DEUXIEME PERIODE. — FRANÇOIS I". — GHAMBORD
lèbre. Le nom de l'architecte de Chambord était resté inconnu; on sait aujourd'hui qu'il faut attribuer ce chef-d'œuvre à Pierre Trinqueau^ dit Neveu, originaire de Blois ou d'Amboise, qui fut aidé de Denis Sourdeau et Jacques Coupeau,
Fig. 236. — ChamDord, avec son fossé, aujourdlmi comhlH
On ignore le nom de l'architecte qui a donné le plan dî Chenonceaux, château non moins original que Chambord. On sait que la partie construite sur un pont qui traverse le Cher, et dont les grosses piles contiennent les cuisines, est de Ph. Delorme. Que d'œuvres nijériteraicnt d'être successivement àé erites , tant elles diffèrent entre elles! Contentons- nou de sifçnaler, à titre d'exemple, l'aile dite de François l^'', h Dloi*
avec son merveilleux escalier. Azay-le-R'uleau, Châteaudun, Assier, la Rochefoucauld, œuvre d'Antoine Fontan; Valenca)\ Madrid au bois de Boulogne, détruit en 1826, œuvre de Pierre Gadier, de Catien et Jean François qui avaient décoré la façade de grandes plaques d'émaux peints, aujourd'hui au musée de Cluny, et de terres cuites émaillées; Saint-Germain, où travailla Pierre Chamhiges ; Villers-Cotterets, œuvre de Jacques et Guillaume Lebreton. G. Lebrcton travailla également à Fontainebleau à côté des artistes italiens Rosso, Serlio, etc.*.
Les mêmes qualités se montrent dans les constructions municipales et les habitations privées. L'hôtel de ville de Chàlons, monument admirable détruit en 1773, et que l'on ne connaît plus que par des gravures; Vhôtel de ville d'Arras, œuvre de Jean Caron ; Vhôtel Pincé à Angers, œuvre de Jean de Jespine; la maison de Diane de Poitiers et Vhôtel du Bourg- Théroulde à Rouen; plusieurs maisons d'Orléans; 17iotel Bassezat, Vhôtel Lashordes à Toulouse; Vhôtel Cujas à Bourges, la maison de François I^^, trans])orlée pierre à pierre des environs de Fontainebleau au Cours la Reine à Paris, etc., sont des modèles d'élégance et d'hai'raonie. Un des traits caractéristiques de la décoration de ces diverses constructions, c'est l'emploi de grands médaillons de pierre où l'on place un sujet, le plus souvent une figure (château d'Assier, château de Pau, château d'Ovron, etc.).
Troisième période. Style Henri II. — Catherine de Médicis. — Pierre Lescot. Le Louvre. — Philibert Delorme. Les Tuileries. — Les éléments inspirés de 1 architecture antique commencent à tenir une plus grande place dans les monuments élevés à partir des dernières années de François l*^""; les architectes de ce temps-là sont déjà des écrivains et des théoriciens. Après Paris, llle-
1. Fontainebleau forme un résumé de notre architecture princière de Charïes VIII à Louis XV. — Piabelais, dans sa descriptioQ de l'obbaye de Thélème, noue donne un type idéal d'une magnifique habitation du temps de François I'^'. avec théâtre, cirque, galerie de tableaux, bibliothèque. — Écoles d'archilecture de «ette époque : de la Loire (avec l'école spéciale d'Orléans pour foyer), Française, Bourguignonne, Normande, de Troyes, Auvtrgnaie, Toulousaine.
TROISIÈME PÉRIODE. — HENRI II. — LOUVRE 51t
de-France, et la région de la Loire, les principaux centresde l'art furent alors la Normandie (Caen), la Champagne (Troyes) et la région de Toulouse. Des bâtiments carrés sont généralement substitués aux tours rondes pour les angles des édifices réguliers. Au château dEcouen, élevé de 1540 à 1547 pour le connétable de Montmorency, Jean Bidlanî (1510-1578) a, dans les quatre façades de la cour intérieure, toutes différentes, cherché les ordonnances variées dont lantiquité et l'Italie donnaient des modèles. Androuet du Cerceau est surtout connu par son Recueil des plus excellents bâtiments de France, qui nous a conservé l'image de tant de belles œuvres détruites depuis. Deux noms dominent alors tous les autres : Pierre Lescot, architecte du Louvre, et Philibert Delorme, l'architecte des Tuileries.
Pierre Lescot (1510-1578), sire de Clagay, était ua conseiller ail parlement de Paris et un ami de Jean Goujon. On railla d'abord le magistrat qui se faisait architecte par goût; mais en présence du Jubé de Saint- Germaind' Auxerrois (1541- 1544), de V hôtel de Ligneris, depuis Y hôtel Carnavalet (1544- 1546), on fut bien obligé de reconnaître eu lui un des premiers artistes de son temps, et l'on ne s'étonna plus de voir François I"^'' (1546) le charger de construire un nouveau Louvre, à la place de celui de Charles Y. Ces travaux étaient à peine commencés lorsque François l" mourut. Mais les arts allaient retrouver dans sa belle-fille un appui non moins éclairé et non moins dévoué. Les crimes politiques de Catherine de Médicis ne doivent pas nous empêcher de reconnaître qu'elle continua avec succès, en France, les traditions de son aïeul Laurent le Magnifique, de son oncle Léon X en Italie. Elle unissait dans le même sentiment les lettres et les arts. Pendant que les Tuileries étaient en construction, Ronsard ayant voulu pénétrer dans le palais, à la suite de Catherine de Médicis, Philibert Delorme (1515-1570), que le poète avait raillé en diversendroits de ses écrits, fit fermer les portes devant lui. La reine, informée de cet incident, adressa les plus vifs reproches à
l'architecle : « Scavenez- vous, lui dit -elle assez haut pour être entendue de toute la cour, que les Tuileries sont dédiées aux Muses *. »
L'activité déployée dans la construction des Tuileries explique pourquoi, à partir de 1564, les travaux du Louvre ne tardèrent pas à être fort ralentis. Pierre Lescot ne put élever que la façade occidentale, modifiée depuis, mais dont on peut dire encore ce que disait un contemporain, qu*« elle est tellement enrichie de toutes sortes d'architectures, avec symétrie et beauté si excellente, qu'à peine en toute l'Europe ne se trouvera la seconde ». D'ailleurs, du vivant même de Lescot et de Delorme, Catherine songea à joindre son palais des Tuileries à la demeure royale du Louvre. Pierre Chamhiges acheva la petite galerie entre le Louvre et la Seine, et éleva l'étage inférieur du pavillon Lesdiguières.
Pour revenir à Philibert Delorme, il est difficile de juger aujourd'hui de son talent, les Tuileries, Meudon, ayant été détruits, et une partie seulement à'Anet ayant été préservée. Mais nous ne pouvons oublier que nul architecte n'a su mieux réunir la théorie à la pratique. S'il est porté vers les hautes conceptions, s'il a écrit une Règle générale d'architecture des cinq manières de colonnes, à l'exemple de l'antique, suivant les règles et doctrines de Vitruve (1568), il a publié aussi de Nouvelles inventions pour bien hastir et à petits frais. Dans son Traité complet de Vart de bastir, il pose, un des premiers, les règles de la coupe des pierres; enfin il a donné son nom à un système de charpente qui a réalisé un grand progrès.
Architecture religieuse : H. Sohier. — Au temps où l'on construit les Tuileries, l'architecture reste souvent gothique pour les monuments religieux. Dans des châteaux tels qu'Ecouen, construit tout à fait dans le nouveau style, la chapelle est encore ogivale. Le chœur de Saint-Pierre de Beauvais est achevé en 1555. La croisée de l'édifice est surmontée, par/ca/i Wast le fils et par François Maréchal, d'une tour carrée terminée en pyramide et voûtée en ogive. Cette tour laissait voir du pavé du transept l'extrémité de sa flèche, à 50 mètres du sol; elle s'écroula en 1573. Le goût nouveau uni au plan
t. Fremy, Ut Poèmes de Catherine de Médicis