INFLUENCE ITALIENNE. — ORIENT
Bronzino (1502-1572), qui dans la Descente de Jésus aux Enfers, et surtout dans ses portraits [Portrait d'un scu/p- /^fi/r au Louvre, à' Eléonore d'Estc à Florence), représente le mieux alors la fierté de style, allaiblie, mais grande encore, de l'école florentine ; et pour Barocci (1528-1612), peintre maniéré sans doute, mais dun coloris agréable et qui se montre parfois un heureux imitateur du Gorrège [Annondation du Vatican, Descente de croix à Pérouse , une Vierge glorieuse au Louvre).
Extension de l'influence italienne. La Renaissance en Orient. — Quoi qu'il en soit, linfluence de l'Italie s'était exercée et s'exerçait encore sur tous les pays de l'Europe ; elle se faisait même sentir en Asie et en Afrique ',
Nous avons dit quel avait été le rôle des artistes italiens en Russie ; il fut important aussi en Hongrie, où le fameux Maihias Corvin avait épousé Béatrix de Naples. Nous avons vu que Genlile Bellini avait été appelé par Mahomet II à Constantinople. Il ne fut pas le seul artiste qui travailla pour des princes musulmans ; on a des médailles de Bertoldo. de Costanzo, représentant le terrible sultan, et l'on sait que son ministre Ibrahim avait scandalisé les vrais croyants en plaçant des statues dans le jardin de son palais. D'autre part il arriva plus d'une fois que des artistes furent faits prisonniers par des pirates burbaresques , et ce fut Va une des aventures de la vie romanesque de Fra Filippo Lippi. Cependant les sultans demandent plutôt à l'Italie des ingénieurs civils et militaires. On a pu soutenir que Léonard de Vinci avait été jusqu'en Arménie pour y exécuter de grands travaux^. Michel-Ange faillit accepter les propositions du sultan Bajazel II qui voulait le charger d'exécuter un pont gigantesque reliant les deux rives de la Corne-d'Or. Les colonies que Gê-
1. Sur l'inQuence de la Ren<Tissance en Orient, voy. principalement les arlicles de M. Miintz dans la Gazette des beaux-arts, 1892 et 1893. —Cette inllucnce se fit sentir au moins jusqu'en Perse. (?a sait que les Vénitiens fondèrent, à la fin du xvi» siècle, une fabrique de verrerie à Chiraz.
2. Séailles {L. de Vinci, appendice l'-'J paraît avoir réfuté cette tradition.
nés et Venise possédèrent jusqu'à la fin du xv* siècle d.Tns la Méditerranée orientale, la souveraineté que Venise conserva sur Chypre jusqu'en 1576, les importants comptoirs que les Italiens eurent longtemps encore dans le Levant, même dans les pays où ils n'avaient jamais exercé de souveraineté proprement dite, facilitaient ces rapports. A Alexandrie et au Caire, les comptoirs italiens formaient de véritables quartiers. Aussi comprend-on que des peintres italiens aient songé à se rendre, à travers l'Egypte, jusque dans l'Abyssinie, qui était un pays chrétien. C'est ce que firent le Vénitien Francesco Brancaleone et plus tard son neveu Nicolo, qui y exécutèrent des peintures religieuses importantes.
Si les artistes italiens étaient ainsi accueillis dans le monde entier, les artistes étrangers étaient reçus en Italie par leurs confrères, comme par le public, avec une sympathie qui, faisant taire un sentiment de rivalité bien excusable, est un des témoignages les plus remarquables de la sincérité avec laquelle l'art était aimé « dans le beau pays que traverse l'Apennin et qu'entourent la mer et les Alpes ».