LÉONARD DE VINCI ET SES CONTEMPORAIMS
Admirable activité artistique à la fin du xv« siècle. — Progrès de l'expression et du style. Florence. Botticelli. D. Ghirlandajo. Signorelli. — L'école ombrienne. Le Perugin , Pinturichio. — ' Ecole vénitienne. — La couleur. L'art aristocratique. — L'arcbitecture. Le palais ducal. — Peinture. École de Murano. — Ecole de Venise. Les Bellini. — École de Padoue. Mantegna. Le Triomphe de César, — Écoles secondaires. — Léonard de Vinci : la Cène, la Joconde. École milanaise. — Les disciples de Léonard.
Admirable activité artistique à la fin du quinzième siècle. Progrès de l'expression et du style. Florence. S. Botticelli. Domenico Ghirlandajo. Luca Signorelli. — A la fin du XV® siècle l'Italie présente une véritable floraison d'artistes éminents, qui se succèdent à quelques années d'intervalle ; et tel qui en d'autre temps eût marqué une époque dans l'histoire de la peinture, voit les grands progrès par lui réalisés, presque immédiatement dépassés par des progrès nouveaux. C'est quelque chose d'analo-
gue à ce que nous voyons dans l'histoire de la musique, de Bach à Beethoven. A cette date toutes les écoles de l'Italie sont constituées. Parmi les Toscans, FUippino Lippi (1457-1506) termine la chapelle dei Brancacci; Cosimo Rosselli (1430-1506) travaille à la Sixtine (Passage de la mer Rouge); les Pollajuoll, Sandro Bottlcelli (1447-1515), dégagent ces types inimitables dont l'expression ingénieuse, fine et profonde, s'impose à nos souvenirs comme une énigme troublante qui nous charme et nous inquiète encore après quatre siècles. C'est Vinci qui devait donner à ces types leur plus haute signification ; mais Botticelli n'en est pas moins un des plus heureux inventeurs de la Renaissance, aussi bien par la tendresse d'expression qui domine dans ses vierges, que par la fantaisie poétique qui se manifeste avec tant de supériorité dans ses allégories du Printemps et de la Calomnie^ , même par la puissance d'émotion (le Christ mort de Munich) et par le sentiment de la grande décoration (le Moïse de la Sixtine). Cependant il n'a pas alors l'autorité de Domenico Bigordi, dit Ghirlandajo (1449-1494), dont les (rères Benedetto (1458-1499?) et David (1451-1525) furent également des artistes distingués. Domenico, doué d'une imagination moins originale que Botticelli, mais plus puissante, plus féconde, servi en outre par une rare sûreté de coup d'œil et de main, est le maître classique, le chef de l'école. Il regrettait qu'on ne lui donnât pas à peindre tout le circuit des murailles de Florence. Ses chefs-d'œuvre se voient sur celles de Sainte-Marie-Nouvelle, où, aussi bien dans la Vie de saint Jean-Baptiste que dans la Vie de saint François d'Assise, il introduit avec une rare dignité les Florentins et les Florentines célèbres de son temps. La seule œuvre contemporaine qui puisse être comparée à la sienne pour l'importance est celle que Signorelli exécuta à Orvieto
1. Au Louvre, deux vierges et les fresques de la villa Lemmi ; à Chautilly, une figure allégoriqu«
BOTTIGELLI, GHIRLANDAJO, SIGNORELLI 431
de 1499 à 1504. Ces peintures représentent les scènes de la fin du monde : V Antéchrist, la Résurrection de la chair, le Jugement dernier, etc.*. Luca Signorelli (1441-1523) est un des plus grands créateurs de formes que puisse citer l'histoire de la peinture. La fierté, l'oiiginalité de son dessin, la puissance de sa composition, ne devaient être dépassées que par Michel-Ange, qui d'ailleurs étudia avec grande attention les peintures d'Orvieto. Nous pouvons voir Signorelli à côté de Ghirlandajo dans la chapelle que faisait décorer alors le pape Sixte IV et qui a pris de lui le nom de Sixtine. Tous les peintres remarquables de l'Italie centrale furent appelés à sa décoration. Nous y avons déjà signalé Botticelli etRosselli; nous y rencontrons aussi le Pérugin.
École ombrienne. Le Pérugin. Pinturichio. — Pietro Vaniuuci (1440-1524), originaire de Pérouse, est le plus illustre des Ombriens; il l'emporte de beaucoup sur son maître Niccolo Alunno, et même sur Gentile da Fabriano (1370-1450), malgré son Adoration des mages (Florence).
Quoiqu'il conserve dans la plupart de ses compositions la symétrie un peu archaïque de son école, il apporte à ses tableaux un grand souci des perfectionnements techniques et de l'e.Kécution matérielle qui leur valut dans tout l'Occident un succès sans précédent. Il séduit ses contemporains par l'éclat et le moelleux de son coloris, par la douce lumière dont il baigne ses figures. Dans le procédé de la peinture à l'huile qu'il emploie de préférence, il est déjà le rival des Flamands les plus habiles. Son arrivée à Florence (1494) eut une grande actiou sur son développement artistique : la Mise au tombeau du palais Pitti marque une date dans l'histoire de son talent (1495). Le Pérugin est bien représenté au Louvre par quatre toiles ; il l'est mieux encore à Caen, par le Mariage di la Vierge; à Lyon, par une Vierge glorieuse, dont le compar-
l. Au-de?sous. dans les tympans en camaïeu, on voit des portraits de Dante, Virgile, Lucain, Homère, Oride, accompagner de médaillons représentant de» épisodes de leurs œuvra*.
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timent supérieur se trouve à Paris, à Saint-Gervais. Mais c'est dans la fresque que son talent se montre avec le plus d'aisauce.touten gardant le même charme d'exécution et d'impression, à la Sixtine, où une partie de ses oeuvres fut détruite pour laisser la place au Jugement dernier de Michel-Ange, que l'on aurait pu peindre ailleurs, à la chap. deï Pazzi à Florence [la Vierge et St Bernard, etc.), et surtout à la salle del Cambio à Pérou se {Sibylles, Prophètes, Héros et Philosophes de l'antiquité). Cependant, quoique son talent ait dû beaucoup à son séjour de plusieurs années à Florence, il ne s'élève pas jusqu'à la hauteur de style des Florentins.
Il y a plus de variété dans son compatriote Bernardino di Betto di Baggio, dit Pinturichio (1454-1513) : les fresques de la iibreria de La cathédrale de Sienne représentant les principaux iaits de la vie du pape Pie II sont son œuvre la plus célèbre. Il avait peint dans la loggia du Belvédère, au Vatican, chose toute nouvelle, des paysages et des villes d'Italie avec de nombreux personnages. On peut juger de son imagination poétique et délicate dans les fresques de l'appartement des Borgia au Vatican, remises en lumière grâce à Léon XIII en 1894. Cependant Betto, à la différence du Pérugin, a souvent une exécution négligée. 11 n'a pas non plus le charnae de son coloris.
Ecole vénitienne. La couleur, l'art aristocratique. — Le sentiment et la recherche de la couleur que nous constatons dans le Pérugin devait être le cachet dominant de la grande école qui se formait alors au nord de l'Italie, de l'école vénitienne. Plusieurs raisons devaient prédisposer l'école vénitienne à être coloriste, à rechercher les somptueuses décorations et les compositions pompeuses plutôt que les expressions animées et les énergiques attitudes.
Tandis que, dans la démocratique Florence, les luttes de» partis entretenaient une activité, une agitation dont l'art devait se ressentir, à Venise l'aristocratie, qui s'était subslîtuée à la démocratie à la fin du xiii^ siècle, avait si bien afifermi