TAPISSERIES . ARRAS, BRUGES. BRUXELLES
le Hardi avec l'héritière du comté de Flandre (1369) vint donner à cet art une impulsion nouvelle. Les fabriques d'Arras prennent alors une telle importance que bientôt le mot « travail d'Arras [Arazzi en Italie) » désigna d'une manière générale les tapisseries artistiques, quelle qu'en fût leur provenance (Bruges, Tournai, Bruxelles, puis Ypres, Middelbourg, Alost, Lille, Valenciennes, Douai), et cette dénomination continua à être en usage même après que la prise d'Arras par Louis XI, en 1479, et l'expulsion de ses habitants eurent porté un coup mortel à ses fabriques. Malgré l'admirable éclat que la peinture a alors dans les Flandres, on peut affirmer que la tapisserie l'emporte encore sur elle par la variété, l'importance, la popularité, par son caractère national et même parla dimension des œuvres. Le nombre des tapisseries exécutées par les ateliers franco-flamands dans une période de cent cinquante ans paraît invraisemblable, et on est loin d'en avoir l'inventaire complet. Les sujets en sont des plus divers; ils sont empruntés • 1" aux ^omans de chevalerie et aux romans champêtres : '1^ à V histoire sainte, à V histoire ecclésiastique, à la vie des saints. 3° a Vantiquité et aux romans qui depuis le xiii^ siècle l'ont remise en honneur; 4° en très grand nombre a V histoire nationale et même immédiatement contemporaine, à l'exemple de ce qu'avait fait la reine Mathilde dans la tenture de Bayeux ; Combat des Trente, Histoire de Duguesclin. Bataille de Liège, Bataille de Rosebeck (cette dernière tapisserie ne mesurait pas moins de 285 mètres carrés) ; 5** aux allégories mises à la mode par le Roman de la Rose ; 6*^ enfin aux scènes de la vie privée contemporaine, principalement aux scènes de chasses.
Ces tapisseries, d'une admirable richesse, ont le défaut d'être trop surchargées. En revanche, grâce à l'influence de Van Eyck et de ses successeurs, le paysage, les arbres, les fleurs, les fruits, y prennent place, non seulement dans
les bordures, mais encore autour des personnages. Peu de produits ont été recherchés avec plus de passion. Des ouvriers flamands sont appelés dans diverses villes d'Italie pour y fonder des ateliers. Après la bataille de Nicopolis (1396), le sultan Bajazet fit comprendre à l'envoyé chargé de négocier la rançon du duc Jean de Nevers (depuis Jean sans Peur), fils de Philippe le Hardi, « qu'il prendrait grand plaisance à voir draps de haute lice ouvrés à Arras, mais qu'ils fussent de bonnes histoires anciennes ». Philippe le Hardi envoya \ Histoire d'Alexandre. Charles le Téméraire emportait avec lui dans ses campagnes, comme Alexandre, de magnifiques tapisseries, qui tombèrent entre les mains des Suisses à la bataille de Moral, et qui sont aujourd'hui à Berne, du moins en grande partie; d'autres sont à Nancy.
Peinture. École de Bourgogne ou de Bruges. Les Vau Eyck. L'(( Adoration de l'agneau ». La peinture à l'huile. — Les tapissiers flamands ne manquent pas de grands peintres pour leur donner des modèles, et l'école de Bourgogne ou de Bruges peut, avec des qualités diverses, entrer, au XV® siècle, en rivalité avec les plus célèbres écoles de l'Italie.
Il ne reste presque rien des artistes antérieurs à Meichior Brœderlam, peintre habituel de Philippe le Hardi, dont le musée de Dijon possède un retable. Toutes les œuvres de Jean Malouel, le peintre de Jean sans Peur, le décorateur de la chartreuse de Dijon, sont détruites. Jean Malouel nous conduit à Jean Van Eyck, le peintre •le Philippe le Bon, un des plus grands génies de la peinture. Jean Van Eyck (vers 1370-9 juillet 1440) était originaire des bords de la Meuse ; il était né à Maseyek, dans un pays de race française, et les auteurs du temps l'appellent quelquefois Johannes Gallicus, Jean le Vallon.
Il eut pour premier maître son frère Hubert Van Eyck, ie vingt ans plus âgé que lui, auquel on attribue un curieux
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tableau du musée de Madrid (le Triomphe de l'Eglise chrétienne sur la synagogue) et qui fut surpris par la mort (1426) au moment où il travaillait au triptyque de Saint-Bavon de Gand, Y Adoration de l'agneau. Le tableau, qui n'était qu'ébauché, fut achevé par son frère Jean. C'est un des événements de la peinture. En comptant les deux faces des volets, cette œuvre ne comprend pas moins de vingt panneaux et plus de trois cents personnages.
Philippe le Bon était venu visiter le peintre dans son atelier à Bruges pendant qu'il y travaillait. Le tableau achevé fut exposé publiquement à Gand le 6 mai 1432. L'achèvement de cette œuvre considérable avait été retardé par des missions secrètes que le duc avait données « à son bien-aimé valet de chambre et peintre » . En 1428, il accompagne l'ambassade qui va en Portugal demander pour le duc la main de l'infante Isabelle, qui fut la mère de Charles le Téméraire. Il resta quinze mois dans la péninsule, et alla même visiter le roi de Grenade, Mahomet.
Déjà depuis une quinzaine d'années il était en possession du nouveau procédé de la peinture à l'huile par l'invention, résultat de longues recherches, d'un vernis siccatif qui accélérait le séchage, sans qu'on dût avoir recours au soleil. Jusque-là tous les essais, fort rares d'ailleurs, avaient échoué, et l'on s'en tenait encore à la peinture à l'eau. Jean Van Eyck obtint ainsi une peinture plus ferme, plus solide, plus vigoureuse, qui devait amener une véritable révolution dans la peinture. Nul n'était mieux en état de profiter de toutes les ressources de l'invention nouvelle que ce peintre, qui eut à un suprême degré le sentiment de la vie dans sa force et son épanouissement. Nul avant lui n'avait représenté la nature avec cette puissance, nul n'avait créé comme lui des types vivants, où les yeux brillent, la bouche respire, le sang circule. II est le créateur du portrait dans sa forme complète; il est aussi, avant lei Vénitiens, le créateur du paysage et de la