JORDAENS. CRAYER. LES SPECIALISTES
Mariage de sainte Catherine^ de Madrid. Il exécuta le sujet principal, Triomphe de Frédéric-Henri de Nassau dans la décoration de la salle Orange, à la Maison du Bois à la Haye, ensemble de peinture vraiment merveilleux où se déploie toute la richesse de l'école de Rubens.
Ses contemporains Sallaerts (? 1585-après 1647) et Crayer (1582-1669) sont plus réservés. Nous avons de Grayer au Louvre Y Extase de saint Augustin, et il exécutait encore à l'âge de quatre-vingt-six ans le grand tableau du musée de Gand, le Martyre de saint Biaise. Sallaerts a peint à l'hôtel de ville d'Anvers la Défaite du duc d'Alençon dans sa folle et odieuse tentative contre la liberté d'Anvers, et Xdi Procession du musée de Turin, composition déplus de sept cents petites figures, groupées sans confusion ni sécheresse. Gitons encore Snellinck (1549-1638), yièr./a/issens (1569-1531) Gér.Zegers (1598- 1656), Th. Rombouts (1597-1637), etc. L'école flamande est alors aussi remarquable par le nombre que par le mérite.
La division du travail dans les arts. La spécialité des peintres. — A mesure que l'art se développe, nous voyons qu'il obéit, comme l'industrie, comme le gouvernement, à la loi de la division du travail. L'école flamande, au commencement du xvii* siècle, a joué un grand rôle dans l'art, en donnant d'une façon fort nette l'exemple de la division des genres de peinture et de la spécialisation des peintres, choses dont nous avons signalé quelques essais en Hollande. Gette habitude a pu avoir des inconvénients; mais n'a-t-elle pas contribué à augmenter le nombre des artistes qui ont réussi dans leurs travaux, chacun ayant pu mieux mesurer ses forces et tirer parti de ses aptitudes particulières? Quoi qu'il en soit, l'exemple sera suivi dans les autres écoles, et l'école flamande continuera pendant longtemps à briller par ses spécialistes.
Portraitistes. Animaliers. Bataillistes, etc. — Plu» sieurs se sont presque exclusivement adonnés au por-
trait, tels que Corneille de Vos (1585-1651) et bon nombre des artistes flamands qui vont s'établir à l'étranger, comme Porbus le Jeune (1569-1622)* en France, Siitter mans (1591-1681) à Florence. D'autres se consacrent aux scènes militaires, tels que Snayers (1592-1667), Van Hoecke (1620-1684), Jacques et Pierre Van Schuppen (1627- 1702 et 1670-1750) et Van der Meulen (1624-après 1693), l'illustrateur officiel des campagnes de Louis XIV. Dans la nature morte et les fleurs nous trouvons Adrien d'U^ ^rec/^f (1599-1652), Daniel Shegers (ib'dO-imi), Van Thielen (1618-1667) et ses trois filles. Dans la peinture d'animaux, Snyders (1579-1647) et Fyt (1609-1661) donnent à leurs scènes de chasse ou simplement à leurs étalages de marché ou d'office une ampleur décorative qui décèle les collaborateurs de Rubens. Ils n'ont jamais été dépassés pour les grandes décorations de salles à manger. Snyders a peint aussi les fleurs et les fruits avec beaucoup de largeur et de vérité.
Le genre. Téniers. — C'est alors que la peinture de genre arrive à son apogée avec David Téniers (1610-1694). Il allait dès son jeune âge vendre au marché, chargés sur un âne, les tableaux dont son père n'avait pu se défaire; plus tard sa vogue devint grande, et, grâce à sa merveilleuse facilité d improvisation et d'exécution, il produisit près de 700 toiles. Gomme Rubens et Van Dyck, il fut mêlé à la plus haute société de son temps, qu'il recevait magnifiquement dans son château de Perk, et compta parmi ses élèves Don Juan d'Autriche, frère de Philippe IV, qui fit lui-même le portrait du fils de l'artiste. On ne peut s'étonner qu'avec de telles relations il sût peindre et rendre avec distinction non seulement la haute bouri»'eoisie, mais même
1. Ce Porbus, qui, par sa précision un peu sèche, semble Bien antérieur ft Rubens, a su parfois joindre à cette précision la grâce et le moelleux (portraits i l'exposition de l'Art de la femme en 1892, tête de jeuae fille, chez M. de Loyea« .joui à Bruxelles). Vay. le Chef'-d' œiare inconnu, par Balzac.
LE GENRE. TENIERS. SES CONTEMPORAINS S7> la noblesse : Vue d'une galerie, les Cinq Sens (àMadrid)j la
Confrérie des arrjueûusiers d'Anvers (musée de l'Ermitage}. On connaît aussi de lui quelques sujets religieux : Couron-
1. Cette figure ainsi que colles portant les n<" 250, 252, 253, sont empruneéesau Musée Réveil, fort heureusement réédité par la maison May etMotteroz.
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nement d'épines. Mais il continua surtout à peindre, comme dans sa jeunesse, les paysanneries, les scènes populaires, dans lesquelles il réunit l'observation pénétrante et la sincérité de Breughel à la libre exécution et à la couleur Jiarmonieuse qu'il tire de l'enseignement de Rubens. Nul n'eut la touche plus spirituelle et plus vive, ne groupa mieux les personnages de ces petites scènes, ne les fit agir avec plus d'aisance, ne les plaça dans des paysages plus heureux. Quoiqu'on puisse trouver chez tels de ses rivaux, Brauwer par exemple, une observation plus profonde, une exécution plus ferme, ses ouvrages n'en brillent pas moins d'une originalité qui fait dire : « C'est un Téniers, » comme on dit : a C'est un Rembrandt, » et son nom a mérité d'être placé, non loin de Rubens et de Van Dyck, à la tête de l'art flamand. Parmi les émules de Téiiers qui traitent ses sujets préférés, D. Ryckaert (1612t661), Vanthilborg (? 1625-? 1718), Craesbeke (? 1606-P1655), qui quitta le métier de boulanger pour celui de peintre, occupent le premier rang. D'autres peintres se consacrent au contraire au beau monde, comme Francken le Jeune (Cabinet d'amateurs . au palais Pitti) (1580-1642), Van Alsloot (1550-1625?) [Mascarade sur la glace, à Munich), Jérôme Janssens (1624-1693) {la Main chaude, au Louvre), Gonzalès Coques (1618-1684) (la Famille Van Eyck, au musée de Pesth), Biset (1633-1682) (la Confrérie de Saint- Sébastien, à Anvers), François Duchdtel (1626-1680) (Inauguration solennelle du roi Charles II d'Espagne, à Gand, tableau contenant un millier de figures).
Le paysage. Paul Brill, Breughel de Velours. Les disciples de Rubens. — Si l'on peut trouver l'origine de la peinture de genre aussi bien dans certains tableaux italiens * que dans les œuvres flamandes, c'est bien aux Flamands qu'il faut laisser l'honneur d'avoir les premier»
1. I es Vénitiens dès le temps de Bell'ni, Caravage et son école (voy. p. 537).