LES GOUSTOU. — BOUCHARDON. — PIGALLE
main. « Ah! Monsieur, s'écria-t-il, depuis (jue j'ai lu ce •livre, les hommes ont quinze pieds, et la nature s'est accrue pour moi. » C'était une traduction d'Homère.
Falconnet. — Falconnet (171G-1702) n'a pas l'âme si haute, mais il aime son art. De très humble origine, ayant a peine appris à lire et à écrire dans sa jeunesse, il s'instruit seul malgré l'obligation où il se trouve de nourrir par son travail sa nombreuse famille; il apprend le latin, l'histoire, publie des Réflexions sur la sculpture, discute avec Diderot, ha. Baigneuse, d'un sentiment si moderne et si élégant, son Amour au silence, ont lait autant pour sa réputation que V Assomption de l'église Saint-Roch ou que la statue équestre colossale, en bronze, de Pierre ic Grand, qui s'élève sur un énorme bloc de granit au milieu de la principale place de Pétersbourg.
Pigalle. — Le même sentiment de la sculpture monumentale se montre dans Pigalle (1714-1785). Le tombeau du maréchal de Saxe, dans le temple Saiiit- Thomas, à Strasbourg, est une des œuvres capitales de la sculpture française. Sa Vénus, son Mercure et, dans un autre genre, son Enfanta la cage, furent, de son temps, et sont restés également célèbres. 11 poussa l'étude minutieuse de la nature à tel point que, lorsqu'il eut à faire la statue de Voltaire, il le représenta, tout vieux qu'il était, nu, avec son corps décharné, son crâne dénudé sans perruque. C'était là une faute de goût. Mais si l'on songe que c'était le temps où triomphaient les fadeurs et les incorrections aimables de Boucher, on jugera, par cette faute même, de toute ia supériorité de la sculpture sur la peinture. Jamais d'ailleurs les sculpteurs n'ont été plus encouragés, plus généreusement payés'. Le roi Louis XV protège particulièrement leur art, et en 1774 il établit un fonds spécial destiné à des travaux de sculpture, comme de peinture,
1. Voir les documents réunis par M. Courajod et /ésumés daus P. Louisy, i'AncUnnt France : Sculpteurs et Architectes, p. 294 et suivantes.
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dont les sujets seraient empruntés à l'histoire de France. Aussi, quelque nombreux que soient nos artistes, ils trouvent à s'occuper activement.
Autres sculpteurs. — Les cinq fils de Sébastien Slodtz cultivent avec succès l'art de leur père. Son petit-fils Mic/iel-Ange {il05-i76^)f auteur du célèbre Saint Bruno de Saint-Pierre de Rome, a fait le tombeau d'Hubert Languety à Saint-Sulpice, œuvre saisissante qui rappelle le monument de la mère de Lebrun. Broche, artiste trop peu apprécié, montre dans la Douleur du monument du marquis du Terrail une grâce simple et touchante. François Dumont (1688-1736) a fait des statues à Saint-Sulpice. Allegrain (1710-1795), quoique donnant parfois dans la fadeur, a exécuté de jolies choses, comme sa Diane et sa Vénus, qui gagneraient à devenir des statuettes. Le Lorrain (1666-1743) sculpte le magnifique et vivant haut relief des Chevaux du Soleil à l'hôtel de Rohan.
Les deux frères Lambert et Sébastien Adam (1700-1759 et 1705-1778) travaillèrent kXdi cascade de Saint-Cloud, au bassin de Neptune ài(t\^v?!dS)\t'à.J.-B. Lemoyne (1704-1778), qui a dépassé son père Jean-Louis (1665-1755), est trop théâtral et cherche trop à imiter la peinture [tombeaux de Fleury, de Créqui, etc.), mais il excelle dans le portrait, quoiqu'il n'ait pas la fermeté et l'originalité de Jean-Jacques Cafjieri. Fils, pelit-fils , neveu de sculpteurs qui avaient déjà fait connaître honorablement ce nom en France, principalement dans la sculpture des vaisseaux et les grands travaux débénisterie, J.-.l. Caflieri (1715-1792) a fnit des œuvres considérables, telles que la Trinité, de Saint-Louis des Français, à Rome; le Pacte de famille, commandé par Choiseul; mais il doit surtout sa célébrité à ses bustes, soit qu'il représente des personnages d'après nature, soit que, reconstituant les grands hommes du passé, il nous donne les plus belles images que l'on connaisse de Rotrou et de Corneille (Théâtre-Français).
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Les écoles provinciales. — Si l'on voulait rechercher ce qui restait encore des écoles provinciales, on pourrait rattacher les Gaffieri à l'école de Marseille, qui se recommandait de l^uget et qui produit encore alors Antoine Vassê et l'éminent graveur en pierres fines Jacques Giiay (1711-1793). L'école de Lyon se reconnaîtrait dans Michel Perrache (1685-1750) et son fds, mort en 1779, également appelé Michel, moins connu par ses talents de statuaire que par le quartier nouveau qu'il donna à sa ville natale, en faisant accepter son projet de reculer le confluent de la Saône et du Rhône; l'école de Flandre se retrouverait chez les Slodtz; l'école de Toulouse, chez Lucas; l'école de Nancy, avec Bagard [\ 1709), chez les Adam et chez Claude Michel, dit Clodion (1738-1814), dont les terres cuites et les marbres sont, de toutes les sculptures du temps, cdles qui se rapprochent le plus de l'inspiration qui domine dans la peinture.
Peinture. Première époque : Watteau. — Antoine Watteau (1684-1721), dans le genre où il s'est renfermé, est un artiste éminent. Il a fait oublier Gillot son maître.
Ses personnages sont habillés comme les acteurs de la comédie italienne, ou revêtus de costumes élégants qui suivent la mode du jour ou plus souvent l'inspirent. Mais, quels que soient leurs costumes, ils sont vivants et pleins d'esprit. Watteau dessine avec précision et étudie ses sujets. Ses nombreux dessins à la sanguine, qui sont un de ses meilleurs titres auprès des artistes, montrent à la fois sa facilité et sa conscience. Ses personnages sont groupés d'une manière claire et pittoresque. Enfin, c'est un coloriste des plus remarquables, un des premiers de notre école ; il s'inspire à la fois des Flamands et des Vénitiens, tout en restant bien français par sa liuesse et sa distinction. On peut ne pas aimer le genre dans lequel il a excellé, mais ce n'est pas une raison pour confondre dans une même sévérité de jugement des "artistes d'un talent aussi dilférent que A. Watteau et F. Boucher, parce qu'ils traitent des sujets analogues. Pour prendre un exemple à Fautre
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exlrcmité de l'inspiration artistique, serait-il juste de réunir dans une même appréciation Raphaël et Baroche, Michel-Ange et ses imitateurs dégénérés, tels que Cornélius de Harlem ? Quant à reprocher à Watteau de n'avoir pas traité des sujets historiques, pourquoi n'adresse-t-on pas aussi ce reproche à Terburg et à Metzu? Il a fait des chefs-d'œuvre dans le genre qu'il a choisi et presque créé; n'est-ce donc pas assez? L'on pourrait le comparer à Marivaux, avec plus d'éclat efe moins de pénétration psychologique. Mais si l'on comprend facilement que la postérité ait traité avec plus de faveur les délicates analyses et les subtilités mondaines de l'auteur des Fausses Confidences, que les solennelles fadeurs de Campistron ou même les tragiques horreurs de Crébillon, n'est-il pas juste également que les charmantes petites scènes de Watteau soient préférées aux grandes machines de l'école de Coypel? Le genre le plus faux n'est pas celui qu'on pense. Il faut même remarquer que dans cette époque où l'homme et la société sont tout, Watteau, dont le nom semble personnifier particulièrement ce qu'elle avait d'artificiel et de frivole, Watteau a eu, plus qu'aucun de ses contemporains, le sentiment de la nature. Il place presque toujours ses personnages dans des paysages harmonieux et simples, pleins d'air et de lumière, oî» se retrouve parfois la mélancolie profonde de ce peintre attitré des fêles galantes, dont l'hypocondrie hâta la mort*. Le tableau le plus considérable que nous ayons de lui au Louvre est le Gilles de la galerie Lacaze . Mais il réussit moins cependant dans les personnages de grandeur naturelle, où son modelé est parfois insuflisant. Il faut Xni^réîéTerV Embarquement pour Cythère. Watteau ne s'est pas contenté de peindre des hommes, il a aussi peint des singes. Dans un genre différent de Téniers, son prédécesseur, et de Decamps, qui devait venir après lui, il y a bien réussi. Les singes jouant la comédie humaine sont alors à la mode; la plupart des châteaux importants veulent avoir leur singerie. Chantilly en possède deux, auxquelles Gillot et Watteau ont peut-être travaillé. La grande singerie de Chantilly est une singerie chinoise. L'Orient attirait aiors l'attention par le goût croissant pour
t. Voyez, par exemple, galerie Lacaze, a» 986.