‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 324 sur 424 · GABRIEL, BOFFRAND, LOUIS, S OU FF LOT. G · texte numérisé non relu

GABRIEL, BOFFRAND, LOUIS, S OU FF LOT. G

des formes plus simples et que tout est à la grecque, Fayolle^ Auher, François Germain, Meunière^ BouUier, etc., sont les représeutants de ce style, qui n'a pas moins de faveur que le précédent auprès des étrangers. La ferronnerie, qui est protégée et pratiquée même par des rois, comme Stanislas Leczinski et Louis XVI, est plus remarquable encore (clôture du chœur de Sainl-Ouen à Rouen, grilles de la place Stanislas à Nancy * par Lamour qui doit être compté parnai les artistes les plus éminents de son temps). EnRn l'art du xyiii^ s. trouve une de ses plus heureuses expt-cssions dans les produits céramiques de la manufacture de Sèvres, fondée en 1756. A partir de 1770, Sèvres fabrique la porcelaine dure, dont le procédé a €té découvert en Saxe (V. p. 276) ^.

Malgré ces habitudes nouvelles, l'architecture française conserve dans les œuvres les plus belles du temps le souci du style, de la pureté des lignes et même, au besoin, le sentiment de la grandeur, et il ne semble pas que ce qu'elle gagne lui fasse sérieusement sacrifier les qualités qu'elle possédait déjà. Avant même la réforme de David, certains monuments ont une froideur ultraclassique (château de Compiègne). N'oublions pas enfin que la pl;ice de la Concorde et le château de Babiole, les écurie^» de Chantilly avec la porte triomphale qui les précède, et la Folie-Baujon, ai)partiennent à la même période ^.

Principaux architectes et monuments du dix-huitième siècle. Gabriel, Boffrand, Louis, Soufflot, etc. — Parcourons simplement les noms d'archilectes les j)lus célèbres, en indiquant leurs œuvres; cela suffira pcmr donner une haute estime de l'art monumental du temps. Gabriel (1710-1788), fils et petit-fils d'architectes estimés, a donné la place de la Concorde avec les deux éditices

1. Crimi':ii-i;r l'o.-calicr du Palais Royal par Coriin d'après J. Caffieri.

2. liavaid, Ans de l'AnuubUment. Ars. Alexandie, Hist, des arts indiistr. Coupoault, Jean Lamour. MoHiiier, le Mobilier des XVII" et XVIII* s. au Louvre. Pevre. Céramique Française, Il y eut aussi un « ivoiricr » éminent, liosset, de Saint-Claude,

3. C'est M"" de Pompadour, en dépit de l'opinion reçue, qui dirigea surtout, avec son frère le marquis de Marigny, la réaction contre le style de la Régenc» ou style rocaille et ramena l'ameublement comme la construction à une harmoni» f)lu6 simple et plus sobre, sans que la grâce y perdît rien.

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marquant l'entrée de la rue Royale , constructions supérieures peut-être à la colonnade du Louvre. Il a fait aussi l'École militaire, la salle du théâtre de Versailles, un chefd'œuvre. Jacques-Denis Antoine (1733-1807) élève l'hôtel de la Monnaie; Louis (1735-1812) est l'auteur du grand théâtre de Bordeaux, qui est resté un des plus beaux de l'Europe et n'a pas été dépassé pour la disposition générale de l'escalier et la construction de la salle, devenue le type de toutes celles qui ont suivi. Robert de Cotte (1656-1735) élève les nouveaux bâtiments de l'abbaye de Saint-Denis, la colonnade de Trianon, et voit ses deux fils devenir comme lui membres de l'Académie d'architecture. Mollet élève le palais de l'Elysée (1718); Bo/frand, l'hôtel Soubise (Archives nationales); Héré, la place Stanislas à Nancy (1752-1757) ; Lassurance et Girardini [1722)^ le Palais-Bourbon (devenu la Chambre des députés) pour les Gondés, qui abandonnent leur ancienne demeure voisine du Luxembourg; Rousseau l'hôtel de Salm (1786), (Palais de la Légion d'honneur), moins important, mais plus parfait que le Palais-Bourbon, le type le plus remarquable peut-être des constructions de ce siècle qui ont tenu à conserver quelque chose de la majesté aisée du beau temps de Louis XIV. Contant d' [vry travaille au Palais-Royal. Ledoux^ après avoir construit la brillante demeure de Louveciennes pour M"ie Dubarry, donne un modèle d'architecture sévère dans la prison^ d'Aix, et montre la variété de son inspiration dans les petits édifices des propylées ou barrières de Paris, donf plusieurs existent encore. Marie-Joseph Peyre (1730-1785) élève, avec Charles de Wailly (1729-1798), le théâtie de l'Odéon (1773-1782); Blondel (1705-1774), qui travaille surtout à Metz et est plus connu par son enseignement que par ses travaux, n'aime que l'antiquité, et traite avec le mépris d'une ignorance raisonnée l'architecture du moyen âge. Roulée (1728-1799) continuera Tœuvre de

PÉTERHOF. — WILHEMSHOHE. — CASERTE 681

Blonde), et jouera dans l'architecture le rôle que David allait jouer dans la peinture, chose bien moins utile, comme on le voit par les monuments que nous avons cités.

L'architecture religieuse n'est pas inférieure à celle de Louis XIV comme le montrent le Panthéon de Soufflât (1714-1780), le portail de Saint-Sulpice donné au concours à Servandoni (1695-1766), qui s'était fait connaître jusque-là comme organisateur de fêtes et peintre décorateur, la cathédrale d'Arras, le portail de la cath. d'Orléans, construit par Gabriel dans le style du reste de l'édifice, c'est-àdire en style ogival, tentative d'un succès médiocre, mais fort méritoire pour le temps. Le xviii^ siècle continue, comme le précédent, à donner de véritables exemples de vandalisme : on brise les vitraux (par exemple à N.-D.) pour donner plus de jour au chapitre; l'on détruit, pour faciliter la circulation, les tombeaux du moyen âge qui ornent les nefs, heureux lorsqu'il y a des statues ou des ornements de bronze, qu'on peut vendre au poids en en retirant un juste bénéfice; on démolit un bon nombre de jubés, l'on cache sous du stuc les nervures des ogives; on brise les sculptures pour en faire du moellon ^.

L'architecture française à l'étranger. — On n'aurait qu'une idée incomplète de rim[)ortance de l'architecture française au xviii® siècle, si on oubliait son extension au de là de nos frontières : soit qu'on appelle nos artistes euxmêmes hors de leur pays, comme Leblond (1679-1719] en Russie (château de Pélerhof, Boffrand à Wurtzbourg et à Mayence, comme Antoine Peyre (1733-1823) à Goblentz, d'Ijcnard (1723-1795) dans l'électorat de Trêves et dans le grand-duché de Bade, Cuviller père et fils (1698-1760 et 1734-1804) en Bavière; comme Robert de Cotte, auquel on demande des plans pour l'Autriche, la Bavière, Télec-

1. Soiifflot dans sa jeunesse avait poursuivi ses études jusqu'en Turq!ii« et en Asie Mineure et avait vu des modèles variés de coupoles sur pendentifs 2 Voyez Saint-Paul, Histoire monumentale de la France, p. 258 et 9uiv.

toral de Cologne; soit que les étrangers nous imitent, comme ^/îo/;e/5f/or/'à Sans-Souci, Y AMemSind Ludoifici à la Mafra, Vatwltelli [ilQO-illh) à Caserte ^ Le premier s'inspire de Trianon, mais les deux autres restent fidèles à Versailles. L'influence française se montre aussi à Wlllemsholie, élevé par Simon du Rij, petit-fils d'un réfugié protestant.

Les jardins. Le jardin anglais. — Le parc de Willemshohe, ie plus beau de l'Europe jx'ul-ètre après Versailles, rappelle à la fois les modèles donnés par Lenôtre et le système dit anglais. Ce nouveau système, indiqué déjà au commencement du xviie siècle par le philosophe Bacon, prôné par le poète Pope et le diplomate Horace Walpole, eut pour principal représentant l'architecte Kent (1684-1748), dont les chefs-d'œuvre sont les parcs deBlenheim et surtout de Stowe.

Le jardin anglais n'est pas si différent du jardin français qu'on pourrait le croire tout d'abord. Ils sont l'un et l'autre le produit d'un art très raffiné. Le jardin français était une construction; le jardin anglais sera un tableau. On n'y supprime pas, ou y multiplie au contraire les fabriques ; c'est, dit-on, non pas pour y faire oublier, mais pour y résumer et rappeler la nature même sous ses divers aspects. Ce système devait avoir en France un très grand succès, surtout lorsque Rousseau eut remis la nature à la mode ; il s'accordait bien, d'ailleurs, avec les pastorales de Boucher et les paysanneries d'opéra-comique. On eut le moulin à côté de la maison du bailli, le temple de l'Amour non loin du « temple encore inachevé — mais fixé dans ses lignes principales — de la Philosophie ». On y multiplia les sinuosités, les surprises, les plantations rares mises en belle place^. Le danger de ce système, malgré ce qu'il a d'agréable et de séduisant, est, on le

1. Voy. Dussieux, les Artistes français a l'étranger. — Le jardin de Péterhof contient deux maisons de plaisance appelées, à la française, Marly et Monplaisir. Le palais de Mafra, véritable folie du roi Jean V, acheva de ruiner le Portugal. Il occupa de 1717 à 1730 environ 25,000 ouvriers. On y compte 5,200 portes et fenêtres, et en 1808 12,000 Français purent y loger.

2. Le petit Trianon, Mortcfontaine, Ermenonville, Méréville (détruit récera. ment); en AUemapne, Sweitz.ingen. Le poète comique Dufresny modifia le premier nos jardins d'après cette méthode (1654-1724). Morel fut le plus en vogu» de nos architectes jardip'ere du xviti* siècle. — Voy. G. Hiat, VArt des Jariïns.

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