‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 322 sur 424 · PESNE — NANTEUIL. -EDELINGK. — AUDRAN · texte numérisé non relu

PESNE — NANTEUIL. -EDELINGK. — AUDRAN

a produit un grand nombre de pièces. Aucun peintre du temps n'a mieux rendu ^osswe/, Turenne, Arnaud de Pomponne^ Mazarin^ Colbert, Lionne, Letellier, Louis XIV ^.

Edelinck et Gérard Audran. — La fécondité est un des traits des graveurs du xvii® siècle, et aucun siècle n'a présenté un pareil nombre de graveurs éminents : Masson (1635-1700), dont les chefs-d'œuvre sont les Pèlerins d'Emmaïis d'après Titien et le portrait de d' Harcourt ; La Paye, Simon Thomassin (mort en 1732), François de Poilly (1622- 1693), Van Scliuppen, le graveur de Van der Meulen, Flamand comme lui ; Marot (1619-1679) et Israël Silvestre (1621-1691), qui gravent des vues de monuments et de fêtes; enfin Edelinck (1640-1707) et Audran. Gérard Edelinck, le plus habile, le plus varié de tous, grave la Famille de Darius d'après Lebrun et la Sainte Famille d'après Raphaël ; Gérard Audran (1640-1697), auquel on a peine à refuser du génie, a reproduit le Triomphe de la Vérité de Poussin, la plus belle peut-être des gravures de style, au dire de M. Delaborde, et les Batailles d'Alexandre d'après Lebrun, qui sont plus célèbres que les originaux*. Ce fut un bonheur pour Lebrun que d'avoir des graveurs tels que ces deux grands artistes, qui ont su faire ressortir les qualités du modèle en corrigeant ses défauts. On comprend que Lebrun ait encouragé d'autant plus un art qui lui était si favorable. Plus tard ce sont les portraitistes qui donnent des modèles aux graveurs les plus habiles. Rigaud surtout trouve d'admirables traducteurs dans les Brevet. Pierre Brevet le père (1664-1739) grave en 1712 son portrait en pied de Louis XIV^.

1. Son Pomponne de Belli'evres, d'après Lebrun, est aussi un chef-d'œuvre.

2. Cette famille lyonnaise des Audran a donné cinq artistes distingués : dont ■Charles A. (1594-1674), oncle de Gé ard. Gérard Audran ouvrit une école qui fut la plus imporlanle du temps et d'où est sorti, entre autres, Nicolas-Henri Tardieu (1674-1749). N.-H. Tardieu est le chef d'une famille de graveurs qui a continué à s'illustrer jusque dans notre siècle.

3 A l'étranger nous signalerons Corneille Bluemaert, né à Utrecht en 1603, «ion à Rome en 1680, qui fonda à Paris en 1630 une école fort suivie, d'où eit Peyre. — Hist. des B.-Arts. 37

La tapisserie. Les Gobelins. Beauvais. — L'influence de Lebrun a été de tout point excellente, dans la direction de la fabrique de tapisserie qui a pris le nom populaire de Gobelins, du lieu où elle fut établie. Des tentatives en partie heureuses avaient été faites par François P*" et Henri II, puis par Henri IV, pour rendre à la France une industrie dans laquelle elle avait excellé. Nous avons parlé de la fabrique de Maincy, créée par Fouquet. Les ateliers parisiens de Comans, La Planche, J. Lefèvre, luttaient déjà très honorablement avec ceux de Bruxelles,, lorsque la création de la manufacture royale des meubles de la couronne, en 1662, va marquer une époque dans l'histoire de la tapisserie et assurer à notre pays dans cet art le premier rang, qu'il n'a plus perdu.

Tout en rapprochant la tapisserie de la peinture et en restreignant la part de la convention qui aurait choqué les comtemporains et passé, avec raison peut-être, pour une affectatioi> d'archaïsme, Lehrun, qui avait étudié les tapisseries anciennes avec le goût et l'intelligence qu'il mettait à tout ce qui touchait à l'art, n'a jamais oublié les conditions spéciales de simplicité dans la coloration et la composition, de calme relatif et de symétrie dans les lignes, auxquelles cet art doit obéir. La suite de Y Histoire du roi, des Saisons, des Vues des résidences royales, des Batailles d'Alexandre même, sont de» chefs-d'œuvre. Malgré le nombre considérable de peintures reproduites par cette manufacture, plusieurs autres atelier» donnent encore en France des preuves d'une grande activité. A côté de la fabrique de tapis de la Savonnerie et de la fabrique de tapisseries pour meubles de Beauvais (1669), qui toutes deux dépendent de la couronne, nous trouvons des manufactures de hauteetdebasseiiceà Aubusson, Felletiu, Lille, ToursetNancy.

sorti Poilly ; le Saxon Hollar, qui vécut surtout en Angleterre, et fut un de» maîtres de l'eau-forte; le paysagiste hollandais Waterloo (1618-ir.T9) 3 Ludu>«4 Van Siègen, lieutenant-colonel au service du landgrave de H esse, qui inventa en 1642 la gravure à la manière noire; le prince Robert de Bavière, neveu de Charles l" et général en chef de l'armée des « Cavaliers », (\'ï\ j>ratiqua un des premiers cette invention et la répandit en Angleterre.

ARTS INDUSTRIELS — GOBELINS- ROUE^. 65t

Les arts industriels : les Lepautre. Orfèvrerie : Ballin. Ébénisterie : Boule. Faïences de Rouen. — L'influencede Lebrun s'élend à tous les arts industriels. Mais il n'est que juste d'ajouter à son nom celui des deux frères Antoine et Jean Ze- /;a///re (1614-1691 et 1617-1682), dont les recueils de gravures renfermant des projets de monuments, des motifs de décoralion, des orncmeals de toute sorte où se déploie une imagination des plus riches, contribuèrent à répandre à travers l'Europe, pour toutes les branches de l'art, le style Louis XIV. Dans l'orfèvrerie, ce style est représenté par Claude Ballin (1615-1678), Pierre Germain t 16'i5 - 1684) , son (ils Thomas Germain (1673-1748). Jamais les oifèvres n'eurent plus d'occasion de s'employer, et les inventaires du temps signalent à Versailles jusqu'à des tabourets et des fauteuils d'argent ciselé. Il reste fort peu de chose de l'orlèvrerie de cette époque. En effet, pendant les guerres de la ligue d'Augsbourg et de la succession d'Espagne, le roi envoya à la monnaie une bonne partie des objets en métaux précieux appartenant à la couronne, et cet exemple fut suivi par les grandes familles*.

Du moins les portes en fer forgé du chnteau fie Maisons 2, aujourd'hui au Louvre (entrée de la galerie d'Apollon et des bronzes antiquesi, un des plus parfaits et des plus riches ouvrages de ferronnerie qui existent, nous font comprendre avec quel talent l'art du métal était pratiqué. Nous sommes plus heureux pour les meubles que pour Torfèvrerie, et nous pouvons juger en connaissance de cause du mérite d'André Boule (1642-1732), le plus célèbre des ébénistes, qui a absorbé la réputation de contemporains très remarquables, tels que les sculpteurs sur bois Philippe Cafieri (1634-1716) et Pierre Lepautre. Dans les meubles de Boule, le bois se mêle au bronze et disparaît sous les dorures, les incrustations d'écaillé et de cuivre; mais la ligue n'en est pas moins nette et logique; des détails pleins de délicatesse s'unissent à une ïichesse et à

1. Une lettre circulaire de Louvois, écrite pendant la guerre de la ligu» dWugsbourg, demandait d'envoyer à la monnaie presque toutes les orfèvreries des églises : « Ce sera un moyen, dit-il, d'empêcher les sacrilèges qui s'v commetttcnt par les vols qui y sont faits. » LeTiioyen est, en eflfet, radiral et absolument sûr. On ne volera rieu s'il n'y a riou h voler,

i. Exécutées d'après les dessins de Jtan Marot (1C1!)-16T9),

une noblesse de forme qui sont, là comme partout, la marque du temps 1. Les mêmes caractères se montrent dans les faïences : à Nevers avec les Conrades, puis les Custodes; à Rouen qui arrive à son apogée avec Poterat (1673) et surtout Brumint qui inaugure à partir de 1699 le véritable style rouennais-'à Moustiers (B. -Alpes), créée ve. s 1650 par les Cléricy, dont les traditions sont heureusement continuées par Houx et Olérv jusqu'au moment de la Révolution. A la fin du xvii© siècle de même qu'autrefois la civilisation gréco-latine s'était imposée à tous, la civilisation européenne avail pris la forme française chez nos ennemis comuïe chez nos amis : dans l'aspect des constructions comme dans les vêlements et les objets usuels de U vie régnait le goût français. Cette domination allait se continuer pendant le xviiie siècle, et, la France changeant de goût, l'Europe allait changer de goût avec elle.

1. C'est alors aussi que, grâce à Colbert, la France l'emporte sur tous les autres pays, même sur Venise, pour la dentelle et la verrerie. (Fondation de la fabrique d'Alençon, où 6,000 dentellières sont embrigadées sous les ordres de M™» Gilbert, assistée de six à sept cents gardes du guet.)

Fig. -258. — Grand plat en faïence de Rouen.

Fig. 259. — Grille centrale de la place royale de Nancy, exécutée par Lamour.

66'* LE XVIIl* SIECLC

L'art au xviii'sièrJe. Caractère général. — Réaclioi» contre Louis XIV. Les financiers. Passion du théâtre. — Archilccture. Caractère g-énéral. La décoration intérieure. Le meuble. L'orfèvrcTie. La ferronnerie. — Principaux architectes et monuments du xviii' siècle. Gabriel, BofTrand, Louis, Souflot, etc. — Sculpture. Les Coustou, Bouchardon, Falconnet, Pigalle et leurs contemporains. — Peinture. Première époque. Watteau. — Peinture d'histoire. F. Letnuytw. Fr. Detroy. Les Coypel. C. Vanloo. — Deuxiomc épor^ue. Buiirlu-r. Les peintres de fêtes galantes. — Le paysugc. .loseph Verncl. Oudry. — Le portrait. Latour. — Les peintres de la bourgeoisie. Chardin. — Troisième époque. Tendances nouvelles. La nature et l'antiquité. Influence de J.-J. Rousseau. — Greuze. — Influence des antiquaires. Caylus, Winckelmann et Rapbaol Mengs. Les fouilles de Pompéi. — Vien. Le Salon de 1785 et les Iloraces de David. — Sculpture. Houdon, Pajou, Julien et leurs contemporains. — La gravure. — Ecole anglaise. — Hogarth. — Reynolds et G;iin.sborongli. — Italie. Tiepolo- Battoni'.

L'art au dix-huitième siècle. Caractère général. — Réaction contre Louis XIV. — La mort du roi le plus

aduli' qui fût jamais donna, on le sait, le signal d'une réaction immédiate contre tout ce qui avait été fait sous son règne. Cette réaction ne s'étend pas seulement à la politique, elle se manifeste plus nettement encore dans los mœurs, la religion, les lettres, les arts.

Ce n'est pas que tout lût nouveau dans ce mouvcmeut; les origines en sontanciennes. fy'espritd'indépendance qui se rattachait au xvie siècle, ennemi de la solennité, peu respectueux des croyances dominantes, faisant plus ou moins du plaisir sa loi, n'avait jamais disparu complètement. C'éloit comme un petit lllet d'eau, qui coulait à l'écart, presque inapeiçu, non loin du fleuve majestueux qui retient tous les regards Mais il allait grossir à la fin du règne de Louis le Grand. La société du Temple avait attiré déjà l'attention malveillante du gouvernement, lorsque, avecle Régent, les libertins, comme on les appelait à cette date, en appliquant ce mot à la tournure de l'esprit plus qu'à la conduite de la vie, arrivèrent au pou-

1. OEuvres artistiques de Diderot. — Paul Mantz, Waltean. — Le même, Boucher. — Mnrmoniel, Mémoires. — De Concourt, l'Art au dii-huiiicme seile. — Chesneau, l'École anglaise. — Thierry, Guiile des Amateurs à Paris (1787). — Fels, Cairiel. — Molmcnti, Tiepolo. — ^■oy. (). C<>5.

CARACTÈRE GÉNÉRAL 65t

▼oir. La grande difTorence fut alors que l'accessoire devint le principal : ce qui jusque-là se dissimulait, arriva en pleine lumière.

On secouait le joug d'une solennité qui devenait d'autant plus pesante avec la vieillesse du grand roi, qu'elle correspondait moins au sentiment de la nation*. La ville comme la cour suivent avec empressement l'exemple que naguère un groupe assez restreint avait seul osé donner et qui vient maintenant d'en liîiut. La révolution avait été préparée, mais ce n'en était pas moins une révolution. Le factice domine dans celle société. De là naît une passion générale pour le lliéàtre. L'art sérieux, aussi bien que l'art frivole, va y chercher ses modèles ; nous y trouvons le point commun et la commune explication de deux œuvres contemporaines aussi dissemblables au premier aspect que le Concert champêtre et VAthalie chassée du temple : l'une est inspirée de l'opéra-comique, l'autre de la tragédie. La réaction contre Louis XIV, manifestée dans la politique par Talliance anglaise, l'établissement des conseils à la place des ministres et la guerre contre le roi d'Espagne ; dans la littérature par les Surprises de l'amour (1720), pnr les Lettres persanes (1722), et de certains côtés par ['OEdij)i' de Voltaire (1718), se résume dans les arts par le nom de ll'atteau. C'est même dans ses peintures que le changement est le plus apparent. Car la lilléraluie, quelles que soient les nouveautés de ses tendances et de sou style, gaidera dans son ensemble la forme classique. Cependant, de môme que beaucoup d écrivain*, entre autres Massillon et même Buff'on, pour ne citer que les plus illustres, continuent jusque vers le rjiilieu du xviii^ siècle la tradition du siècle précédent, de nièn)e dans les arts, sans parler des survivants tels que Rigaud et Largilière, nous trouverons tout le long du siècle une suite de peintres qui représenteront, avec plus ou moins de bonheur, les tendances en honneur au temps de Lebrun. Les deux écoles agiront l'une sur l'autre, souvent au grand prolît de l'école nouvelle, qui sera longtemps contenue et ne deviendra exclusivement envahissante qu'avec Boucher. Or Boucher

1. L^s Sonvenirs de la marquise de Cavius raoutrent .Tgréahlement cette sorte de lijfue de la jeunesse coutrc l'étiquette outrée et la dévotioa oUicielle, et cela avant 1700.

marque à la fois son triomphe auprès du public et sa décadence artistique.

L'art nouveau n'est pas un art royal, un art de cour; mais, plus encore que l'art de Louis XIV, il est fait pour la haute société, qui devient plus raffinée et en même temps moins fastueuse. Les financiers, les fermiers généraux, qui dès la fin de Louis XIV ont joué un grand rôle, y prennent place. Ils cherchent à se modeler sur la cour, et par contre agissent sur elle : Turcaret se civilise ; il prétend être un prolecteur des arts, un connaisseur, et ily réussitquelquefois. L'exemple donné précédemment par Nie. Fouquet, Jabach, Samuel Bernard, se répand. Il est de bon ton pour un homme d'argentd'étre « un Mécène ». Cela le relève et cela prouve aussi le bon état de ses affaires. Singuliers Mécènes quelquefois, si on en juge par les œuvres qu'ils encouragent ou qu'ils provoquent. Mais ils ont été calomniés sur ce point comme sur bien d'auti'es, parce que l'on a trop généralisé*. D'ailleurs, comme ils tiennent à imiter la noblesse, les œuvres que les aiiistes font pour eux ne diffèrent pas sensiblement de celles qu'ils exécutent pour les gentilshommes. L'élégance et la délicatesse du goût y régnent. Sans doute cette délicatesse se dégage de plus en plus de tout scrupule moral. On dira volontiers avec le véritable roi du jour, avec Voltaire : « Il n'est jamais de mal «n bonne compagnie ; » et c'est là un principe de conduite iissez insuffisant. Mais celte nécessité de plaire à la bonne compagnie imposera aux artistes qui travaillent pour elle des babitudes, sinon des règles, qui ne seront pas sans profil pour l'art. N'oublions pas que c'est devant ce public si frivole -de la Régence qu'on osa représenter A t lia lie (Il 1(^) et Esther (1721), et qu'on le fit avec succès. Il y a de la manière dans les œuvres de ce temps; mais n'y en avait-il pas en un autre sens dans l'art de Versailles? Sans doute l'art, pendant le xviiie siècle, reste incomplet. Il lui manque justement ce qui lui donne sa plus haute valeur, la puissance et l'émotion. Il sera par conséquent un art secondaire. Mais il n'en sera pas moins un art charmant. Prenons-le tel qu'il est, et voyons ce qu'il nous donne. D'ailleurs les restrictions qui s'imposent,

4. Voyez Dclahante, Une Famille de finance au dix-huitième cicclt.

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