LA PEINTURE A L'HUILE. RETABLE DE GAND
perspective aérienne. Il peut être considéré enfin comme le créateur des genres secondaires; ses accessoires, quel qu'en soit le sujet, sont traités avec un soin et une largeur à la fois qui peuvent défier la concurrence des spécialistes. Qu'on regarde, par exemple, leè colonnes de marbre el les vitraux de la Vierge et le Donateur Nico-
Fig. 216. — J. Van Eyck. — Saint Jean (fragment du triptyque de Gand).
las Raulin, au Louvre : quel est le peintre d'architecture hollandais du xvii® siècle qui a mieux fait? Mais ce qu'on voit d'abord dans le tableau, ce sont les deux personnages qui frappent autant par leur physionomie morale que par l'intensité de vie qui s'en dégage. Pour la date, il est le premier des coloristes, et pour le talent il en est bien peu qui l'aient égalé. Mais n'eût-il pas cette couleur à la fois solide, profonde et éclatante (le manteau rouge de la Vierge au saint George du musée de Bruges), il se place- Pbyee. — Hist. des B.-Arts. 24
rait parmi les plus grands artistes par la fermeté et la précision de son dessin à la fois caractérisé dans les masses, et minutieux dans le détail. Van Eyck, par son invention de la peinture à l'huile, cela va sans dire, mais aussi par son exemple, a eu une influence décisive sur l'art moderne. Avant même que son procédé fût connu en Italie, des œuvres de lui y étaient parvenues et avaient provoqué des efforts nouveaux pour donner à la détrempe ou à l'encaustique plus d'éclat et de fermeté.
Roger Van der Weyden et ses contemporains. — Roger Vander Weyden (1399-1464), disciple, sinon élève de Van Eyck, fut un des principaux propagateurs de son enseignement. Né à Tournay, par conséquent dans une ville française, son véritable nom était, de la Pasture : qu'il traduisit en flamand. Il s'établit en 1435 à Bruxelles, cinq ans avant que le Brabant fût venu s'ajouter aux possessions de Philippe le Bon, qui devait faire de la capitale de cette province une de ses résidences favorites. Ses chefsd'œuvre sont la Descente de Croix, du musée de Madrid, et le Jugement dernier, de l'hôpital de Beaune. Cependant la puissance de la maison de Bourgogne ne cessait de s'accroître, et M. W^auters remarque que la peinture flamande jeta son plus vif éclat au moment où cette puissance atteignait à son apogée. En 1473 Charles le Téméraire se rend à Trêves, espérant s'y faire proclamer roi de Bourgogne par l'empereur Frédéric III. En cette même année Thierry Bouts commence les panneaux de la Justice d'Othon pour l'hôtel de ville de Louvain; Juste de Gand achève le retable de la Cène pour la ville d'Urbin; Van der Goeê peint pour les Portinari de Florence son triptyque de l'Adoration des bergers; enfin Memling envoie en Italie son triptyque du Jugement dernier, aujourd'hui à Dantzig.
Memling (1435-1495). — Hans Memling et Jean Van Eyck sont les deux plus grands noms de l'art flamand avant Rubens. Moins puissant que Van Eyck, Memling l'em-