REMBRANDT SES TROIS MANIÈRES. SA VIE
obscure; les contrastes lumineux y sont plus accentués; la touche est parfois moins assurée, mais elle est pleine de liberté et d'ampleur. Les Syndics des drapiers (1661) sont le <ligne pendant de la Ronde de nuit. A celte date Rembrandt «Hait déjà dans une situation très précaire. Il était né près de Leyde le 15 juillet 1607. Son père était meunier et avait reçu le surnon de Van Ryn, parce que son moulin était sur les bords du grand fleuve qui va se jeter à la mer non loin de là. Il arriva assez rapidement à la réputation et s'établit en 1630 à Amsterdam, où il épousait en 1634 la fille d'un jurisconsulte, Saskia van Uelenbourg, dont il a souvent reproduit les traits. Rembrandt vivait largement, s'adonnant à son goût pour les antiquités et les objets d'art, mais ne consultant pas toujours ses ressources. Ce qui prépara surtout sa ruine, ce fut l'achat à crédit d'une belle maison qu'il ne songea plus à payer. Arrive alors la terrible guerre où, à la suite de l'Acte de navigation, la marine hollandaise se trouva en face de la marine de Cromwell (1653-1655). Amsterdam surtout en souffrit, €t l'on y compta jusqu'à quinze cents maisons abandonnée». On comprend que, dans ces circonstances, les amateurs d'an, devaient être moins généreux et les créanciers plus exigeants. D'ailleurs Rembrandt, quoique son talentn'eût fait que s'accroître, avait perdu la vogue qu'il avait obtenue tout d'abord*; il ne savait ou ne voulait pas se plier aux commandes qu'il recevait. On vendit ses magnifiques collections par autorité de justice, et la vente fut faite parun huissierde ses amis dont il avait fait le portrait! On a l'inventaire de cette vente; c'est un document des plus précieux pour nous faire connaître les objets d'études et les goûts de Rembrandt. A côté d'œuvres hollandaises et flamandes, on y trouve surtout des gravures italiennes, tout l'œuvre de Manlegna , toutes les gravures faites d'après Michel-Ange, trois gros volumes d'estampes d'après le seul Raphaël, et, chose imprévue, le peintre de l'École d'Athènes est même celui de tous les artistes qui est le plus largement représenté dans l'inventaire artistique du peintre de
1. M. Jrichel explique ingcnîensement comment hi Honde de nuit, son chefd'œuvre, contribua justemont à lui l'aire perdre la f;iveur du public, ou &u moins de la partie du public qui faisait des commandes aux peintres.
la Bonde de nuit. Mais le moment était peu favorable pour que cette vente fût fructueuse. Rembrandt dut se retirer dans un des plus pauvres quartiers d'Amsterdam, le Roosgracht, et, quoiqu'il ait travaillé jusqu'à la fin de sa vie, il mourut insolvable, ne laissant pas de quoi se faire enterrer (1669) : les quinze florins que coûta la cérémonie furent payés par la charité publique.
/ Élèves de Rembrandt. Les peintres d'histoire. — N. Maes, Gérard Dov. — Rembrandt avait eu beaucoup
• d'élèves; mais tous ne furent pas ses imitateurs. Ceux- :i forment un groupe distinct du reste de l'école*. Sans
Jiédaigner les scènes familières, ils aiment aussi celles où l'imagination a plus de part, et ils s'inspirent souvent de l'histoire sacrée ou profane. Ils la traitent volontiers de grandeur naturelle; ils ont même exécuté de vastes peintures décoratives à l'hôtel de ville d'Amsterdam, à l'hôtel de ville de Leyde et ailleurs. A plus forte raison ont-ils fait des portraits en vraie dimension. Tels sont ^o/ (1610- 1681), Flinck (1616-1666), Fabrltius (1624-1654), Van Eeck- /?o/^; (1621-1674), Hoogstraten, /^/cfoor(1620-1673), Ovens^. Santvoort a peint en 1633 un Jésus- Christ à Emmaûs, qui soutient au Louvre sans trop de désavantage le dangereux voisinage de celui de Rembrandt, peint quinze ans plus tard. Aucun de ces noms ne s'est placé au premier rang. Nicolas Maes (1632-1693) est plus célèbre. Dans ses colorations souvent rougeâtres, et par conséquent fort différentes de celles de Rembrandt, c'est lui qui conserve le mieux peutêtre le large sentiment de la lumière qui distingue le maître; mais il est surtout un peintre de genre : le Bénédicité
1. L'enseignement de Rembrandt était assez singulier. Les élèves ne travaillaient pas en commun. Chacun avait sa cellule particulière.
2. Bol, Réunion de reg-cn/i (Leprozenhuis d'Amsterdam); Portrait, du Louvre; Allégories, à Leyde. — Flinck, Bénédiction dlsaac, à Amsterdam. — Fabritius, Décollation de saint Jean, à Amsterdam. — Fictoor, Isaac et Jacob, au Louvre. — Eeckhout, l'Adoration des Mages, à la Haye; Anne consacrant ion fils au Seigneur, au Louvre. — Ovens, Claudius Civilis, à Amsterdam.