‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 287 sur 424 · MURILLO. MYSTICISME ET RÉALISME 5Ô · texte numérisé non relu

MURILLO. MYSTICISME ET RÉALISME 5Ô

60), qui guerroya en Flandre, et reçut en Angleterre les leçons de Van Dyck; le brillant coloriste Cerezo (1635-73), le peintre de fleurs Arellano (1614-76) le portraitiste Carreno de Mirande (1614-85) et Claudio Coello (? 1624- 1693), auteur d'un des meilleurs tableaux de l'école, la Procession de la sainte hostie^ à la sacristie de l'Escurial. Murillo. — Mais tous ces noms s'efTacent devant celui de Murillo. Esteban Murillo^ né à Séville, comme Vélasquez, y fut baptisé le l®'" janv. 1618 et y mourut le 3 av. 1682.

Il reçut quelques leçons de Juan del Castillo (1584-1640); caa^s, orphelin à dix ans, obligé de travailler pour gagner son pain, il faisait à la douzaine des figures de sainteté, envoyées par ballots en Amérique. A force de privations, il réunit une petite somme et partit à pied pour Madrid (1643). Bien accuelli par Yélasquez, qui lui ouvrit les palais royaux, il put étudier Titien, Rubens, Van Dyck, Raphaël. Revenu à Séville en 1645, il montra qu'il était déjà grand peintre par les Aumônes de St Diego et la Mort de Ste Claire. Il fait cependant de nouveaux efforts, et vers 1648 commence pour lui une seconde manière. « Alors, dit P. de Madrazo, il agrandit ses idées, sent avec plus de vivacité la nature, donne plus de relief à ses figures, plus d'atmosphère à ses scènes, plus de chaleur à ses teintes, plus de transparence à ses ombres, et fait régner dans l'ensemble de ses cadres une harmonie qui n'a jamais été dépassée. » Il sait varier son exécution suivant les sujets. Sa manière est vaporeuse dans ses apparitions ou visions célestes, froide ou tempérée dans les sujets intermédiaires, chaude dans les scènes réalistes, où il ne recule devant aucune vulgarité (le Jeune Mendiant du Louvre). Ce réalisme, illuminé parla foi, fait qu'il nous représente les scènes religieuses comme s'il les avait vues. Nul n'a su mieux rendre , car il la ressentait lui-même , la tendresse ineffable et respectueuse des saints pour le Christ enfant ; nul n'a su mieux associer dans la figure de l'enfant Jésus l'innocence du jeune âge et la prescience divine. Et cependant cet enfant Jésus, « dont les yeux noirs vous pénètrent comme une flèche », a bien eu pour modèle le petit gamin que Mu-

rillo a rtncontré jouant aux des sur les bords du Guadalquivir ou au pied de la Giralda*.

Jamais peintre d'ailleurs ne fut mieux doué, v Les qualités de Murillo sont, dit Gh. Blanc, la fécondité, la souplesse, une incomparable facilité à tout peindre, une merveilleuse flexibilité de coloriste. » Ce coloris est tantôt grave et contenu, comme dans le portrait de l'inquisiteur Don Andréas de Andreade; tantôt il présente des effets à la Rembrandt [Saint Thomas de Villanueva)^ tantôt il baigne tout d'une lumière diffuse et noie ses figures dans l'atmosphère comme le Gorrège [Vierges immaculées). « Tout ce qu'a touché Murillo se tourne en douceur. » Ribera ne voit dans la religion que des scènes sombres et souvent atroces ; Murillo n'en montre que le côté tendre, aimable, radieux. « Avec lui les scènes les plus mystiques ont, comme on l'a dit, je ne sais quoi de lumineux que la pensée pénètre sans effort, et par où l'âme se laisse aisément ravir aux régions célestes. »

Contentons-nous d'indiquer ses chefs-d'œuvre. Les grandes compositions à la Caridad de Séville, Moïse frappant le rocher, la Multiplication des pains, sont peut-être les plus importantes de ses peintures. Il s'y montre un admirable paysagiste, et jamais on n'a mieux représenté la foule. Mais les traits caractéristiques de son talent s'affirment mieux dans Saint Antoine de Padoue prenant l'enfant Jésus dans ses bras (musée de Séville), dans l'Apparition de l'enfant Jésus au même saint (cathédrale de Séville), dans la Vierge immaculée, la Naissance de la Vierge, la Sainte Famille (da Louvre), dans le petit Saint Jean (de Madrid), l'Enfant prodigue (de Pétersbourg), d'une expression si profonde, dans le Saint Thomas de Villanueva (Séville), qui était l'œuvre préférée du peintre. Cependant l'œuvre la plus complète, celle qui réunit à la fois les deux faces de son talent réaliste et mystique séparées ailleurs, c'est la Sainte Elisabeth soignant les teigneux, de l'Académie

1. Comparer le Divino poster du Madrid et les Jouturs de dés de Munich.

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