MURANC : CRIVELLI. — VENISE : LES BELLINI
îîients de style flamboyant en zinc découpé la façade et la coupole de Saint-Marc, On fut mieux inspiré pour la reconstruction (1424-1442), dans ce style, de la façade du palais Ducal^ commencé (1341) sur les plans de Filippo Calendario^ pendu (1355) comme complice de Marino Faliero. Quel que soit le mérite de ces édifices, la Vénétie doit surtout son renom artistique à ses peintres.
La peinture à Murano. — Ce ne fut pas à Venise même, mais à Murano, que la peinture vénitienne se constitua, et seulement vers le milieu du xv^ s. En 1365, c'est un Padouan, Guariente^ qui peignait au palais ducal le Paradis récemment retrouvé. Bien plus, on compte parmi ses fondateurs un Allemand, Johannes Alamannus. Vivarini qui travaillait de 1450 à 1499, Carlo Cri<jelli, de 1464 à 1503, sont du moyen âge par la raideur de la composition et des altitudes, mais ont un coloris éblouissant.
École de Venise. Les Bellini. — Mais déjà Venise a pris le premier rang avec la famille des Bellini. Jacopo Bellini (mort vers 1470), qui a suivi à Florence Gentile da Fa~ hriano, transmet à ses deux fils Gentile et Giova/mi, outre les qualités propres aux Vénitiens, le souci de la composition, avec quelque chose de moins haut sans doute, mais aussi de plus adouci, de plus familier, de plus simple que les Florentins. Les deux frères sont les vrais fondateurs de l'école vénitienne, et ils ouvrent les deux voies dans lesquelles se développera l'art véni lien. L'un aime « les spectacles vivants à personnages multiples » , l'autre les composiiions plus symétriques et le travail achevé de chaque figure.
C'est surtout à partir de 1473, date à laquelle ils ont appris d'Antonello de Messine le procédé de la peinture à l'huile, que leur autorité s affirme. Ils en livrent d'ailleurs généreusement le secret à leurs confrères. De Geitile (1426-1507) nous citerons \aProcession de la place Saint-Marc (1500), la Prédication de saint Marc à Alexandrie (Milan), et plusieurs portraits, genre dans lequel il s'est montré supérieur à tous ses coa-
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temporains On peut ea juger au Louvre; mais son plus curieux ouvrage en ce genre est le Mahomet II, qui appartient à Sir H. Layard. Gentile Belliui avait eu l'honneur d'être envoyé par la sérénissime République auprès de Mahomet II lorsque le sultan avait demandé à Venise son meilleur peintre. Genlile Bellini se trouve ainsi avoir élé le plus ancien des peintres orientalistes, et il a eu dès son temps des imitateurs, comme en témoigne le curieux tableau du Louvre représentant VArrii'ée d'un ambassadeur vénitien à Constantinople ^. Giovanni Bellini (1426-1516) a davantage le sentiment religieux. De ses Vierges glorieuses entourées de saints, la plus célèbre, celle de l'église Saints-Giovanhi-et-Paolo, aété brûlée le 16 août 1867. Mais celle de Saint-Zaccharieet bien d'autres subsistentencore. On peut juger de son talent dans les sujets profanes par les Dieux sur la terre, quoique le feu ait détruit en 1574 et en 1577 ses peintures autrement intéressantes de la salle du grand conseil au palais Ducal, représentant les principaux faits de la lutte de Venise contre Frédéric Barberousse. Il sait aussi être pathétique, comme le montre le Christ mort du musée Brera. La plus importante des œuvres de Giov. Bellini conservée en France est peut-être les Pèlerins d'Emmaiis de la collection de M. de Montgermont, qui provient du palais Manfrini à Venise. Giovanni Bellini vécut jusqu'à quatre-vingt-neuf ans, conservant toute la fraîcheur de son coloris et de son inspiration. Gentile et Giovanni Bellini, sans tomber dans la minutie des Flamands, ont su donner aux paysages qui encadrent leurs sujets une telle importance, ils y ont si bien introduit la perspective aérienne, qu'on peut les considérer comme les initiateurs de ce genre de peinture en Italie. On retrouve ce talent dans les meilleures œuvres de Vittore Carpaccio, qui travaillait de 1479 à 1522. Il aime à placer dans des sites variés un nombre considérable de figures {Épisodes de la vie de sainte Ursule). On aurait à citer un bon nombre d'admirables coloristes : Cima da Conégliano, mort en 1517; Marziale, Basaïto; à Vicence, Barth. Montagna (f 1305), auteur de la Vierge glorieuse du musée Brera. et Giov. Buonconsiglio
1. Ce tableau ne peut être de Gentile Bellini; il représente un fait qui s'est passé en 1512. — Sur Carpaccio^ voir l'ouvrage de Ludwtg et Molmenti.