‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 278 sur 424 · LE GUIDE. — LE DOMINIQUIN · texte numérisé non relu

LE GUIDE. — LE DOMINIQUIN

Sciarra .Car il ne faut pas oublier qu'alors la grande école des peintres de genre des Pays-Bas n'était pas encore formée ' . D'ailleurs Caravage laisse presque toujours à ses personnages la dimension naturelle, sans qu'ils cessent pour cela d'être intéressants. On peut lui reprocher ses effets exagérés et cet abus des teintes noires que certains peintres imitent encore avec une conscience voisine de la naïveté. Ils semblent prendre pour des teintes voulues du peintre les taches produites par les dessous, que le temps a fait repousser, et, au lieu d'ombres simplement noires, nous présentent des ombres noircies.

Caravage a eu en somme sur l'art une influence considérable, qui se fait sentir encore aujourd'hui et que n'ont pas toujours exercée des artistes qui lui étaient bien supérieurs. Par Ribera, son disciple, il a imprimé à l'école napolitaine un cachet qu'elle devait garder jusqu'au bout, et a agi aussi par lui sur l'école espagnole. Il eut des imitateurs en France, comme le Valentin. Enfin il eut une action considérable sur les meilleurs peintres de l'école bolonaise, dont l'éclectisme n'avait aucune raison de repousser ce qu'elle pouvait légitimement trouver de bon dans les œuvres du nouveau venu. Cette action s'étendit jusque sur des artistes dont le talent était déjà formé et la réputation faite, le Guide, Leonello Spada, le Guerchin et même, sinon pour l'exécution, au moins pour certains détails réalistes de la composition, sur le Dominiquin^ Cependant, par l'inspiration générale, ces peintres n'en restent pas moins les disciples des Carraches.

Le Guide. Le Dominiquin, le Guerchin, TAlbane et les Bolonais contemporains. — Le Guide, Guido Reni (1575-1642], qui a un rare talent décomposition (Madona délia Pleta et le Crucifiement de Bologne), est connu sur-

1. Il avait eu cependant des prédécesseurs. Gant. Bellini, Carpaccio {Dameê jouant sur une terrasse, musée Coirer), etc., voy. p. 462. D'autre part, il annonc» ies peintres modernes de la vie populaire italienne, Léopold Robert, Schnet».

2. Voyez les exemples relevés par Dejob, ouvrage cité, p. 323, note.

63ft LE XVI1« SIÈCLE EN ITALIE

tout par ses sujets gracieux (le plafond de VAurore ai» palais Ros^ïgliom, IdiSibylle persique, le portrait deBéatrix Cenci); mais il sait aussi avoir la force, eomma dans David vainqueur de Goliath, V Enlèvement de Déjanire (au Louvre) et le Massacre des Innocents de Bologne, œuvre trop vantée peut-être et qui reste un peu froide. Sans doute on sent parfois quelque chose d'artificiel dans l'œuvre du Guide; cependant, s'il n'est pas un artiste de premier ordre, il est un grand peintre. La passion du jeu lui fit perdre une fortune considérable, qu'il avait acquise par son talent, et il passa la fin de sa vie dans la déconsidération et la misère.

Celui de ses contemporains que la postérité a mis à côté et même au-dessus de lui, le Dominiquin, fut toujours malheureux, et mourut, empoisonné peut-être par ses rivaux, sans être parvenu à sortir de la gêne. Le Dominiquin (Domenico Zampieri, dit il Domenichino, 1581-1641) l'emporte sur tous les artistes de son temps par une simplicité, une naïveté de sentiment qui rappelle la sincérité des maîtres de la première Renaissance, et on arrive à lui savoir gré de ses maladresses, qu'on ne peut attribuer ni au manque de conscience ni au défaut de talent. Ses fresques à Saint-Louis des Français [Vie de sainte Cécile), à San-Andrea-della-Valle à Rome (les Évangélistes et la Vie de saint André], à Grotta-Ferrata (Épisodes de la vie de saint Nil^, 1610), à Fano (seize sujets sur la Vie de la Vierge) , sont des œuvres de premier ordre, non seulement au point de vue technique , mais pour l'expression et la beauté pittoresque. Son tableau le plus célèbre, la Communion de saint Jérôme (1614), est placé au Vatican à côté de la Transfiguration de Raphaël. L'admiration du Poussin signala cet ouvrage à l'attention des Romains, qui ne l'appréci<iient pas à sa valeur. On aurait une idée incomplète

1. Les anatomistes de profession et les médecins ont admiré pour f% ■cicnce la scùue représentant saint Nil guérissant un enfant possède.

Page 1