INFLUENCE DE VAN DYCK. — GRAVURE
que lui offre l'arislocratie anglaise? On ne sait que choisir au milieu des chefs-d'œuvre qui sortent alors de son pinceau : le Charles I«^ à la chasse, du Louvre ; le Charles I^^ à cheval, de Windsor; les Enfants de Charles I^"", de Turin, de Windsor, de Dresde, de Berlin, du Louvre; le portrait du peintre luiraèœe, réuni dans un même cadre avec son protecteur lord Porter (Madrid) ; le Comte Strafford et son secrétaire, la Duchesse de Richniond, Marguerite Lenox. Van Dyck, comblé <le richesses et d'honneurs, traité partout comme un gentilîîomme, entre dans une famille de la haute noblesse, par son mariage avec une personne accomplie, Marie Ruthven, petitecièce de la duchesse de Montrose. Malheureusement la lutte entre la nation et le roi devient de plus en plus ardente, la guerre civile va éclater. Le temps des beaux portraits est passé. Yan Dyck, qui a dépensé au moins autant qu'il avait gagné, vient en France au début de 1641, espérant qu'on le ■chargera des peintures de la galerie du Louvre. Mais Poussin ■avait déjà été appelé. Il revint en Angleterre, pour y mourir îe 9 décembre de la même année. Il n'avait que quarante et un ans. Sa fécondité, pour une vie plus courte, est non moins prodigieuse que celle de Rubens. Elle nous étonne d'autant plus que rien, ou à peu près rien, dans son œuvre, ne sent l'improvisation et la négligence. Son dernier biographe, M. Guifrey, lui attribue quinze cents peintures.
Van Dyck a laissé dans l'art une trace ineffaçable, ne fûtce que « par cette grâce tendre, à ce goût fier unie », dont parle le poète. C'est à lui que se rattachent les portraitistes allemands et les portraitistes français de la fin du siècle, Lely, Kneller, Rigoud, Largilière, l'émailliste Pef/tot. C'est lui qui inspire encore les peintres anglais qui, à la fin du siècle suivant, dotèrent enfin l'Angleterre d'une école nationale.
Les graveurs de l'école de Rubens. — Van Dyck fut aussi
un fort remarquable graveur à l'eau-forte et même au burin, comme on le voit dans la collection de portraits où il a réuni tQiQ grand nombre de personnages célèbres de son temps, po-
litiques, guerriers, savants, artistes. L'enseignement de son maître Rubens marque d'ailleurs une grande date dans l'histoire de la gravure. Pour reproduire ses magnifiques et luxuriantes compositions, les graveurs durent demander à leur burin des effets encore inconnus. Les deux frères Boece et Schelte Bolswerth, Vorsterman (1580-1640), Pontius, travaillant sous la direction du peintre lui-même, portèrent au plus haut point la gravure coloriste.
Élèves et contemporains de Rubens. Jordaens et Crayer. — Van Dyck avait laissé bien loin derrière lui tous ses condisciples de la brillante et nombreuse école de Rubens, tels que Van Mol (1599-1650) auteur du Z)/agène de Ferrières), qui vécut longtemps en France et contribua à former notre Académie de peinture ; Van Thulden {1606-1676), Diepenheke (1596-1675), Douffet (1594-1660), Corneille Schut (1597-1655), et même Érasme Quellyn (1607-1678), dont le fils Jean Erasme Q. (1634- 1715) a peint la magnifique Piscine de Bethsaïde. Ce tableau, un des plus grands qui existent (10 m. de h.), a été séparé en deux pour pouvoir être placé au musée d'Anvers.
La mort de Van Dyck laissait la première place à un peintre qui avait été honoré de l'amitié et des conseils de Rubens, mais n'avait pas été son élève, Jacob Jordaens (1593-1678). On peut reprocher à Jordaens d'être trop exclusivement Flamand dans son œuvre, d'une couleur magnifique et d'une puissance d'ailleurs peu commune, mais souvent vulgaire jusqu'à la trivialité. Il réussit surtout dans les scènes mythologiques qui n'ont rien de grec {Jupiter et Amalthée du Louvre, le Satyre et le Paysan de Munich), et dans les scènes de genre en grand, dans ces concerts, ces festins, ces fêtes de famille où la joie déborde [Concert, le Roi de la fève, au Louvre). On ne peut oublier non plus ses portraits (la Femme au perroquet, chez le comte Darnley en Angleterre; Portrait de Ruyter, au Louvre) et même ses peintures religieuses, telles que k