‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 319 sur 424 · LE LOUVRE. — LES FRERES PERRAULT G · texte numérisé non relu

LE LOUVRE. — LES FRERES PERRAULT G

à Caserte, à Saint- Ildefonse , à la Mafra , des bords de la Neva jusqu'aux bouches du Tage, et de nos jours à Chiemsee, une des résideuces favorites du roi Louis de Bavière *. Même daus ce Céleste Empire qui semblait si peu accessible à la civilisation européenne, les jésuites faisaient établir pour le Fils du Ciel des édifiées dans le goût du grand roi.

Le Louvre. Le Bernin en France. Charles et Claude Perrault. La colonnade. — Les dépenses énormes que Versailles exigeait lirent abandonner le Louvre, véritable monument national que Colbert préférait aux constructions nouvelles. Il essayait de détourner de ce côté l'attention et la libéralité royale, par un mémoire qui nous a été conservé. 11 semblait prévoir que ce Versailles, qui manifestait avec tant d'éclat la gloire et la puissance de la France et de son roi, allait être une des causes qui prépareraient leur divorce. Il pouvait rappeler à Louis XIV qu'au début de son règne le Louvre avait vivement attiré sa sollicitude. Pour lui donner une façade occidentale digne du reste, Louis XIV n'avait pas hésité à faire venir de l'Italie, en le comblant de faveurs, l'architecte qui passait pour le premier de l'Europe, le cavalier Bernini. Mais le Bernin jugea lui-même que son séjour en France était inutile, et laissa le champ libre à Claude Perrault (1613- 1688). Cl. Perrault avait quitté, fort heureusement, quoi qu'en ait dit Boileau, la médecine |)0ur l'architecture. Aidé de son frère, Charles Perrault (1628-1703), une des imaginations les plus vives, un des esprits les plus ouverts et les plus cultivés du temps, critique, poète, conteur, avocat , qui venait d'être nommé par Colbert premier commis de la surintendance des bâtiments, il conçut et exécuta cette colonnade du Louvre qui, dépassant tout ^e qui avait été fait en Italie, donna le dernier mot de l'ar-

1. Souvent même les étrangers s'adressent à des architectes français : le chàieau it Richmond est l'oeuvre de Lilieral Bruant; Salnmon de Caiis dessine les Jardins d'Heidelberg (1613) et publie VUorius Falacinus (1620), etc.

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chitecture classique, de l'architecture des ordres dans les temps modernes.

Autres monuments : les Invalides, etc. — Cependant, de tous les monuments du siècle de Louis XIV, celui qui a peut-être l'aspect le plus noble et le plus imposant dans sa simplicité est l'hôtel des Invalides. Le plan général est l'œuvre de Libéral Bruant, mort en 1697. Le dôme dont Mansard a couronné l'église est, dans l'ensemble des formes comme dans le détail de l'ornementation, un des plus beaux qui existent. Malgré ses dimensions, il frappe tout d'abord par son caractère de légèreté et d'élégance. D'autres édifices du temps de Louis XIII et de Louis XIV doivent au moins être rappelés. On ne peut oublier les grands travaux de Fontainebleau (l'escalier en fer à cheval par Lemercier) et de Saint-Germain ; Marly, un Versailles moins solennel, élevé également par Jules Mansard; la cascade de Saint-Cloud, par Antoine Lepautre; Y Observatoire, par Claude Perrault; Y église des Jésuites, aujourd'hui Saint-Paul, par les RR. PP. Martel- Ange et François Derand; le château de Maison, le Val-de-Grdce, œuvres de François Mansard (1598-1660), l'oncle de l'architecte de Versailles ; V hôtel de ville de Lyon par Maupin; le collège des Quatre-Nations (palais de l'Institut), le châ^ teau de Vaux-le-Vicomte, par Levau; le pavillon de l'Horloge, au Louvre, la Sorbonne, le palais Cardinal et Véglise Saint-Roch, par Lemercier (1585-1654) ; la porte Saint-Denis, par François Blondel (1618-1686), qui était en même temps humaniste, conseiller d'Etat, membre de l'Académie des sciences, ingénieur militaire, lieutenant général des armées du roi , et dont les deux derniers titres nous amènent à rappeler aussi Vauban (1633-1707),

1. Mansard donna à Louis XIV l'idée d'ouvrir la galerie du Louvre aux membres de l'Académie de peinture et de sculpture, pour y exposer leurs œuvres (1699). Il y avait déjà eu une exposition de ce genre en 1673. Mais les expositions ne devinrent régulières qu'a partir de 173»

ARCHITECTES : BRUANT. - MÎGNARD 639

qui, faisant tendre tous ses efforts sur un but utile, ne se refuse pas à donner aux portes de plusieurs de ses forteresses un cachet monumental ^. Lemuet (1591-1669) avait fortifié des places de Picardie, avant détre chargé par Anne d'Autriche d'élever la belle coupole du Val-de-Grâce. Mignard. La « Gloire » du Val-de-Grâce. — Cette coupole contient la peinture décorative la plus considérable du temps, on Pierre Mignard (1610-1635) , comme le dit Molière dans le poème qu'il a fait en son honneur, a osé affronter, chose rare alors en France, « la promptitude et les brusques fiertés de la fresque ». Elle représente « une Gloire * », c'est-à-dire les cieux ouverts, et l'on y voit saint Louis, Charlemagne, Anne d'Autriche. On ne s'explique pas que cette œuvre, contenant plus de deux cents (igures, au moins trois fois grandes comme nature, supérieure à tout ce que l'on faisait alors en Italie, et qui reste une des plus belles pages de l'école française, soit si oubliée.

Ou doit d'autant plus le regretter, que la plupart des grandes œuvres de Mignard ont disparu : celles de Versailles, par la démolition en 1728 et 1736; celles de Saint-Eustache, lorsqu'on abattit une partie de l'édifice pour y ajouter son lourd portail; celles de Saint-Cloud et des Tuileries, dans le désastre de 1871. Il ne reste rien non plus des peinture? qu'il avait faites dans les hôtels particuliers , par exemple chez Hervart, l'ami de La Fontaine. Mignard ne voulut pas faire partie de l'Académie royale, pour ne pas se trouver sous la suprématie de Lebrun, et accepta en 1664 la présidence de l'Académie de Saint-Luc, qui représentait les revendications de la maîtrise. A la mort de Lebrun, dont il était l'aîné, il fut nommé premier peintre du roi. Le choix s'imposait; il était regardé comme le plus grand peintre qu'eût alors la France. La Bruyère,

1 . Par exemple la porte de France àBelfort, qu'on vient de démolir (dessin dp M. Paul Normand au Salon de 1893).

•' De là le titre de Gloire du Val-de-Grâce que Molière a donné à son p». Mi,j. Pierre Mign;ird était né à Troyes, mais il passa vingt-deux ans des* vie a Rome, qu'il ne quitta qu'en 1657.

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dans ses Caractères publiés en 1688, par conséquent avanC Ta mort de Lebrun, disait : « Corneille est Corneille. Mignard est Mignard. » Mignard avait quatre-vingts ans lorsqu'il succéda à Lebrun, mais son activité semblait à peine atteinte. A l'âge de soixante-treize ans il avait composé le Portement de croix^ qui passait pour le plus beau tableau de son temps. A quatrevingt-cinq ans il faisait les dessins des peintures qu'il comptait exécuter au dôme des Invalides, travail que la mort l'empêcha d'entreprendre et qui fut donné à Lafosse. Il travaillait encore au moment de sa mort et signait son Saint Luc peignant la Vierge : P. Mignard pinxit 1695. ^tatis 83.

Mignard, outre ses peintures monumentales et ses tableaux de sainteté (la Vierge à la Grappe)., a fait un nombre considérable de portraits ; c'est même ce qui fit d'abord sa réputation. Le Dauphin et sa famille, M^^ de Maintenon , au Louvre, la marquise de Feuquières , fille du peintre, montrent ce qu'il savait y mettre de noblesse et d'harmonie. Les portraits qu'il a faits de son ami Molière, surtout celui qui est aujourd'hui à Chantilly, montrent plus de simplicité et plus de force.

Les portraitistes : Largilière, Rigaud, Petitot. — Largilière (1656-1740] et Rigaud (1659-1743), qui se sont à peu près exclusivement consacrés au portrait, sont de véritables maîtres qui se rapprochent de Van Dyck. Le Louis XIV et le Philippe F de Rigaud, le Lebrun de Largilière, sont classiques. Ces deux grands portraitistes tombent souvent dans le faste; mais, sous tous les apprêts de la liiode, sous ces monumentales perruques qui semblent donner à tous ses personnages un air d'uniformité, ils savent nous faire comprendre le caractère et l'âme de leur modèle, surtout dans celles de leurs œuvres qui ont été moins soumises à l'étiquette, telles que les portraits de Bossue t, du sculpteur Desjardins, de Marie Serre, mère du peintre, par Rigaud, et la toile où Largilière s'est représenté avec sa femme et sa fille.

RIGAUD. — LARGILIÈRE. — JOUVENET. 641

Parmi les autres peintres de portraits de la seconde moitié du siècle, on ne peut oublier Claude Lefèvre (1633- 1673), qui travailla beaucoup en Angleterre, où il eut le plus grand succès; Elisabeth Chéron ^1648-1711), peintre, musicienne et poète, membre de l'Académie de peinture; Xtcola-< .V%/iar^/ (1605-1668), dit Mignard d'Avignon pour le distinguer de son frère Pierre, « Mignard le Romain ». le critique Roger de Pi/es (1635-1709) [M^ Dacier, Boileau) enfin, parmi les pastellistes, Vivien (1657-1734); parmi les miniaturistes, Samuel Bernard (1615-1687), père du célèbre financier, et surtout Petitot (1607-1693). Les émaux de Petitot sont restés les chefs-d'œuvre du genre; ils ont, dans leurs petites dimensions, une véritable puissance et un éclat de coloris qui peut les faire comparer à Van Dyck. Petitot, qui vécut longtemps en Angleterre, l'avait d'ailleurs connu et étudié. Il osa se mesurer avec lui en copiant (1642) son portrait de la belle comtesse de Southampton, Rachel de Ruvigny, dans un des plus grands émaux de ce genre qui existent (9 pouces 3/4 sur 5 pouces 3/7, soit 0°^, 26 sur 0°»,16, coll. du duc de Devonshire). Successeurs de Lebrun : Jouvenet, Santerre. — /oai-e/ief (1644-1717) a fait aussi quelques portraits; mais il est, parmi les successeurs de Mignard et de Lebrun, celui qui a peint les tableaux d'histoire les plus remarquables, tels que \di Résurrection de Lazare, V Extrême-Onction, le plafond du palais de justice de Rennes ; il l'emporte sur eux par la couleur et la verve, et nous doutons qu'ils aient rien exécuté d'aussi complet que la Descente de croix du salon Carré, composition touchante et d'un aspect puissant. Devenu paralytique sur ses vieux jours, il chercha et réussit à peindre de la main gauche. De Lafosse (1636-1716j, Bon Boulogne (1040-1670) et son frère Louis Boulogne (1654-1733) se rapprochent de Jouvenet, -dans leurs peintures des Invalides. Verdier (1651-1730), -dessinateur frès fécond, fut un des meilleurs élèves et des

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principaux collaborateurs de Lebrun. Leur contemporain Santerre (1650-1717] occupe une place à part par les soins extrêmes qu'il met à ses tableaux, composés souvent d'une seule figure principale; parle souci du morceau, le moelleux de l'exécution et par la pureté des lignes. Sa Sainte Thérèse de Versailles a été trop vantée, mais sa Suzanne du Louvre est peut-être la figure académique la plus heureusement peinte de la seconde partie du xvii« siècle^

Genres divers. Van der Meulen. Desportes. Monnoyer -Les autres genres de peinture nous présentent aussi plus d un nom remarquable. J.-B. Monnoyer (1634-1693) dit Baptiste, et son élève Blain de Fontenay (1653-1715) sont restés les maîtres dans la peinture de fleurs et de fruits, conçue dans un sentiment décoratif. Jacques Courtois.àn le Bourguignon (1621-1676), dans ses combats de cavalerie est un Salvator Rosa affaibli ^ mais encore plein de verve; Joseph Parrocel (1648-1704), également peintre de batailles, a plus de valeur historique; Van der Meulen (1634-1690) et son élève J.-B. Martin (1659- 1735) 2 ont porté à sa perfection la peinture stratégique. Leurs œuvres sont comme le bulletin, illustré des victoires de Louis le Grand, et ce bulletin malgré son exactitude officielle, n'a rien de sec; car ces toiles témoignent d un sentiment remarquable du paysage. Dans les tableaux de chasse. Desportes (1661-1743), soit qu'il re^ présente la poursuite ou la défense de la bête, soit qu'il nous étale des trophées cynégétiques, rivalise avec Snyders ou avec Weenix. Il a fait aussi des portraits excel^ lents, par exemple son propre portrait, au Louvre.

La peinture à la fin du siècle de Louis XIV Commencement d'un art nouveau. Les déclamateurs et les

1. Ses tableaux de genre {les Curieuses, le Ramoneur) annoncent Greuze 2 Jacques Courtois eut, comme Salvator Rosa, une vie accidentée. Il'finit par se fa.re jesu.te a Rome. De là le nom de U padre Jacopo Cortesi ^

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