L'ART ESPAGNOL APRÈS MURILLO
l'humanité, la charité divine qui les rapproche et les réunit : une belle jeune femme, portant sous le voile de nonne la couronne de reine, éponge délicatement la tête impure qu'un enfant couvert de lèpre lui présenle au-dessus d'une aiguière d'argent. Ses blanches mains semblent se refuser à l'oeuvre que son cœur ordonne; sa bouche frissonne d'horreur en même temps que ses yeux se remplissent de larmes ; mais la pitié a vaincu le dégoût, et la religion triomphe. L'ordon^.ance de la scène est magnifique, les expressions pleines d'énergie et de vérité, le dessein d'une hardiesse et d'une pureté qui défie toute censure, la couleur d'un éclat magique. » (L. Viardot.)
Après Murillo- — On a peine à comprendre comment la peinture espagnole, qui s'était élevée si haut, disparut presque tout à coup avec Murillo lui-même. Sans doute il a laissé quelques imitateurs ou disciples, tels que To h ar {1S7S-17 58), Séb. Gomez (? 1617-1690?), surnommé le mulâtre de Murillo, qui fut sou esclave et, comme Pareja dans l'atelier de Vélasquez, comme Erigonos, broyeur de couleurs du peintre grec Néalcès, apprit en secret son art en voyant faire son maître. Antoline^ (1639-1676), dans son Assomption de sainte Madeleine (à Madrid), a su créer une des figures les plus originales de la peinture religieuse, et Valdès Leal (1630-1691), dans les Trois Cadavres de la Caridad de Séville, a produit un effet d'horreur dont la puissance n'est pas niable. Mais le siècle n'était pas achevé qu'on trouvait à peine des élèves pour l'Académie toute gratuite que Murillo avait fondée à Séville. Il est vrai que les professeurs eux-mêmes manquaient. Remarquons cependant que, dans la décadence générale et profonde de l'Espagne, c'était la peinture qui avait le plus longtemps résisté. Murillo clôt la liste des grandes gloires intellectuelles de son pays. Calderon l'avait précédé d'un an dans la tombe.
Après Murillo, les rois d'Espagne ont bientôt recours à des étrangers : le Napolitain Luca Giordano dans les dernières années de Charles II et les premières années du règne de Philippe V, puis les Français Houasse, Ranc, Mich, Van Loo, puis l'Allemand Raph. Mengs. En architecture l'avènement des Bourbons fit abandonner le style extravagant de Churriguerra pour le style classique (la Granja ou Saint-Ildefonse par le Piémontais Juvara, Palais royal de Madrid par son
élève Sachetti ^). Ces édifices ne manquent pas de grandeur, mais sont une imitation affaiblie de Versailles. A la fin du xviii^ siècle paraissent : un artiste incomplet, mais très original, Goya (1746-1828), un sculpteur, Alvarez (1768-1827), qui imite assez heureusement Canova. Cela ne suffit pas à constituer une école. Vers le milieu de notre siècle on a vu poindre sous l'influence française un mouvement qui n'a fait que se développer àe^\n.s^a.\ec\es Madrazo, Rosalès, Gisbert, Pradilla, Merino, Fortuny, PalmaroUi, Gonzalvo, Melida, Zamacoïs, Rico^ Jimenès, Michelena, Vierge, L. Ribera, Checa, Sorolla-Batisda, Moreno-Carbonero, Villodas , P. Ribera, Zuloaga, les sculpteurs Querol, Blay y Fabrega, Bejilliure,