‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 328 sur 424 · LEMOYNE. — LES COYPEL. — G. VANLOO · texte numérisé non relu

LEMOYNE. — LES COYPEL. — G. VANLOO

1752), fils d'Antoine [les Noces d'Angélique et de Me'dor), imitent plutôt le théâtre que la nature. Il semble qu'in n'attende que le baisser du rideau sur le tableau final. Mais ils ont de la facilité et une certaine puissance. Charles, qui a poussé jusqu'à l'excès les défauts de sa famille, a été plus heureux dans des compositions moins ambitieuses, telles que la série de tableaux destinés à être reproduits en tapisserie sur la Vie de don Quichotte, aujourd'hui à Compiègne. Les Rivalz et Despax donnent alors quelque notoriété à l'école de Toulouse. Un souvenir heureux de Jouvenet se voit dans Jean Restout (1692- 17(38] [le CJirist et le Paralytique) ; dans Deshays (1729- 1765) (Martyre de St André)) dans Collin de Vermont (1693-1761, Roger et Alcine à Grenoble); dans Bertin (1667-1736), auteur du St Philippe baptisant l'eunuque de la reine Candace^ à Saint-Germain des Prés, église où l'on voit également la Mort de Saphire, de Sébastien Leclerc, le fils du graveur (1667-1763), le Saint Paul à Lystre de Claude-Guy Halle (1652-1136) et le Saint Pierre ressuscitant Tabithe^ de Cazes (1676-1751), peintre qui n'est plus estimé à sa valeur. Suhleyras (1699-1749) a une exécution plus serrée et souvent un meilleur sentiment de la couleur (la Madeleine aux pieds de Jésus, le Martyre de saint Pierre). Mais le peintre d'histoire le plus remarquable du temps est Carie Van Loo, qui passa pour le premier peintre de l'Europe. Carie Van Loo (1705-1765) a une couleur agréable et suffisamment chaude; il est maniéré souvent, mais beaucoup moins que la plupart de ses émules. Il cherche et trouve à l'occasion la simplicité. Énée et Anchise, Marie Leczinska, le rendez-vous de chasse du Louvre, les panneaux de la chapelle de la Vierge à Saint-Sulpii e, montrent les diverses faces de son talent. Deuxième époque. Boucher. Les peintres de fêtes

let, composa sur VArt de la peinture un poème qui lui yalut une épigramme biea cooDue de Voltaire.

galantes. — Lorsque Van Loo mourut, François Boucher (1704-1770) devint le premier peintre du roi. Ce choix en disait beaucoup sur l'abaissement de l'art. Le roi ne suivait pas seulement son sentiment, Boucher était le candidat que lui désignait l'opinion publique.

Sans doute Boucher était bien doué . « N'est pas Boucher qui veut, » disait avec raison David, qui devait cependant faire tomber sa réputation. Il a prodigieusement travaillé, et l'on estime le nombre de ses dessins à dix mille. Il a des qualités pittoresques indéniables et une inépuisable fantaisie. Il a été un décorateur des plus remarquables. Si sa couleur est fausse, il faut reconnaître que, pour bien en juger, il faut replacer ses peintures dans les lambris aux couleurs claires qui les font valoir et pour lesquelles les teintes employées ont été choisies. Il a peint des enfants pleins de grâce et de gentillesse. Si son dessin est conventionnel, il y a souvent plus de parti pris et de négligence que d'ignorance. Il sait « casser une jambe avec grâce ». Mais que ce soit là le grand peintre d'une époque, qu'il soit le directeur de l'Académie, qu'on donne le nom de Raphaël français à un artiste sans pensée, sans émotion, sans vérité, c'est trop. Ajoutons, chose plus grave, qu'avec Boucher l'art devient le flatteur des vices. Il songe aux mœurs, ce dont il pouvait se dispenser, mais il y songe pour les corrompre : il est moral au rebours. Sans doute, de pareils faits se sont plus d'une fois présentés, et de grands artistes avaient eu de ces défaillances; mais ce n'est pas à ces faiblesses qu'ils devaient leur réputation. Boucher lui-même est moins tombé dans ces erreurs que ses imitateurs, et particulièrement son gendre Baudoin; mais il a sa bonne part de responsabilité, et il y a à se féliciter qu'il n'ait pas eu davantage de sentiment réaliste.

L'on s'explique la colère de Diderot. « Je ne sais que dire de cet homme. La dégradation du goût, de la couleur, de la composition, du caractère, de l'expression, du dessin, a suivi pas à pas la dégradation des mœurs. Que voulez-vous que cet artiste jette sur la toile, si ce n'est ce qu'il a dans l'imagination? Et que peut avoir dans l'imagination un homme

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qui passe sa vie dans la plus basse compagnie? J'ose dire que cet homme ae sait plus ce que c'est que la grâce. J'ose dire que l'idée de délicatesse, d'honnêteté, d'innocence, de simplicité, lui sont devenues étrangères. » Sans doute il a du talent, mais « c'est un faux bon peintre, comme on est un faux bel esprit. » Lorsque la réaction vint, on condamna non seulement son influence, non seulement le mauvais, mais tout dans ses œuvres. « On s'imagina, dit M. Mantz, que les cris de colère sont des raisons, et le xviii* siècle converti assista avec un enthousiasme cruel à l'enterrement des petits Amours et aux funérailles du rose. » On ne vit en Boucher, comme le disait encore Diderot, qu'un peintre de marionnettes. D'accord, mais ces marionnettes sont souvent charmantes. Il est juste cependant que, parmi les artistes, « ceux-là seuls restent grands qui ont su parler à l'âme humaine* ».

Boucher est, avec Watteau, le plus célèbre des peintres de fêtes et de scènes galantes, mais il n'est pas le meilleur. Il eut un rival dans Natoire (1700-1777), qui s'adonna plus que Boucher à la mythologie et au portrait. Il ne vaut pas, par l'exécution du moins, ses prédécesseurs, Pater (1695-1736), qui a plus de franchise, est moins peintre de boudoir et se rapproche quelque peu de Téniers dans sa Fête champêtre et son Arrivée des corné" diens, au Mans ; ni Raoux (1677-1737), qui est plus froid, mais a une exécution très soignée et un dessin correct; ni Lancret (1690-1743), qui prend souvent pour modèle le personnel et le public de l'Opéra, mais ne s'y renferme pas exclusivement et d'ailleurs étudie consciencieusement ses modèles et le paysage où il les place. C'est Watteau qui lui avait conseillé de ne pas prolonger son séjour à l'atelier et d'aller étudier la nature des environs de Paris. Quant à l'héritier de la vogue de Boucher, //. Fragonard (1737-1806), il l'emporte sur lui par la verve et la variété.

t. P. Mantz, Boucher. M. Mantz distingue avec raison trois manières dans Boucher : apprentissage, maîtrise et décadence. Dans la bonne période (1737-1756), il semble vouloir devenir un vrai coloriste et sonçer à Kubens.

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Le paysage. Les animaliers. J. Vernet. Oudry. — Pra-

gonard a fait également des paysages très vivement touchés et pris sur nature. Le paysage est d'ailleurs représenté honorablement au xviii"' siècle par Lantara et par Joseph Vernet. Lantara (1739-1778) avait été berger dans son enfance et s'amusait à crayonner sur les rochers et sur les murs des essais qui furent remarqués par le fils de son maître. Ses tableaux, bien éclairés et agréablement composés, eurent de la vogue ; ce qui ne l'empêcha pas de mourir à l'hôpital. Quant à Joseph Vernet (1714- 3 déc. 1789), le premier nom célèbre, mais non le premier artiste de talent de cette famille illustre, il est le peintre qui a fait les meilleurs tableaux du temps, et un des plus grands peintres de marine du monde. Exact dans ses vues de ports, poétique, ému dans ses clairs de lune et ses tempêtes, plein de verve dans les petites figures qu'il place dans les sites divers qu'il représente, toujours spirituel, toujours d'une habileté consommée dans la composition, il mérite d'être placé non loin de Claude. « Dans la foule des marines de Vernet, dit Diderot, c'est toujours la même imagination, le même feu, la même sagesse, le même coloris, les mêmes détails, la môme variété... Les mers se soulèvent et se tranquillisent à son gré, le ciel s'obscurcit, l'éclair s'allume, le lonnerre gronde, la tempête s'élève, les vaisseaux s'embrasent ; on entend le bruit des flots, les cris de ceux qui périssent. On voit... tout ce qu'il lui plaît. » La pointure d'animaux s'honore de Desportes (1661-1743), qui continue sous Louis XV la série de ses succès, et de son digne successeur Oudry (1686- 1755), peintre des chasses royales et des fables de La Fonlaine, qui a fait aussi des paysages rappelant la simplicité aimable d'IIobbéma.

Les peintres de batailles. — Le talent d'Oudry pour peindre les chevaux se retrouve chez les peintres de batailles tels que Charles Parroccl (1688-1752), Martin le

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