CHAPITRE III
l'école FLAMANDE. RUBENS.
La Belgique à la fin du x\i' siècle. — Les prédécesseurs de Ruben*. — Rubens. — Van Dyck. — Les graveurs de l'école de Rubens. — Elèves et contemporains de Rubens : Jordaens ; Grayer. — La division du travail dans les arts. La spécialité des peintres. — Portraitistes, animaliers, etc. — Le genre. D. Téniers. — Le paysage. Paul Brill. Breughel de Velours. Les disciples de Rubens. — Les derniers peintres d'histoire. Gérard de Lairesse. La décadence.
La Belgique à la fin du seizième siècle. — Comme l'école espagnole, comme l'école italienne des Carraches, la nouvelle école flamande, qui se personnifie dans Rubens, se rattache en grande partie au mouvement de foi qui raffermit alors le catholicisme ébranlé par la Réforme. Elle se rattache plus que l'italienne, plus même peut-être que l'espagnole, au naturalisme. Enfin, comme l'espagnole,
1. On sait que Philippe V avait épousé Gabrielle de Savoie, puis une autre priacesse italienne, Elisabeth Farnèse (l'14).
2. Carel van Mandert, le Livre des peintres. Wauters, la Peinture flamande, où l'on trouvera l'indication des sources. A. Michiels, Hist. de la peinture flamande. Fromentin, les Maîtres d' autrefois. E. Michel, Rubens. Guiffrey, Van Dyck. Peyre, Téniers
elle est vraiment nationale. L'esprit de résistance contre le despotisme politique et religieux de l'Espagne, qui s'était d'abord manifesté dans le sud des Pays-Bas avec la même vivacité que dans le nord, n'y avait pas eu le même résultat. Sans doute la région avait beaucoup souffert. Sans compter tout ce qui avait péri par le bûcher ou par la hache, par la misère ou la famine, soixante mille familles, parmi lesquelles celle de Rubens, avaient émigré pendant le gouvernement du duc d'Albe ; l'herbe poussait dans les rues de Gand, et après la capitulation d'Anvers deux mille Flamands avaient passé en Angleterre. Cependant la guerre n'avait pas tardé à y être moins générale et moins cruelle; la politique de Farnèse avait achevé de séparer des provinces unies du nord les provinces du sud, dans lesquelles la Réforme n'avait jamais eu le même succès. La Belgique restait donc catholique sous la domination espagnole. Mais cette domination n'était plus ce qu'elle avait été. Le gouvernement espagnol était devenu dans les Pays-Bas régulier, assez libéral et à demi national. Il le devint tout à fait lorsque les Pays- Bas eurent été donnés en dot à l'infante Isabelle-Glaire- Eugénie, qui épousa l'archiduc Albert d'Autriche. Isabelle, aidée de l'archiduc, reprit Ihonorable tradition des princesses de la maison d'Autriche qui avaient présidé avant elle aux destinées des Pays-Bas. Elle montra la même habileté, le même dévouement à son métier de souveraine. Son nom est intimement lié à la rénovation artistique qui se manifeste alors dans les Flandres au commencement du xvii^ siècle. Après les souffrances de la guerre civile on se reprend à la joie de vivre, les âmes oppressées s'épanouissent. G'est alors que parut Rubens.
Les prédécesseurs de Rubens. — A cette f' to, les principaux représentants de l'école sont ïF. Cœberger, Van Noort et Van Veen. Wenceslas Câs^er^er (? 1557-1637), auteur de VEcce