SEJOUR A ROME
raconté, comme nous l'apprend Félibien, « qu'ayant peint dans ces commencements-là un Prophète, il ne put en obtenir que huit francs, et qu'un jeune peintre de sa compagnie, l'ayant copié, eut quatre écus de sa copie ». Ce n'est pas que Poussin manqurtt de facilité et que son génie fût pénible. Marini appré-
Fig. 2:i3. — Poussin. — Les bergers d'Arca^ic (Louvrei.
ciait même surtout en lui « une fièvre du diable », et pour la rapidité d'exécution il aurait pu lutter presque avec Giordano. A Lyon il avait peint en un jour, dit-on, une figure de prophète. A Paris, en 1622, il avait peint en six jours six tableaux à la détrempe, pour les fêtes que célébrèrent les jésuites à l'occasion de la canonisation d'Ignace de Loyola et de François Xavier. Cette facilité se retrouve chez presque tous les artis-
tes de ce temps • . Mais ça été un honneur pour eux d'avoir en le courage de n'y faire que rarement appel, par amour de la vraie gloire et par sentiment de la dignité de l'art. Cependant la mauvaise fortune semblait s'attacher à notre compatriote. Attaqué par des soldats près de Monte-Cavallo, il reçut entre le pouce et l'index de la main droite un coup de sabre qui lui tit craindre de ne plus pouvoir exercer son art. Puis il tomba malade. Dénué de ressources, il fut recueilli chez un Français, Jacques Dughet, qui l'entoura des soins les plus généreux, et dont il épousa bientôt la fille (1629j.
Il s'établit alors sur le monte Pincio, près de Salvator Rosa et de Claude Lorrain. Sa situation ne tarda pas à changer. Les Italiens avaient trop l'habitude et le goût des arts pour ne pas être enfin frappés des œuvres qu'il présentait successivement à leur jugement, et qui attestaient sans cesse un progrès nouveau. Il avait trouvé un protecteur plein d'admiration dans le commandeur del Pozzo. La suite des Sept Sacrements, qu'il exécuta pour lui, la. Peste des Philistins (1630), l'Enlèvement des Sabines et, dans un genre tout différent, le Triomphe de Flore, le firent regarder comme le premier peintre de Rome. Les Romains eux-mêmes le comparèrent à Raphaël.
Poussin en France. — Richelieu et Louis XIII, avec leur sentiment profond de tout ce qui touchait à la gloire de la France, ne pouvaient manquer de chercher à ramener Poussin dans son pays. Mais le peintre avait peine à quitter ses habitudes de travail. La négociation dura près de deux ans. Louis XIII en personne lui avait cependant écrit dès le 15 janvier 1639. Il fallut que son ami Chantelou allât le chercher, et il n'arriva à Paris qu'à la fin de 1640. Il fut accueilli avec les plus grands honneurs par le roi et son ministre. « Voilà Vouet bien attrapé, » avait dit le roi en se tournant vers les courtisans, lorsque
1. Mignard, dit-on, fit en trois heures le portrait de Louis XIV âgé de vingt-trois ans, que Mazarin envoya à l'infante d'Espagne. —Lebrun peignit •eus les yeux de Louis XIV la tête de Parysatis dans 'a Famille de Darius.