G. Séailles, Léonard de Vinci
perfection; et l'on a même à déplorer qu'il ail, eu s'opiniâtraiit à la recherche de nouveaux perfectionnements techniques, détérioré gravement des œuvres déjà fort avancées*. Il poursuit les études anatomiques de dissection avec autant de soin et de passion que Michel-Ange lui-même. Cet homme qui, plus qu'aucun autre, semble avoir pénétré, traduit sans effort ou même créé des âmes essentiellement complexes .omrae la Joconde, recommande à ses élèves de chercher des agencements intéressants de ligne jusq!!*^ da^s la silhouette des nuages. Un dessin savant, très fin et cependant plein de grandeur, un clair-obscur puissant qui s'accorde avec une parfaite précision de formes, le talent d'absorber les détails dans la masse générale sans les effacer, une grâce enveloppante et fière qui n'appartient qu'à lui, assurent à Léonard une admiration qui ne peut que grandir avec les siùcles. Par son inspiration, comme par son exécution, il paraît plus moderne que bien des peintres de la génération suivante, sans en excepter Raphaël. Ajoutons enfin qu'on peut le considérer, et c'était l'opinion de Corot, comme l'initiateur du paysage tel que l'ont compris les artistes de notre temps. Les fonds de tableaux de Léonard gardent quelque chose sans doute de la complication qu'y mettaient ses prédécesseurs; la hauteur excessive de la ligne d'horizon leur laisse l'aspect panoramique, qui ne s'accorde pas suffisamment avec les personnages. Mais il supprime presque complètement les fabriques , pour laisser dominer l'impression de la nalure. Il en pénètre la poésie propre, et est un maître pour la perspective aérienne.
Né au château de Vinci, près de Florence (1452), il fut de bonne heure mis en apprentissage à l'atelier de Verrocchio. On raconte que Verrocchio l'ayant chargé de peindre ia tête d'un des deux anges dans le Baptême du Christ que l'on voit aujourd'hui à TAcadémie de Florence, le jeune homme montra dans son travail une telle supério-
1. Le modèle de la statue équestre de Sforza avait provnfiue une admiratiOA unanime, lorsqu'elle fut découverte en 1498; mais Léoujrd n'en était pas satisfait, et il la corrigeait encore lorsque le Milanais fut conquis par le* soldats de Louis XII (1499); ce qui fait que le bronze ne fut pas exécuté.
rite, que Verrocchio désespéré aurait renoncé pour jamais à la peinture. Cependant Vinci ne paraît pas avoir été apprécié à Florence comme il le méritait; une longue tradition, appuyée par une longue suite de chefs-d'œuvre, empêchait les Florentins de juger avec une sympathie désintéressée les nouveautés de l'élève de Verrocchio.
Appelé par Ludovic Sforza, il vint s'établir à Milan en 1485. Il paraît y avoir fait de son atelier une véritable académie, pour laquelle il aurait composé son traité de peinture, ainsi que ses traités sur les mouvements et les proportions du corps humain. Au début de son séjour en Lombardie appartient la Vierge aux rochers du Louvre Bientôt il était chargé de peindre pour le réfectoire de Sainte-Marie-des-Grâces cette Cène qui, par l'union complètement réalisée de la science aisée et de la puissance expressive avec un coloris solide et harmonieux, marque le dernier terme de l'évolution dont Giotto a donné le signaP. Malheureusement cette œuvre, peinte sur mur à l'huile et non à fresque est irrémédiablement détériorée. Lorsque les Français eurent occupé le Milanais et fait prisonnier le protecteur de Léonard, Ludovic Sforza, l'artiste quitta le pays et parcourut l'Italie centrale. Il fut occupé à des travaux d'ingénieur par César Borgia, séjourna à diverses reprises à Florence. En 1500 il entreprit de peindre le portrait de Mona Lisa del Giocondo. Il travailla assidûment pendant quatre années à cette figure qui, disait Vasari soixante ans plus tard, « est d'une exécution à faire trembler et reculer le plus habile artiste du monde, sans parler de ce sourire si agréable qui fait de ce portrait une
1. Le moment choisi est celui où le Christ prononce ces paroles : « En Térité, l'un de vous me trahira. » Chaque disciple exprime des sentiments en rapport avec sa nature : l'étonncment, le doute, l'angoisse, la douleur, l'indignation, la colère, l'horreur. Un drame moral d'une puissance et d'une vérité profonde s'agite dans cette composition, qui reste cependant pleine d« noblesse et d'harmonie. « C'est une source intarissable d'étude et de réflexions, disait le pointie Prud hon. La vue de te t>eul tabLiau suflirait à perfectionner uu hoiiiine de génie. »