RUBENS. SEJOUR EN ITALIE
homo du musée de Toulouse est plus connu comme économiste, chimiste et surtout ingénieur que comme peintre; il des» sécha le premier les marais des environs de Dunkerque, et mourut de chagrin lorsque la guerre vint, en 1635, détruire ses grands travaux, qui avaient déjà obtenu un succès complet. On sait peu de chose à' Adam Van Noort (1562-1641) : il n'est peut-être pas l'auteur du magnifique Tribut de saint Pierre, à Saint-Jacques d'Anvers, mais paraît avoir été un coloriste remarquable. Otto van Veen était un érudit et un savant qui avait cru devoir latiniser son nom et se faire appeler Otto Venius (1558-1629). Il fut ingénieur des armées royales sous Farnèse en 1585, et garde des monnaies sous l'archiduc Albert. Il avait étudié la peinture en Italie. Il est un « romaniste », mais avec plus d'aisance et de succès que ses prédécesseurs. Il est assez froid, mais il a l'élégance et la correction, comme en témoignent la Vocation de saint Mathieu du musée d'Anvers, et plus encore la Résurrection de Lazare de Saint-Bavon de Gand. Van Noort et Van Veen, si différents l'un de l'autre, furent les maîtres de Rubens.
Rubens. — Pierre-Paul Rubens naquit en 1577 à Siegen (élect. de Cologne) pendant l'exil de sa famille, qui appartenait à la haute bourgeoisie. A la mort de son père, sa mère le ramena en Belgique et le fit entrer comme page dans la maison de Lalaing. Mais sa vocation artistique l'emporta Kn 1598 il partit pour l'Italie, vint à Venise, puis alla à Mantoue, où le duc Vincent I*"" l'attacha à sa personne, tout en lui permettant d'aller faire plusieurs voyages à Venise et à Rome pour étudier et copier les maîtres. A Mantoue il put examiner à loisir les grandes décorations de Jules Romain, qui ont eu certainement une grande influence sur son talent. Au commencement de 1608, il fut chargé parle duc de Mantoue d'une mission diplomatique auprès de Philippe III d'Espagne. Ce peintre, « qui s'amusait à être aussi ambassadeur », profita de son séjour à Madrid pour faire de nouvelles copies de Titien. De retour en Italie, il apprit que sa mère était à l'extrémité; il partit aussitôt
pour la Belgique, mais arriva trop tard (octobre 1608). Il voulait retourner en Italie, mais Isabelle-Glaire-Eugénie l'engagea vivemeiit à rester, et lui donna la charge de chambellan avec une pension considérable. Quelques mois après était signée la trêve qui suspendait pour douze ans toute hostilité dans les Pays-Bas.
Rubens s'établit magnifiquement à Anvers et, le 13 octobre 1609, épousa Isabelle Brandt, qu'il devait perdre en 1626. La facilité et la fécondité de Rubens sur])assent l'imagination, puisqu'on évalue le nombre de ses tableaux à 2,235. Cependant jusque-là Rubens a peu produit. Avec une force de caractère peu commune, il a su contenir son imagination débordante, il a surtout étudié et copié les maîtres, et on ne connaît guère de lui qu'une dizaine de tableaux antérieurs à 1609, entre autres les trois peintures de l'hôpital de Grasse. Mais à partir de cette date, dans toute la force de l'âge (trente-trois ans), il déploie toutes ses facultés et se met à la tête des peintres de son temps par le Saint Ildefonse de Vienne, Y Élévation de la croix et la Descente de croix à N.-D. d'Anvers. Dans ces trois œuvres il a conservé encore la forme consacrée du triptyque. Mais ce n'est là qu'une ressemblance purement extérieure avec les tableaux du temps passé. On n'y retrouve rien de cette peinture soignée, de ces personnages symétriquement accumulés du tableau de Van Eyck. G'est de la peinture décorative, conçue dans l'inspiration la plus large, exécutée avec une puissance, une liberté, un éclat, qui montrent que la révolution poursuivie en Flandre depuis plus d'un siècle est enfin accomplie. Le génie flamand, sans rien perdre de ses forces propres, y a ajouté enfin, dans une harmonie supérieure, tout ce qu'il pouvait emprunter à la Renaissance italienne (1611-1614).
On a pu remarquer aussi que Rubens avait uni dans ses œuvres l'enseignement de ses deux maîtres Van Noort et Van
RU BEN s A ANVERS
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Fîg. 245. — P.-P. Rubens. — Saint Ildefoase. iMusée de Vienne.)
Veen. C'est à cette époque de sa vie que Rubens produit le 4plu8 grand nombre de ses meilleurs tableaux Plus tard, sur-
chargé de commandes, il cédera à sa prodigieuse facilité, împrovisf ra trop et conGera de plus en plus l'exécution de ses compositions à ses élèves. Mais alors que de chefs-d'œuvre! Vers 1612 V Adoration des mages du Louvre, en 1614 le Saint Bavon de Gand. en 1617 V Adoration des mages de Saint-Jean de Malines et le Jugement dernier de Munich, puis les six tableaux sur \ Histoire de Décius (galerie Lichtenstein), qu'on a compares à un drame de Shakespeare; en 1618 la Pêche mi' raculeuse de Malines, en 1619 la Communion de saint François (Anvers), la Bataille des Amazones (Munich), et 39 tableaux pour l'église des jésuites d'Anvers; en 1620, le Coup de lance (Anvers). A partir de cette date ses œuvres sont plus inégales. En 1622 il est chargé par Marie de Médicis d'exécuter pour les deux galeries du Luxembourg deux séries de compositions destinées, l'une à glorifier Marie de Médicis elle-même, l'autre Henri IV. Les 34 tableaux de la première série furent seuls terminés. L'exil de la reine mère arrête l'exécution de la seconde , pour laquelle il n'a fait encore que des esquisses. Qu'importe ! Il doit songer aux sept plafonds de Whitehall promis à Charles I^r, aux diverses suites de cartons pour les fabriques de tapisseries, à la décoration des arcs de triomphe élevés dans les fêtes publiques, etc.
Au milieu de ces prodigieux travaux, Rubens continue à s'occuper d'érudition et d'archéologie, il forme de riches collections d'antiquités, de bijoux et de tableaux* ; il s'intéresse aux inventions scientifiques. Il dirige son atelier de manière à mériter aussi bien l'affection que l'admiration des élèves qui s'y pressent de plus en plus, au point qu'il dit dans une de se& lettres avoir dû en refuser plus de cent. Il entretient une correspondance considérable, qu'on a pu évaluer à huit mille pièces, et compte parmi ses correspondants l'illustre capitaine Spinola et le savant Peiresc, avec lequel pendant dix-sept ans il échange une lettre par semaine. Distingué par ses manières^ et son instruction, gentilhomme accompli, il joue à la cour un
t. A la mort de sa femme Isabelle Brandt, il vendit une partie de ces richesses cent mille florins au duc de Buckingham. Cette somme énorme suffit à montrer l'importance de la collection. La plupart de: camées intailles et médailles qu'il avait réunis sont aujourd'hui au cabinet des médaillei de- ParU.
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rôle considérable; plus d'un grand seigneur s'en irrite, mais il est bien rare que l'on ose en témoigner du mccontcnlcraent. En 1628 Rubens est envoyé à Madrid, puis à Londres, pour négocier la paix entre Charles I^"" et Philippe IV. Il y réussit et, déjà nommé secrétaire du conseil privé par Sa Majesté catholique, il reçoit de Charles I*"" le titre de chevalier. De retour à Anvers, il épouse, à l'âge de cinquante-trois ans, Hélène Fourment, qui en a seize et semble réaliser le type de la beauté féminine tel que le peintre l'a compris. Il en a fait un grand nombre de portraits (tableau inachevé du Louvre) et l'a introduite dans plusieurs de ses compositions. En 1633 il est encore chargé d'une mission auprès des Provinces-Unies. Mais, quelles que soient les distractions qu'on lui impose, Rubens, par la régularité de sa vie, dominée par l'amour du foyer, peut suffire à tous les travaux. Dans les dernières années cependant, fatigué par la goutte, il ne travaille presque plus qu'à des tableaux de petite dimension, dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre, comme la Vierge glorieuse de INIadrid. Il mourut en 1640, trop tôt pour l'art. On l'enterra, comme il l'avait désiré, dans une chapelle de l'église Saint-Jacques d'Anvers, où Ton plaça son tableau de Saint Georges, dans lequel il s'est -^présenté lui-même sous la figure du saint, entouré des principaux membres de sa famille.
Rubens a abordé tous les sujets, et partout a fait preuve de génie. Dans le genre nous citerons la Kermesse et le Tournoi du Louvre, le Jardin d'amour de ^L^d^id ; dans le paysage, deux tableaux du Louvre, V Arc-en-ciel de l'Ermitage, le château de Steen iNat. Gallery) ; dans la peinture d'animaux, la Chasse au sanglier de Dresde; dans le portrait, Rubens, Isabelle Brandi, Hélène Four ment, les Fils de Rubens, la Dame au Chapeau de poil, Portrait équestre de Philippe II.
Ce qui caractérise surtout le génie de Rubens, c'est le mouvement, la force, le sentiment de la vie extérieure poussée jusqu'à l'exubérance, l'expression passionnée, plus énergique que profonde. La couleur est magnifique et éblouissante. Son dessin, qui se joue au milieu des plus grandes difficultés, reste toujours sûr, même dans les excès de sa verve; mais il faut reconnaître qu'il manque trop souvent de grandeur et de caractère. Dans plus d'une œuvre l'exécution est trop Lâche. Peyrk. — Hist. des B.-Arts. 32
Il faut remarquer aussi que ce génie impétueux, mais trop souvent désordonné, devient monotone dans sa diversité même, ot dans sa richesse trop fastueusemcnt, trop uniformément étalée. Enfin on a à reprendre chez lui des vulgarités sans occent et des absences de goût qui sembleraient des gageures, comme par exemple dans le Saturne dévorant ses enfants du musée de Madrid.
Cependant il n'y a pas une de ces critiques qui ne puisse être démentie par telle ou telle œuvre de l'artiste. Car Rubens a pu tout ce qu'il a voulu et a été à l'occasion simple, touchant, élégant. Sans sortir du Louvre, la femme de Loth, dans la Chute de Sodome, les suivantes de la reine des Massagètes dans Thomyris faisant plonger la tête de Cyrus dans un vase de sang, telle figure de Henri IV, d'Elisabeth de France, de la jeune reine dans la galerie de Médicis, ont cette distinction suprême dont Van Dyck, son élève, sera la plus haute expression.
Van Dyck. — Van Dyck, né le 27 mars 1599, avait été l'élève de Van Balen (1575-1632), avant d'entrer à l'atelier de Rubens. Il avait vingt-sept ans, et avait peint déjà plusieurs tableaux, qui comptent parmi ses meilleurs, comme le Christ au jardin des Oliviers du musée de Madrid, et \t Saint Martin de l'église de Saventhen, lorsqu'il partit pour l'Italie. Il y passa trois ans, alla jusqu'à Palerme, séjourna surtout à Venise, à Rome et à Gênes. A Venise il étudia avec passion les grands coloristes, surtout Titien, dont l'imitation poussée parfois jusqu'à la réminiscence se montre dans plusieurs de ses œuvres. A son école il apprend à donner à un portrait le caractère et le haut style d'une œuvre historique ; et l'on voit ce que le g-énie s'adressant au génie a de communicatif dans le portrait du Cardinal Bentivoglio, ainsi que dans les nombreux portraits exécutés pour les grandes familles de Gênes, ville où il séjourna deux ans en trois reprises, toujours surchargé de commandes. Van Dyck est dès lors ud
ANTOI^'E VAN DICK
Fig. 210. — Van Dick. — Le comte d'Arundel.
des plus grands portraitistes qui aient jamais existé ; on serait même tenté de dire le plus grand, lorsqu'on vient de regarder ses œuvres. Car nul n'a plus que lui su allier la distinction au naturel, le caractère réel au type général, l'élégance du dessin à l'harmonie d'une couleur séduisante, délicate et profonde. On trouve même dans plusieurs d'entre eux une poésie mélancolique qui est une note rare dans les œuvres de son temps et de son pays.
Cependant il n'abandonne pas les grands sujets, et il suffit de parcourir le catalogue de ses œuvres pour constater que ses tableaux historiques et religieux suffiraient à assurer la renommée d'un peintre, et d'un grand peintre. Nous signalerons comme intéressantes, pour suivre le développement de son talent : le Saint Sébastien ei le Renaud et Armide du Louvre, œuvres médiocres, œuvres de transition où domine l'influence vcnilienoe, puis La Vierge aux donataires du Louvre, où la manière vénitienne mieux assimilée se montre sous la figure de la Vierge , mais où les donataires sont bien Flamands ; et enfin la Pieta d'Anvers, où, malgré la figure de saint Jean et de l'ange versant des larmes, qui sent trop encore le Titien, on voit que l'artiste a achevé son évolution et est maître de son talent agrandi. A celte époque appartiennent la Danaé de Dresde, le Repos en Egypte de Munich, et Y Erection de La croix de Courtrai, son chef-d'œuvre, où au sentiment tragique de la scène accentué par un admirable ciel d'orage, s'unit, surtout dans la figure du Christ, une pureté de style et de poésie que l'on ne retrouve pas, en général, dans les œuvres flamandes.
Mais Van Dyck ne peut consacrer à ce genre de travaux que la moindre partie de sou temps; les noblesses flamande, hollandaise, espagnole, française, se disputent l'honneur d'être peintes par lui. Cependant il se décide à partir pour l'Angleterre. Déjà il y avait fait deux voyages infructueux en 1623 et 1628; maintenant, sur l'avis de Rubens, le roi Charles I^r luimême l'appelle en lui faisant les plus honorables propositions. Il vient de lerminev le portrait équestre de Moncade (1634), c'est dire qu'il pourra difficilement aller plus loin. Mais où trouver des modèles qui sauraient mieux lui convenir que ceux