VELASQUEZ. LES . PILEUSES ». PORTRAITS
son activité à sea travaux de peintre. Sans parler de ses charges de cour, il était comme le ministre des beaux-arts de l'Espagne, inspectait les divers travaux, choisissant et plaçant les tableaux et les statues dans les palais de la couronne. En 1648 le roi le chargea d'aller en Italie pour réunir une collection d'objets d'art destinés à une académie de peinture que Philippe IV voulait fonder, projet qui du reste n'eut pas de suite. A Rome, où il fut en relation avec Poussin, il peignit le portrait d'Innocent X ,qui fut solennellement couronné et promené processionnellemcnt dans les rues. Mais le plus grand événement qui se rattache à son voyage en Italie c'est l'influence que semble avoir exercée sur lui le Corrège. A-t-il eu occasion d'étudier ses grandes oeuvres ? Quoi qu'il en soit à cette époque se manifeste une nouvelle évolution de son talent.
Dans cette troisième manière, qu'on peut faire commencer à l'année 1649, son exécution est plus variée, sans être moins franche; il acquiert des délicatesses de clair-obscur, des harmonies de teintes, une souplesse et un moelleux qui le rapprochent de Murillo. A cette période de sa vie appartiennent le Couronnement de la Vierge, Saint Antoine visitant saint Paul ermite, las Ililanderas (les Pileuses) ou Vue de la fabrique de Ségovie, enfin las Meninas^. Cependant la faveur croissante de Yélasquez auprès du roi lui imposait de nouveaux devoirs. En mars 1660, il accompagna Philippe III et Marie-Thérèse à Irun, il prépara dans l'île des Faisans le pavillon où se fit l'entrevue de Louis XIV et du roi d'Espagne , et Lebrun , dans le tableau qu'il fit à cette occasion, n'oublia pas d'y placer Vélasquez. Mais les fatigues qui résultèrent pour lui de ce voyage achevèrent d'ébranler sa santé, déjà fort atteinte, et il mourut à son retour à Madrid, 7 août 1660. Sa veuve ne lui survécut que quelques jours.
Raphaël Mengs, quoique peintre classique s'il en fut, a dit, en parlant des Fileuses, qu'elles étaient peintes avec la pensée. En effet il semble, dans les chefs-d'œuvre de Vélas-
1. Ce n'est pas à dire que Murillo ait eu de l'action sur Vélasquez. C'est seulement vers 1648 que le talent de Murillo paraît complètement formé. — Les portraits des infantes Marie-Thérèse fgalerie Lacaze) et Marguerite-Thérèse (Salco Carré) sont de cette époque, comme l'indique la date de la naissance de ces prin- CCBSOB comparée à l'âge qu'elles ont sur leurs portraits.
auez, qu'il n'y ait pas d'intermédiaire entre l'objet du tableaa et le tableau lui-même; la vie est rendue avec une puissance si souveraine que toute trace d'elTort a disparu. Rien de plus simple que l'exécution de Vélasquez; le plus souvent, surtout dans sa première manière, quelques couleurs lui suffisent. Dans ses portraits, un ton de chair, un ton noir pour le vêtement, un ton gris pour le fond, et l'on a un chef-d'œuvre. « Nul, dit avec raison Ch. Blauc, n'a le modelé plus large, plus débarrassé de choses inutiles, qui nuisent à l'effet sans ajouter au mérite du travail. Mais telle est sa science, son adresse, que tout ce qu'on ne dislingue pas semble exister réellement comme s'il l'y avait mis. »
Vélasquez s'est intéressé à tout dans la nature; il a peint des fleurs, des fruits, des animaux, des intérieurs, des paysages; mais il a su faire à chaque chose la part qui lui convient. Lorsqu'on a passé en revue tous les tableaux de lui qu'a réunis le musée du Pardo, on garde dans son esprit, comme un souvenir dominant, la figure du général Spinola accueillant avec une fierté courtoise et bienveillante le général hollandais qui lui apporte les clefs de Bréda. On n'oublie plus l'opposition des deux armées, qui sont dignes l'une de l'autre par le courage ; c'est une admirable traduction de la nature, c'est une œuvre historique, c'est une œuvre humaine.
Contemporains et successeurs de Vélasquez. — Nous citerons parmi eux le peintre religieux ilfarrme^ (1602-67), (un St Sébastien à la cath. de Jaen) ; Leonardo (1616) et Castello (1602-56), qui peignirent des batailles pour le Salon des rois du Buen-Retiro ; le peintre de fleurs Arellano (1614-76), Pareja (1606-70), l'esclave de Vélasquez, dont on connaît la touchante histoire; Collantes (1599-1656), dont on admire surtout la Vision d'Ézéchiel; Herrera le Jeune (1622-85), héritier du talent et du mauvais caractère de son père; le capitaine Juan de Tolède (1611-1665), peintre de batailles et de sujets pieux ; Pedro de Moya (1610-