DESCARTES. — LA RAISON. — LA SOCIETE G
gurtout dans la seconde moitié du siècle, une impulsion particulière de Fesprit de société naturel de tout temps aux Français, mais qui s'est développé dans l'aisance et la sécurité générales. Les plaisirs que cet es[)rit procure sont appréciés entre tous. Le grave Bossuet lui-même, et cela dans une oraison funèbre, signale comme la plus dure punition « des grands dont la bonté n'est pas le partage, de demeurer éternellement privés du plus grand bien de la vie humaine, c'est-à-dire des douceurs de la société ».
Cette sociabilité exige de la part des écrivains et des artistes la clarté, qui a toujours été d'ailleurs une qualité française. Ayez des idées profondes, des vues de génie (et qui est-ce qui en a plus que Descartes ou Pascal?), mais soyez-en assez maîtres pour les faire comprendre. C'est pour les autres et non pour soi qu'on les exprime. Or le beau monde dans ses relations, comme la nation dans son organisation politique, aime de plus en plus la règle ou s'y soumet sans efTort. La règle appuyée sur la raison devra être partout observée. Cette règle dans les relations mondaines est formée des convenances et de ce qu'on appellera le bon usage et le bel usage. En somme, un groupe restreint donnera le ton. a Le mauvais usage, dit Vaugelas, se forme du plus grand nombre de personnes, et le bon est composé, non pas de la pluralité , mais de l'élite des voix. » Voltaire dira à son tour : « C'est pour cette fleur du genre humain qu'on appelle la bonne compagnie, que les grands hommes ont travaillé. » Cela est vrai surtout du xvii® et du xviii® siècle.
Cette bonne compagnie est profondément religieuse. La réforme du concile de Trente, dans ce qu'elle avait de meilleur, devait surtout produire ses fruits en France, quoique le Parlement s'obstine à ne pas laisser enregistrer ses décrets. Quant « au petit troupeau » des réformés calvinistes, il profite, ainsi que les sectateurs du jan-
sénisme (qu'on a pu appeler le calvinisme intérieur), de tous les avantages qu'ont les religions des minorités lorsqu'elles s'appuient sur une véritable force morale.
En outre, l'éducation s'est de plus en plus imprégnée de l'antiquité; tous les dieux et demi-dieux de la Fable, tous les héros de la Grèce et de Rome, sont familiersau public; de saints et savants prélats, passionnés pour Homère et pour Cicéron, ne voient dans nos merveilleux monuments chrétiens du moyen âge que des œuvre& barbares. Non seulement on s'intéresse aux sujets empruntés directement à la Fable ou à l'histoire des Grecs et des Romains, mais on aime l'allégorie, on aime son application aux événements du jour, et l'on ne s'étonnera pas de voir Louis XIV sous les traits de Jupiter ou d'Hercule, car le roi est devenu une sorte de dieu terrestre. Tout a les yeux tournés vers la cour : les plus grands seigneurs préféreront un galetas à Versailles aux vastes et beaux châteaux que leur ont légués leurs ancêtres. « Un monarque objet de l'enthousiasme national, animant et encourageant le génie, semble justifier le culte de la royauté. » L'art sera donc d'inspiration monarchique, comme il est d'inspiration à la fois antique et chrétienne.
En résumé, le xvii® siècle sera le triomphe de l'esprit classique dans les deux sens du mot : et parce qu'il s'a~ dresse surtout à une élite, aux personnages de la première classe [classicus auctor^), et parce qu'il tend à produiredes œuvres belles et réglées qui peuvent servir de modèles. Aussi jamais temps ne fut plus favorable aux institutions académiques : Académie de peinture et de sculpture (20 janvier 1648), Académie d'architecture (1671), Académie de France à Rome (1665), Académie royale de musique (1668), dont LuUi obtient le privilège après l'abbé Perrin (1672).
1. C'est le sens que les anciens donnaient à ce mot. Voyez Âulu-Gelle^ Vttits attiques, liv. XYIII, chap. viii, à la fln.