L'ARCHITECTURE. — LA DECORATION
en parlant de l'art de cette période, ne s'appliqueront qu'à Deine à l'architecture et à la sculpture.
Architecture. Caractère général. La décoration intérieure. Le meuble. L'orfèvrerie. La ferronnerie. — i3ans rarchiteclure, ce qui domine, ce sont les changements souvent heureux apportés aux constructions privées. Aux fastueux hôtels on préfère les édifices de dimension plus restreinte, d'un extérieur gracieux et orné, mais plus simple qu'au siècle précédent. On cherche surtout à rendre sa demeure commode et agréable à habiter. C'est là que le luxe s'applique. « On devait vivre assez mal à l'aise dans les châteaux du xvii® siècle. A Versailles, la chambre de Louis XIV n'a pas un dégagement. » Le xviii' siècle au contraire développe, crée presque la science de la distribution intérieure. Quant à la décoration, elle est merveilleusement appropriée aux appartements, et il n'y en a point qui charme et amuse davantage le regard.
Cela est vrai lorsqu'on sut conserver ou rendre à la ligne droite (priucipaemlent vers la fin du siècle) son rôle nécessaire dans les dessins d ornements. Ce rôle avait été exagéré, mais on ne le pouvait restreindre outre mesure sans tomber dans la confusion. C'est le triomphe de la boiserie et des moulures où dominent les teintes adoucies et claires : or mat sur fonds bleus, bleutés, vert d'eau, rosés ou lilas. Bientôt viendra la mode du vernis 3/ar/m qu'a célébré Voltaire. Les peintures n'apparaissent pas sous forme de tableaux accrochés au mur, mais elles s'encastrent dans les boiseries mêmes, aux places qua indiquées l'architecte, et font corps avec l'ensemble dans une harmonie nacrée délicieuse. Jamais style ne fut plus souple et « ne se plia mieux à toutes les exigences ». A côté du grand salon d'apparat, qui montre encore parfois des pilastres de marbre et de stuc, nous voyons des petits salons, boudoirs, cabinets, où « le luxe délicat se trouve plus à son aise ^». C'est
1, Voir la France sous Louis AT de M. Carré, ouvrage auquel sont empruntées Us citations de ce paragraphe et du précédent.
là que brillent les Boffrand (1667-1754), Oppenord (1672-1742), Ledoux (1756-1806), Rousseau, J.-B. Bullet (1667-1732), qui substitue un des premiers les glaces aux tableaux pour les dessus de cheminées, etle dessinateur iI/ei55on«ter (1695-1750), qui, malgré sa trop grande complication, donne des dessins pleins d'imagination aux ébénistes et aux orfèvres.
Dans le mobilier, l'école de Boule continue à régner, avec Charles Cresseni sous la Régence ; puis Jacques Caffievi (1678- 1715) et son ii\s Philippe Caffieri (11^ du nom, né en 171 't, mort après 1771) nous donnent ces chefs-d'œuvre qu'on se dispute aujourd'hui dans les ventes. On continue à dissimuler le bois sous le bronze et diverses matières. Vers 1750, avec Ocben, de Guernon et leurs contemporains, l'ébénisterie proprement dite est remise en honneur; le bois ne se cache plus. Martin^ tout en laissant aux tables, aux buffets, commodes, cabinets, bureaux, etc., leurs ornements métalliques, donne à ces ornements des fonds de vernis décoré qui ont conservé son nom. Cependant les meubles sont encore surchargés, et l'ensemble se perd dans des détails toujours charmants il est vrai, mais qui menacent l'effet et l'harmonie. Une réaction ne tarde pas à se produire dès la fin du règne de Louis XV. Les formes boursouflées tendent à disparaître, l'aspect devient plus simple et plus pur sans rien perdre de son élégance et de sa grâce, et nous arrivons avec Biesener (1735-1806), Lcleu, Montigny, Levasseur, et leurs contemporains, à l'époque ia plus parfaite peut-être de l'ébénisterie, au style dit Louis XVI, où l'on reconnaît l'influence des fouilles de Pompéï.
L'orfèvrerie subit les mêmes transformations que les meubles ; mais il est difficile d'en juger, les plus belles pièces ayant été fondues lors des revers de la guerre de Sept ans; un plus grand nombre encore sont victimes de la mode. « Faudra-t-il donc, disait Mercîer, faire refondre tous les ans son argenterie ? » Oppenord et Meissonnier, dans les dessins qu'ils donnent aux orfèvres, abandonnent le style Louis XIV pour des formes plus variées, plus originales, plus contournées aussi, mais qui amènent la production de nouveaux chefs-d'œuvre. Les diverses cours de l'Europe se disputent les œuvres de Thomas et de Pierre Germain, de Besnier, Roetiers^ etc. Vers 1763, Grimm conslate que l'on revient à