438- 94), qui travailla au Vatican; Antonello de Messine (1446 ?-93, Condottiere, Louvre, Crucifiement, Anvers), qui répand le premier en Italie le procédé flamand de la peinture à l'huile. Vainement Sienne, école trop vantée, résiste plus même que l'Ombrie à l'influence florentine et nous présente des œuvres qui sont en retard d'un siècle i. Sienne et l'Ombrie ne devaient pas tarder à être entraînées dans le mouvement.

1. Ce que montre le touchant tableau de Sano di Pietro de la galerie de ChâB» tilly. — Pour l'Ombrie et Venise, voir plus loin, livre II, p. 431 et suir.

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