RAPHAËL. -LES SÏANZE. -LES MADONES
dimension*, il peint V École d'Athènes, ou la Philosophie. placés au centre de la composition, sur le même plan, au milieu d'un monument grandiose, Platon et Aristote attirent tout d'abord le regard. Autour d'eux les grands phi ioso])hes de l'antiquité, Euclide, Socrate, Zenon, Epicurc, Diogène, Pythagore, Zoroastre, etc., forment avec leurs
Fig. 225. — RaphaèL — L'École d'Athône».
•disciples des groupes divers. Dans cette œuvre grave, d'où la figure féminine et les expressions douces sont absentes, Raphaël se montre l'égal du peintre de la Vierge de Saint-Sixte : son talent ne devait jamais s'élever plus haut. Après un pareil succès Raphaël n'hésite plus à aborder toutes sortes de sujets, et on voit apparaître successivement sur les murs des Chambres, sans parler de nombreuses figures allégoriques, le Parnasse, la Messe de
i. Le Songe du chevalier (Londres), les Trois Grâces (Chantilly), sont arv *^rieurs.
Peyre. — Uist. des D.-Art«. 26
Bolsena, Héliodore chassé du Temple, Saint Léon arrêtant Attila, Saint Pierre délivré, X Incendie du Bourg, la Victoire de Constantin sur Maxence, etc.
La présence de Michel-Ange à Rome l'animait d'une no«- ▼elle ardeur. Quand même ces deux génies, qui d'ailleurs se rendaient mutuellement justice, n'auraient eu aucun sentiment de rivalité, leur entourage aurait créé et entretenu entre eux un antagonisme. On voulut même que Raphaël traitât les sujets où Michel-Ange avait excellé. Augustin Chigi lui commanda la fresque des Sibylles qu'on voit à Santa-Maria délia Pace (1514). Ce n'est pas à dire que Raphaël n'eût pas le sentiment de la grandeur et qu'il dût l'emprunter à Michel- Ange. Il a su même donner à des ouvrages de petite dimension, la Vision d'Ézéchiel, Dieu débrouillant le chaos, une majesté qui lui est bien naturelle. Mais il n'est pas douteux que l'influence du grand Florentin ne se soit fait sentir sur son talent. Les contemporains n'en doutaient pas. L'examen désintéressé des œuvres du peintre d'Urbin à partir de 1511 suffit pour s'en convaincre, quoi qu'en ait dit Quatremère de Quincy. Les dernières montrent que l'excès de celte influence pouvait devenir dangereux pour lui.
Quoique Raphaël se soit fait aider par ses nombreux élèves, quoiqu'il se soit souvent contenté de donner les esquisses et quelquefois le dessin seulement des compositions, le nombre et l'importance des peintures exécutées par lui ou sous sa direction pendant les dernières années de sa vie, travaux qu'il joignait depuis 1514 à la charge d'architecte en chef de Saint-Pierre de Rome^, et depuis 1516 à celle de surintendant des monuments antiques et de directeur des fouilles, témoignent d'une activité d'esprit et de main à peine vraisemblable; et cependant aucune de ses œuvres ne trahil la fatigue ni la précipitation. A côté des chambres dont il poursuit l'achèvement, il s'occupe aussi des Loges, galeries à
1. Comme architecture, on ne connaît guère de lui d'autre monument qu» le palais Fandolfini à Florence, Comme sculpteur, on lui attribue une part dan» les sculptures de Sainte-Marie du Peuple. Gomme archéologue, il émit ea 1519 l'idée de ressusciter en quelque sorte par des fouilles l'ancienne ville de Rome, et principalement le Forum, (.Voir sa lettre à Léon X.)
RAPHAËL. — FARNESINE. — PORTRAITS 459
arcades dont les murs soutiennent de petites coupoles en aie de cloître. Les coupoles sont couvertes de peintures qu'on a appelées la Bible de Raphaël. Sur les murs s'étalent des arabesques, des figures de fantaisie, des fleurs ou des fruits, qui sont peut-être la décoration la plus exquise de la Renaissance. Il s'occupe plus encore de la Farnésine, où il représente V Histoire de Psyché, avec la même aisance suprême qu'il avait mise au service de sujets bien différents. Il failles cartons, aujourd'hui à Hampton- Court, destinés à être reproduits en tapisserie [Scènes des Actes des apôtres). Il continue enfin à composer des tableaux dont un seul suflirait à l'honneur d'un musée : la Vierge à la chaise du palais Pitti (1516), la Vierge de Saint-Sixte (à Dresde), la Sainte Cécile de Bologne, la Sainte Famille de Paris (1518), la Vierge au poisson et le Spasimo, n Madrid (1516). Raphaël fut aussi un grand portraitiste; il suffit de rappeler le Violoniste (autrefois dans la galerie Sciarra ) , Balthazar Castiglione (au Louvre), la Donna Velata, Jules II et Léon X an palais Pitti, le Ducd'Urhin de la galerie Czartoryski (Cracovie). Il mourut au moment où, dit-on, Léon X songeait à le nommer cardinal, le 6 avril 1520, le jour du vendredi saint, ayant à peu près terminé la Transfiguration, que lui avait commandée le cardinal Julien de Médicis pour la cathédrale de Narbonne.
La destinée de Raphaël est unique dans Thistoire de l'art. En quelques années il épuisa la faveur de la fortune*. Il a gardé dans la postérité une popularité qu'aucun artiste n'a égalée et qui, malgré quelques tentatives faites de nos jours par les préraphaélistes anglais et allemands, n'a pas été sérieusement ébranlée. Cette popularité ne lui a pas été acquise parce qu'il avait réuni en lui seul les diverses qualités qui brillent éparses dans les autres maîtres, mais, comme le dit F. Villot, « parce qu'il est toujours élevé sans effort, humain sans trivialité, gracieux sans afféterie, passionné sans exagération; parce que ses compo-
1. Il résulte de son testament qu'il laissait une fortune équivalant à huit e«nt mille francs d'aujourd'hui.
siîions les plus simples et les plus vastes portent également l'empreinte d'une création spontanée pleine de vie, de grandeur et de beauté ». Cependant, pour être complètement juste envers Raphaël, il importe de ne pas aller visiter les chambres du Vatican lorsqu'on vient de la Sixtine. « Michel-Ange, a dit M™^ de Staël, est le peintre de la Bible, et B.aphaël le peintre de l'Evangile. » Ils personnifient chacun un des côtés de l'art, et on les opposera toujours, comme on oppose Mozart à Beethoven, Homère à Virgile, d'autant plus que ces deux grands hommes ont donné dans leurs œuvres comme l'image de leur âme et de leur vie^ » Michel-Ange vécut sombre et solitaire; Raphaël marchait entouré de « cinquante bons et vaillants élèves », comme un prince au milieu de sa cour, a Cet homme, qu'aimaient non seulement les hommes, mais les animaux privés de raison, faisait régner partout l'harmonie et la joie sereine autour de lui ». (Vasaiu.) Cette séduction personnelle eut sur ses élèves, et par conséquent sur l'art, une heureuse influence.
École de Raphaël. Jules Romain. Le sac de Rome en 1527. — Aucun peintre n'a formé d'école plus brillante, et des artistes plus âgés que lui vinrent prendre place dans son atelier; mais on a remarqué que parmi ses disciples un seul , Giulio Pippi , surnommé Jules Romain, était de Rome. A côté de Jules Romain (1499-1546), on distingue PoUdore Caldara de Caravaggio (1495-1543), Andréa Sahattini de Salerne, Jean d'Vdlne (1487-1564); les Florentins Perino del Vaga (1500-47), Francesco Penni (1488-1528) et son frère Luca; les Ferrarais Garofalo (1481-1559), DossO'Dossi (1475-1546), le Véronais Givo lamo dei Libri (1474-1556). Ces artistes célèbres ne travaillèrent pour leur propre compte et ne consentirent à être gravés qu'après la mort de leur maître, tant ils avaient