TUILERIES. — SAINT-PIERRE DE CAEN
et au système géuéral des constructions précédentes se montre à Saint-Michel de Dijon, attribué, à tort dans son ensemble, à Hugues Sambin, élève de Michel-Ange; Saint-Eustache, à Paris, par Pierre Lemercier et David, qui y imitent visiblement Notre-Dame; dans plusieurs églises de Troyes, où l'incendie de 1534 vint donner beaucoup de travail à Dominique le Florentin, Gérard et Jean Faulchot, François Gentil. Les Grappin ;i Gisors introduisent dans les églises le style de P. Lescot au Louvre. Mais le chef-d'œuvre de l'architecture religieuse de cette époque est le chevet de Saint-Pierre de Caen par Hector Sohier (vers 1525), édifice qui est vraiment d un caractère nouveau et témoigne d'une richesse d'imagination rare unie au goût le plus délicat. A son école, sinon à sa direction même, se rattachent les trois chapelles de Saint- Jacques de Dieppe, élevées aux frais du célèbre armateur Jean Ango, et la chapelle de la Vierge à la Ferté-Bernard.
Dans ces diverses constructions on voit appliqué un nouveau système de couverture pour remplacer la voûte proprement dite. Les nervures de la voûte gothique sont conservées ; mais au lieu de recevoir directement sur leur courbe la maçonnerie, elles portent, au moyen de tympans ajourés ou darcalures, des dalles à peu près horizontales constituant un plafond de pierre légèrement courbé. Les plafonds sont couverts de sculptures d'une grande richesse et ornés de clefs pendantes qui sont de véritables orfèvreries de pierre. Ce luxe d'ornementation s'adapte encore mieux au système de voûte dont l'église de Tillière (Eure) et le cloître de Belem {V. fig. 239) nous présentent des modèles. Il n'y a plus de croisées d'ogives. Les nervures se dédoublent à leur naissance et arrivent à former un système de panneaux triangulaires autour de losanges centraux. Le plafond est ainsi soutenu par une sorte de réseau de pierre. Malheureusement, si le xvje siècle a beaucoup édifié, il a aussi beaucoup détruit, et la liste serait longue des ruines que les guerres de religion ont accumulées sur notre sol, surtout dans la vallée de la Loire.
Sculpture. — Jean Goujon. — Germain Pilon. — Pierre Bontemps. — Nos sculpteurs égalent au moins
no? architectes. La famille italienne des Justi, qui s'établit à Tours et dont l'œuvre capitale est le tombeau de Louis XII à Saint-Denis, où Ton remarque, dans les statues couchées du roi et de la reine, des détails d'un réalisme si étrange, se rattache en grande partie par son style à l'école française. Ponce Trebattl et Benvenuto Gellini lui-même ne valent pas Jean Goujon et les meilleurs de ses contemporains français.
Où sait aujourd'lmi que Je^n Goujon, né vers 1515, ne fut pas uue des victimes de la Saint-Barthélémy, mais mourut avant 1568 on Ualie, à Bologne, où on le trouve établi en 1563. Il avait iravaill ' d'abord aux portes de Saint-Maclou, à Rouen; ^euu ensuite à Paris, il est employé par son i\mi Pierre Lescot aux divers travaux que dirige cet architecte {jubé de Saint- Germainl'Auxerrois, dont le musée a recueilli entre autres un admirable Ensevelissement du Christ, Louvre, fontaine des Innocents) . Quoiqu'il ait Fie. 237. — Tôte fait surtout des bas-reliefs , la Diane d'Anet
de la Diane de /j^ou^i-e) les Cariatides de l'ancienne salle des Jean Goujoa. .
Gardes, aujourd'hui première salle du Musée
de la sculpture antique, montrent qu'il savait conserver dans ses statues, fussent-elles de grande dimension, cette élégance sans mièvrerie qui la fait surnommer le Corrège de la sculpture. On y retrouve aussi cette parfaite convenance de la sculpture avec la construction qui exige de la part des sculpteui s des sacrifices qu'ils ne sont pas toujours disposés à faire. Cet artiste, gracieux avant tout, est aussi d'une science rare. Un critique moderne, admirant comment dans les bas-reliefs de la fontaine des Innocents le maître a pu rendre l'effet de sa composition ;ivec si peu de saillie, ajoute avec raison : « Il y a là une entente merveilleuse de la lumière et de l'ombre, et une «cience dans le rendu des raccourcis dont on est émerveillé. t>
J. Goujon a fait aussi des bustes pleins de finesse et d'élégance; mais en cela il fut dépassé par Germain Pilon