‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 271 sur 424 · S22 RENAISSANCE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

S22 RENAISSANCE EN ESPAGNE

nouveau. La découverte de l'Amérique, jetant brusquement en Espjigne des quantités considérables de métaux précieux, avait donné une grande extension à l'orfèvrerie. On avait eu recours, pour mettre en œuvre ces richesses, aux modèles de l'Italie, en laissant subsister en partie le stylo national, déjà très chargé d'ornements. Il arriva que l'architecture, qui avail été si souvent imitée par l'orfèvrerie, l'imita à son tour, el l'on eut le style plateresque (de plala, argent, j/latero^ orfèvre), dont nous trouvons des exemples caractéristiques dans l'église de San-Domingo à Salamanque, dans les travaux du Français Philippe Vigarny ou Ph. de Bourgogne à Burgos^ dans la façade de V hôtel de ville à Séville.

Un style analogue régnait alors dans le Portugal, brusquement enrichi également par ses établissements de l'Afrique et des lûdcs. Il reçut le nom de style manoelin (du roi Emmanue/ le Fortuné). Ce prince, pour célébrer le succès de l'expéiition de Gama, fit construire à Belem, par Boutaca, J. de Castllho et un Français nommé Nicolas, une églitie raag iiiique qui est le chef-d'œuvre du genre, et près de laquelle Garcia de Rezende éleva une tour <( robuste et pompeuse' ».

L a même surcharge, la même patience extraordinaire dans l'oinementation, se retrouve dans la statuaire; par exemple dai.s les monuments funèbres de la cathédrale de Grenade {tombeaux de Ferdinand, d'Isabelle, de Philippe le Beau, de Jeanne la Folle) et de la chartreuse de Miraflores, près Burgos [tombeau de l'infant don Alonzo). Les armures ou les robes de marbre sont couvertes d'une profusion d'ornements imitant la ciselure, la broderie ou la tapisserie, simulant les pierreries ou les fourrures. On ne peut se dispenser de signaler aussi les retables de dimensions exceptionnelles, communs en Espagne, et dont les plus remarquables pour cette époque sont ceux d'Astorga, œuvre à' Esteban Jordan et de Becerra; de Saragosse, par Damian Forment; de Medina-del-Rio-Seco» œuvre de Gaspard Ilerrera. Parmi les sculpteurs nous retrou-

1. Palustre. — L'influence française, surtout normande, a été déci&iTe sur l'art poitugais de Ja Renaissance (Eude, au Congères des Soc. sav., ISDG). Le Portufral a alors un peintre éminent, Nuno GoncaUez. Le style plareresque apparaît eu. Italie (par ex. dans la façade de la chartreuse de Pavie qui j)roGède elle-mêne d'Oivicto) et dans certains hôtels de ville des Pays-Bas. Mais il n'y a pas là de mouvement jjénéral. Comparer les pagodes de l'Inde el de riudo-Chine.

STYLE PLATERESQUE. — NAVAREÏTE 523

vons Ph. Vigarny, originaire de Langres, qui sculpta entre autres, de 1507 à 1512, les merveilleuses stalles de Burgos, tl travailla aussi à celles de Tolède, oîi il eut pour collaborateur Alonzo Berruguete. Cependant Berruguete devait surtout contribuer à répandre le goût classique, que Ximénès avait déjà î'jivorisé {université d'Alcala). Berruguete (? 1480-1561) est le plus grand artiste espagnol du temps. Il avait été en Italie l'élève de ^lichel-Ango, et fut comme lui peintre, sculpteur, architecte. Il construisit pour Charles-Quint, dans le style gréco-romain, le palais de Grenade (à lAlhambra) et le nouvel Alcazar de Tolède. A la fin du siècle s'élève pour Philippe II, ^ans un paysage désolé de la Sierra Guadarrama, le monument îc plus différent du style plateresque que l'on puisse imaginer, ie triste Escurial^ qui, malgré l'originalité de son plan, est iiien, dans sa nudité plutôt monotone que sévère, un des plus ennuyeux monuments qui existent ^. Cependantla même époque a vu b 'étaler le style extravagant auquel Churriguera a donné son nom.

Peinture. Navarette (el Mudo). — La peinture espagnole présente des noms que la postérité a conservés, tels que Vicenie Joanes (?1523-1579) , Francisco Ribalta (? 1555-1628). Ses fondateurs de l'école de Valence; Louis de Vargas (?1502- Î567), le fondateur de l'école de Séville [Adoration des Bergers, cathédrale de Séville); Rincon (1446-1500), peintre habituel de Ferdinand le Catholique; Pedro Berruguete, père d'AIonzo (un Autodafé du musée de Madrid); Cespedès {1538-1608), qui fut à la fois peintre, sculpteur, architecte, •érudit, linguiste et poète; Sanchez Coello (1515-1590), peintre favori de Philippe II (portraits de la famille royale, peintures de l'Escurial) ; Panloja de la Cruz (J 551-1609), ami et rival de Coello ; il/o/«/è5 (1509-1586), âme ardente d'artiste et de chrétien dont les œuvres se recommandent aussi bien par la conscience et l'originalité de l'exécution que par l'intensité pénétrante du sentiment religieux qui lui a valu le surnom de

1. Voy. cependant la description de Th. Gautier [ Voyage en Espagne, chap. IX). ■Ce monument, élevé en souvenir de la victoire de Saint-Quentin, remporté par i^liilippe II, le jour de Saint-Laurent, a la forme de gril. Le manche du gril est formé par léglisc. Il est lœuvre de Jean de Tolède, de Herrera et du Français Louis de Fois, auteur de la tour de Cordouan. Dans le style italien, la Cliajtelie acs neuf loib à la Cath. de Tolède par Coi'ur.'uOias (lôiCJ est un chef-d'œuvre.

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