MICHEL COLOMB. — JEAN PERRÉAL
qui sont couchées sur le tombeau, soit dans les Vertus de grandeur naturelle qui marquent les angles du monument, soit dans les figures de saints et de héros (Gharlemagne et saint Louis, etc.) qui en décorent les côtés, soit enfin dans les seize petites pleureuses de la base, avec leur tête et leurs mains de marbre noir, il montre une exécution simple, forte ou spirituelle, suivant qu'il le faut. Il fit les maquettes pour les sculptures des tombeaux de Marguerite de Bourbon, de Philippe le Beau et de Marguerite d" Autriche, pour lesquels fut élevée, de 1511 à 1536, Véglise de Brou. On sait aujourd'hui que le tonibeau des enfants de Charles VIII, à Tours, fut exécuté sous sa direction par G. Regnault et Jérôme de Fiesole, et M. Palustre lui attribue avec vraisemblance une part dans les sculptures de Solesme.
Cependant, si l'on en croit les témoignages contemporains, 1 artiste français le plus considérable du temps semble avoir été Jean Perréal, fils d'un peintre du roi Louis XI, originaire de Lyon. Il eut l'honneur d'être célébré par Marot ^ Peintre, ingénieur, architecte, il donna les plans du tombeau de Nantes, de l'église de Brou, et Louis XII l'emmena en Italie en 1507, afin qu'il pût reproduire sur la toile les grands événements qui s'y prépa raient. On sait qu'il fit des peintures de dimensions importantes représentant les principaux faits de cette campagne, la Bataille d'Agnadel, etc. Plus tard il fut chargé d'une mission plus gracieuse et d'un caractère plus intime. Lorsque le roi Louis XII dut épouser Marie d'Angleterre, il fut envoyé à Londres auprès de la fiancée du roi pour diriger le travail des couturiers qui devaient habiller la princesse anglaise à la mode française. Mais il ne nous reste rien d'authentique de cet artiste, et le tableau du Salon Carré qui lui est attribué est très contesté. Nous
1. Rondeau xxvi, Aux amis et sœurs de feu Claude (lisez Jean) Perréal. — Jean Perréal mourut probablement en 1528. Voy. Ci»arvet, Jean. Perréal.
Peyre. — Hist. des B.-Arts. 29
pouvons au contraire juger du talent de Jean Bourdîclîon, auteur probablement unique du Livre d'heures (VAnne de Bretagne, terminé en 1508. L'admirable triptyque de Moulins (sacristie de la Cath.) attribué à B. Ghirlandajo doit être rendu à Bourdichon ou à Perréal*. C'est l'œuvre la plus importante qui nous reste de l'ancienne école française, dont le mérite trop dédaigné vient de s'affirmer d'une façon décisive dans l'Exposition des primitifs français ouverte à Paris en 1904.
Architecture de la Renaissance. — Première période. — Palais de justice de Rouen. — Albi. — Georges d'Amboise. — L'architecture française produit alors des chefsd'œuvre, où le style gothique, surtout dans les monuments civils, se transforme en s'accommodant avec les formes rectangulaires (divisions des fenêtres en croisées rectilignes). Le palais de justice de Rouen, plus encore que Vhôtel Clunij, Vhutel d'Alluye, ou l'aile la plus ancienne du château de Biois, est resté le type des monuments de ce style ^. Il est l'œuvre de Roland Leroux et de Roger Ân"o. Un style franchement gothique est conservé dans les monuments religieux comme en témoigne le portail de N.-D. de Rouen, œuvre de R. Leroux, et Véglise Saint- Maclou dans la même ville. Le cardinal Georges d'Amboise, archevêque de Rouen, préside à ces travaux. A la même époque appartient la décoration de la cathédrale d'Albi. Son porche, en pierre blanche, véritable dais porté sur des piliers, produit un merveilleux effet en se détachant
1. Si la partie centrale {Vierge entourée d'anges et de .«oints) rappelle l'Italie, les volets [Pierre de Beaujeu et Anne de France, accompagnés de leurs patrons) son» essentiellement français. Des raisons historiques expliquent que le Bourbonnai» et l'Auvergne fussent alors un centre artistique et Anne de Beaujeu montra, comme protectrice des arts, sa hauteur de vue accoutumée. Signalons encore la Pieta de Villeneuvc-lez-Avignon (1470) aujourd'hui au Louvre, les peintures de l'ancienne salle du chapitre de la cathédrale du Puy {Arts libéraux). Voir aussi pour la fin du xv« siècle les œuvres citées p. 411.
2. L'hôtel de la Trémoille, rue des Bourdonnais, a été détruit à la fin du logue de Louis-Philippe (fragments à l'École des beaux-arts).