‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 318 sur 424 · FOUQUET. CHATEAU DE VAUX. — VERSAILLES · texte numérisé non relu

FOUQUET. CHATEAU DE VAUX. — VERSAILLES

son œuvre la plus parfaite, sinon la plus brillante, le Salon des Muses, où son dessin est pins ferme et moins rond, sa couleur plus harmonieuse, plus facile et plus claire que dans des œuvres plus célèbres. On ne peut guère lui comparer, parmi ses autres peintures, que la Galerie d'Hercule à l'hôtel Lambert, commencée en 1649, et qui est une des plus belles décorations de l'Europe. En s'occupant du château de Vaux, Lebrun a l'occasion de mesurer ses forces et de déployer sa rare souplesse d'esprit jointe à une rare variété de savoir. Il rappelait en cela les maîtres de la Renaissance. « Les intervalles de temps dont il disposait, dit Guillet de Saint-Georges, il les employait à se former dans tous les talents qui dépendent de l'art du dessin et s'étendent sur l'architecture, l'orfèvrerie, la menuiserie, et généralement sur tout ce qui regarde les accompagnements de beaux édifices. » Mazarin s'étonnait d'avoir trouvé en France un homme aussi universel que Lebrun, et Mlle de Scudéry, qui l'introduit dans le Grand Cyrus sou« le pseudonyme transparent de Méléandre, disait de lui : « Il est né avec un grand esprit, une belle imagination et un grand jugement. Ses idées sont nobles et naturelles. » Il était en tout point capable d'exécuter « les grandes intentions » du roi, et « d'inventer heureusement tout ce qui pouvait le satisfaire ». Son activité et sa puissance de travail vraiment prodigieuse l'ont fait justement comparer à Louvois et à Colbert.

Versailles. Le château; la décoration, le parc. Lebrun, Mansard. Lenôtre. Le jardin classique. C'était l'homme qu'il fallait pour Versailles. — Versailles, qui était un rendez-vous de chasse, avait déjà reçu de grands développements sous Louis XIII, et l'on peut encore voir, englobé dans les constructions nouvelles, l'édifice de brique qui les avait précédées. Avec Louis XIV les travaux prirent une grande activité, surtout lorsque la direction en fut donnée à Jules Hardouin- Mansard (1646-1708j, et ce palais devint comme une ville, ville de gouvernement, ville de fêtes et d'apparat.

La cour d'honneui avec la place d'armes et ses trois graa-

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des avenues, séparant des bâtiments qui, plus simples que le château, n'en ont pas moins de valeur architecturale, présente déjà un ensemble plein de grandeur. Mais c'est plutôt du côté du jardin que le château a sa véritable façade, avec son corps de logis central, demeure du maître, qui s'avance porté sur une terrasse bordée de degrés de marbre. Si la façade sur la cour est confuse, la façade sur le jardin mérite peut-être le reproche de froideur et de monotonie ^. On n'y retrouve rien de Chambord et de l'esprit de la Renaissance. Cependant Versailles n'en est pas moins une œuvre grandiose, qui contient des parties admirables : l'orangerie avec les escaliers imités de Persépolis ; la chapelle, véritable chef-d'œuvre, maladroitement critiqué par Saint-Simon, le modèle de l'architecture religieuse au xvii^ siècle, et où Mansard semble s'être inspiré de nos églises gothiques en y appliquant les formes nouvelles de l'art^; l'escalier des Ambassadeurs, aujourd'hui détruit, qui devait être merveilleux avec ses jets d'eaux se mêlant aux marbres rares et aux bronzes ; — enfin la galerie des Glaces, où Lebrun put, dans le plafond, déployer toute la richesse de son imagination et toute la sagesse de son sentiment décoratif. — Ce peintre si envahissant a su toujours, en effet, imposer à la peinture tous les sacrifices que sa destination architecturale exigeait, et subordonner les diverses parties de son œuvre à l'effet d'ensemble. « Tout se tient et se lie à l'architecture. Peintures, sculptures, marbres, reliefs, arabesques, s'unissent, se font mutuellement valoir, et forment un tout dont les détails et les lignes s'équilibrent, se coordonnent, charment l'œil sans le retenir sur telle et telle partie, de sorte qu'il n'est jamais détourné de l'efTet général que l'artiste a voulu et cherché 3. » Les mêmes qualités dominent dans le Martyre de s a mt Etienne, V Élévation de la croix, la Vierge au silence, dans les Batailles d'Alexandre, véritable épopée dont la belle ordonnance n'exclut pas le mouvement.

1. Saint-Simon, qui n'aimait pas Versailles, a dit : « Du côté du jardin, les aile» ne tiennent à rien, et du côté de la cour l'étranglé suffoque. » Il y a du vrai dans ces deux critiques.

2. a Pas de coupole », avait dit le roi à Mansard en lui commandant la chapell* de Versailles.

3. Genevay, le style Louis XIV; Lebrun décorateur, H. Jouin, Lebrun.

MANSARD. - LEKOTRE. - JARDI>: FRANÇAIS 635 Ce sonri de i « HV t général et de la l.ello ordonnance,

Fie 256. - Ch. Lebrun.- Fragment qu plafond de la grande galerie des Glaces à Versailles.

rHir subordination des parties qw apparaît partout dans ia ù:.:oralion du pakiis de Versailles, est aussi le carac-

tère dominant du parc et des jardins. C'est le triomphe du « jardin classique », du «jardin à la française », qui s'identifie avec le nom de Lenôtre (1613-1700).

Ce système régulier s'était déjà montré avec un grand goût dans les jardins italiens, à partir de la fin de la Renaissance, à Boboli de Florence, aux villas Borghèse (Rome), Aldohrandini (Frascati), d'Esté (Tivoli), en France à Rueil, à Fontainebleau, a Saint- Germain. Mais Lenôtre, résumant et coordonnant ce qui avait été fait avant lui, constitua le type qui devait dominer pendant près d un siècle. Le jardin de Lenôtre peut nous paraître avec raison trop artificiel : non seulement il complète la nature, mais il lutte contre elle. Cependant il s'accorde admirablement avec le palais qu'il accompagne. Pour le comprendre il faut le considérer comme une œuvre à moitié architecturale qui, au moyen d'éléments et de matériaux d'un nouveau genre, terrasses, arbres, massifs, bassins, sert de transition entre le palais lui-même et la simple nature. Justement Lenôtre a su, dans ses plus belles œuvres, admirablement ménager cette transition. Il avait montré ce genrede talent au jardin de Vaux, qui est le type non le plus riche, mais un des plus nets de son école ; il'l'appliqua aussi à Versailles, où il succéda à Boisseau, artiste de grand talent, trop^ oublié aujourd'hui; il s'en servit à Saint- Cloud, à Marly, à Chantilly, le Versailles des Condés. Son système gagna bientôt l'étranger. Il fut chargé de tracer le parc de Saint- James pour le roi d'Angleterre et d'achever la villa Pamfili, une des plus belles résidences de Rome. Dans toutes ses conceptions il fait jouer un grand rôle aux pièces d'eau, dont plusieurs deviennent de véritables monuments, où l'imagination, la fantaisie même, reprennent tous leurs droits. Il n'y en a pas à Versailles deux qui se ressemblent, depuis les rocailles et la colonnade jusqu'à la pièce de Latone et aux bains d'Apollon. Si on les oubliait, on aurait une idée "ocomplète et fausse de l'architecture française à cette date et de ce qu'elle pouvait avoir de variété. Versailles et son parc restèrent le modèle que tous les princes imitent ou même copient, à Charlottenburg, à Potsdam, à Péterhof, à Carlsruhe, à Wilhelmshœhe,.

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