CENTRES ARTISTIQUES. HARLEM. LEYDK
fois avoir cherché la laideur; une absence de goût cho-
quanie se montre dans quelques-unes de ses œuvres; il
n'en est pas moins une des plus hautes expressions de l'art, et il est avec Michel-Ange celui de tous les peintres <jui éveille le mieux l'idée du sublime. Jamais expressions plus profondes, gestes plus éloquents, n'ont transfiguré des personnages parfois vulgaires, mais d'une originalité incomparable. Ce qui donne aux chefs-d'œuvre de Rembrandt une grandeur que n'atteignent par les autres Hollandais, c'est qu'à la différence de la plupart d'entre eux, il dégage le type général dans le modèle qu'il a sous les yeux, c'est qu'il a eu le sentiment du divin : la Résurrection de Lazare , les Pèlerins d' Emmaûs , Jésus guérissant les malades, appartiennent certes à un autre idéal que les grandes œuvres de l'école italienne, mais cet idéal n'est pas moins puissant, et l'impression qu'il produit n'est pas moins pénétrante. Rembrandt a su rapprocher la Divinité de l'homme sans lui rien faire perdre du respect qui lui est dû. « Il a rajeuni les plus vieux sujets par un souffle <le vie qu'il communique à tout ce qu'il touche, et il sait nous présenter, comme on l'a dit, des images à la fois simples et imprévues » [le Sacrifice d'Abraham, l'eau-forte des Pèlerins d' Emmaûs, le Bon Samaritain).
Ce n'est donc pas seulement à la magie de son exécution que Rembrandt doit la place unique qu'il occupe. Cette exécution n'en est pas moins extraordinaire, et jamais peintre n'a su mieux unir la pensée à la forme. « Tour à tour arrêté et flottant, mystérieux et ingénu, il a donné, dit M. Michel, une âme à la lumière, et l'a fait correspondre aux douces émotions de l'âme humaine ; il a su mettre les jialpitations de la vie dans les formes inertes; il a su exprimer sous des traits sensibles ce qui de sa nature est immatériel et insaisissable. « 11 fait comprendre avec des efl'ets lumineux ce que la ligne seule semblait pouvoir donner. Un rayon devient en quelque sorte un être auquel on s'intéresse et qui vous fait des confidences (le Plùlosophe en méditation). Nul n'a possédé au plus haut point la science