WATTEAU. — SCULPTURE : PUGET
peintres de fêtes galantes : Watteau et Giliot. — A la
fin du siècle, l'art se modifie comme la littérature et les mœurs. L'art obéit à une double tendance, qui se continuera dans la période suivante. D'une part nous avons les déclamateurs de l'école de Lebrun et de Jouvenet qui calomnient souvent leur modèle, tels que les Coypel; d'autre part les peintres de petits sujets galants, qui sont alors une nouveauté, tels que Giliot (1673-1717) et son élève Antoine Watteau (1684-1721). On y reviendra dans la période suivante. Mais Watteau ne survécut que de six ans, Giliot que de deux ans à Louis XIV. C'est donc pendant le règne du grand roi que s'est constituée cette peinture nouvelle. 11 ne faut pas l'oublier.
Sculpture. — La sculpture s'associe sans doute aux fluctuations du goût, mais, par la nature même de ses travaux , elle en est plus indépendante que la peinture , et lorsque, comme en France, elle a dans son passé une longue et forte tradition et qu'elle est pratiquée par des liomme& de talent, elle sait ne prendre dans la mode que ce qui peut s'accorder avec son véritable caractère. Les sculpteurs ont assez de supériorité pour garder leur personnalité, même en face de Lebrun. La sculpture eut de la simplicité au temps de Lebrun, comme elle devait avoir de la noblesse au temps de Boucher. Les peintres français du xvii® siècle ont des rivaux et même des supérieurs en Hollande et en Espagne; la sculpture française est incomparablement au premier rang.
Puget. — C'est d'abord Pierre Puget (1622-1697), qui fut aussi peintre et architecte. Il a pu dire que « le marbre tremblait devant lui,pour si grosse que fût la pièce ». Nul, après Michel-Ange, n'a eu un ciseau plus puissant [Hercule gaulois); nul n'a mieux su donner au marbre une forme expressive et lui communiquer la douleur [Milon de Cro-^ tone, les Cariatides de Toulon) ; nul ne dispose un grouped'une façon à la fois plus touchante et plus monumen—
S44 LE XVIIe SIÈCLE EN FRANCE
îale, comme le jjrouve Persée et Andromède, où la figure d'Andromède montre aussi que Puget savait atteindre à la grâce sans rien perdre de sa grandeur ^ Mais Puget avait un génie trop tourmenté pour qu'il pût faire école. La cour ne lui convenait pas plus qu'à Poussin. Il passa une grande partie de sa vie soit en Italie, principalement à Gênes, soit à Marseille et à Toulon, où il sculpta ou donna des modèles de ces magnifiques décorations qui font des grands navires de cette époque, tels que le Soleil royal, dont la réduction est au Louvre, les plus beaux types que la marine ait connus.
Girardon. — L'artiste qui caractérise le mieux la sculpture du XVII* siècle est Girardon, l'auteur des bains d'Apollon à Versailles, et du tombeau de Richelieu à la Sorbonne. La conception de l'ensemble, la science de la composition, la pureté des lignes, jointes à la plénitude des formes, le caractère des physionomies, la souplesse et la fermeté de l'exécution, tout se trouve réuni pour faire de ce monument un des chefs-d'œuvre de la sculpture. Le talent avec lequel la figure du cardinal a été rendue se retrouve dans les bustes que Girardon a faits des principaux personnages contemporains. Le portrait en sculpture continue à être traité par les sculpteurs français avec une supériorité sans rivale^. Né à Troyes comme Mignard en 1628, Girardon devait mourir à Paris le 1*' septembre 1715, le même jour que Louis XIV mourut à Versailles. Les qualités de Girardon se montrent à des degrés divers dans les sculptures remarquables de ce temps.
1. h' Hercule terrassant l'hydre, groupe de Puget que l'on croyait perdu, a été récemment découvert au château de Vaudreuil et placé au musée de Rouen. Ce serait une des œuvres les plus grandioses et les plus vivantes de l'artiste. (Gazette des beaux-ans, 2^ période; tome XXXVII, p. 224.)
2. Girardon avait fait aussi la statue équestre en bronze de Louis XIV de la place Vendôme, détruite à la Révolulion. Elle avait vingt-huit pieds de haut; elle fut fondue d'un seul jet par Jeau-Baliliazar Keller (IG37-1702), « commissaire général de la fonte de l'artillerie du roi », aidé de son frère Jean-Jacques. C'était là une opération sans précédent dans l'art du fondeur.