SCULPTURE. — COYSEVOX. — N. COUSTOU
GoysevOX. N. CoustOU. — Le tombeau de Mazarin, f>ar Coyjevox (1640-17201, ne vaut peut-être pas celui de Girardon. Mais les deux sculpteurs n'en sont pas moins dignes l'un de l'autre. Coysevox, dans sa longue carrière, a été d'une fécondité vraiment prodigieuse, sans
r\g. 3->7. — Girardon. — Tombeau de Richelieu (église de la Sorbonue).
que ses œuvres aient paru s'en ressentir, soit qu'il traite des sujets antiques, la Nymphe à la coquille, la Vénus accroupie, soit qu'il compose des allégories plus modernes, les Chevaux ailés, la Semé et la Marne dos Tuileries, soit qu'il fasse U statue équestre de Louis XI F, ou qu'il orne de bas^reliefs les palais de Versailles ou de Saverne, soit que, dans des bustes aussi expressifs que des peintures, il reproduise les traits des grands hommes de son trmps, Turenne, Colberl, Hossuet, Fénelon, Arnauld, Raciae.
Villars, etc. Son neveu, Nicolas Coustou (1656-1719), comme lui originaire de Lyon, marche sur ses traces €t devient son égal. Son marbre respire, comme disait Louis XIV. Ses cLefs-d'œuvre sont : la Saône et le R/iône, le Vœu de Louis XlIIy à N.-D. , le mausolée de Grégoire XV (Rome), le Berger chasseur et le Jules César (Louvre).
Autres sculpteurs. — Le nombre des sculpteurs d'un talent supérieur se presse tellement dans ce siècle, que nous ne pouvons que citer les principaux. Sous Louis XIII et sous Mazarin, Simon Guillain (1581-1658) exécute le monument du pont au Change; Jacques Sarrazin^ gendre de Vouet (1590-1660), les cariatides du pavillon de l'Horloge au Louvre et le mausolée des Condés jiour les jésuites du faubourg St-Antoine, aujourd'hui dans la chapelle du chat, de Chantilly ; Gilles Guérin, le tombeaude la Vieuville; B. Boudin celui de Sully, François Anguier (1604-1669), le tombeau de de TJiou au Louvre, d'une physionomie pleine de pensée, et celui de Henri de Montmorency à Moulins. Michel Anguier (1612-1686), frère de François, sculpte les bas-reliefs de Xa porte Saint-Denis ; Desjardins (1640-1694) est chargé par la Feuillade d'exécuter pour la place des Victoires la statue équestre de Louis XIV, détruite à la Révolution. Van Clci'cs travailla avec Desjardins et Girardon au tombeau de Louvois, qui, après bien des déplacements, se trouve aujourd'hui, comme par hasard, à Tonnerre ; Duquesnoy (1594-1646) travailla surtout pour l'église Saint- Pierre à Rome [groupes d'enfants du maître-autel, statue de saint André) ; Collignon, sur les dessins de Lebrun, a fait une des sculptures les plus émouvantes du siècle pour le tombeau de la mère du peintre à Saint-Nicolas du Chardonnet ; on doit aux frères Marsy , Balthasar (1624-1674) et Gaspard (1628-1G81), une bonne part des statues de bronze de Versailles; à Pierre Lepautre (1659-1746), le groupe à'Énée et Anchlse aux Tuileries. Citons enfin Tubi (1630 1700) pour son Encelade de Versailles; Cayot (1667
MÉDAILLES : WARIN. — GRAVURE 6i7
1722) pour la Monde Didon-, Slodtz (1655-1726) pour ion Annibal; Théodon pour la Métamorphose de Phaétuse; Bagard(^ 1709; , le meilleur alors des sculpteurs lorrains ; Legros, l'auteur des Quatre Saisons, au Louvre, et du Saint Ignace, au Gesu de Rome. Rien ne montre plus la vigueur de l'école française que cette résistance des sculpteurs français qui séjournent en Italie, qui même y passent presque toute leur vie. comme Pierre Legros, aux exemples de mauvais goût de l'école du Bernin.
Gravure en médailles : Warin. — La gravure en médailles avait été fort protégée par Richelieu, qui avait veillé au perfectionnement de la fabrication des monnaies. Cet art maintient et affirme chez nous la supériorité qu'il devait à Dupré, par les œuvres de Warin (1604-1692). Warin fut garde général des monnaies de France et exécuta le sceau de l'Académie française. Ses meilleures médailles datent du règne de Louis XIIP, Celles de la fin du siècle, belles aussi, sont trop compliquées. La pompe ne convient nullement à cet art.
La gravure. Ordonnance de 1661. — Dans la gravure proprement dite, la France devait plus nettement encore occuper le premier rang. Louis XIV, par un édit qu'il promulgua au moment de son mariage, et qui est daté de Saint-Jean-de-Luz, 1661, déclarait que la gravure était un art libéral, et qu'en conséquence les graveurs pourraient exercer leur art sans être soumis à des maîtrises, ni « assujettis à d'autres lois que celles de leur génie ». Bientôt il y eut aux Gobelins une véritable école et Académie de gravure, sous la direction de Séb. LecLerc (1637-1714). Ces deux faits montrent les progrès réalisés par cet art, et l'intérêt que le pouvoir y prenait. Aussi, à la fin du xvn^ s., comptait-on à Paris plus de 200 maîtres-graveurs.
Pesne. Callot. L'eau-forte. — Au xvi* siècle, Tortorel,
1. Sa vie fut troublée par un terrible drame de famille (voy. F. Ravaissoa, Archives de la Bastille). — Donnons un souvenir au sculpteuren cire Ant. Benoist »A aux < ivoiriers » éminents Van Opsial et Guillermin.
"648 LE XVIIe SIECLE EN FRANGE
Perissin, E. Delaulne, s'étaient contentés d'imiter assez péniblementles Italiens. Au commencementdu xvii* siècle, Callot émancipe la gravure française. Il est, de plus, le véritable créateur de la gravure à l'eau-forte, qui n'avait été jusque-là pratiquée qu'accidentellement. Il en détermina, dit M. Delaborde, le caractère et les conditions, donnant à ses planches la correction et leur laissant la liberté d'allure et la légèreté. Bientôt Claude le Lorrain appliquait ce procédé au paysage et savait en tirer d'admirables effets de lumière. Gallot et Claude ont précédé Rembrandt. L'eau-forte est bien à l'origine un art français. Vers le même temps il s'était formé autour de Poussin, comme nous l'avons plus d'une fois remarqué à propos des grands peintres, une école de gravure où se distinguèrent surtout /ea/z Pesne (1623-1700) et Claudine Stella. Mais les graveurs les plus intéressants de cette période sont ceux qui emploient la pointe ou le burin à exprimer leurs propres pensées, Callot, Abraham Bosse, Claude le Lorrain. Dans Daret, Michel Lasne, Morin^ Claude Mellan (1598-1688) même, l'auteur de la Sainte Face exécutée avec une seule taille, ce sont les portraits, faits le plus souvent d'original, qui méritentle plus notre attention. Robert Nanteuil. — Le portrait gravé allait prendre, sous le burin de R. Nanteuil (1620-1678), une imjiortance encore plus grande. Nanteuil peut être considéré comme un des plus grands portraitistes de l'école française. Il travaille presque toujours d'après ses propres dessins, et lorsqu'il copie les œuvres d'autrui, il semble y mettre «loins d'intérêt. Lorsque, ce qui arrive souvent, il a représenté un même personnage à divers moments de sa vie, soit en reprenant une page déjà faite, soit en gravant une planche nouvelle, il suit avec une admirable pénétration les modifications que l'âge et les événements ont apportées dans la physionomie de son modèle. Quoique plusieurs de ses têtes soient de grandeur naturelle, il