VERNET. — OUDRY. — LATOUR. — CHARDIN
Jeune, qui continuent Van der Meulen. Casanova (1730- 1805) a plus de puissance et d'émotion; il sait rendre l'horreur du combat et est un remarquable paysagiste. J.-B. Le Prince (1733-1781) est un de nos premiers peintres de genre militaire. Ayant vécu longtemps en Russie, il a fait aussi un nombre considérable de vues et de scènes de la vie religieuse et civile de ce pays, alors peu connu. Le portrait. Latour. — Le portrait est une des peintures les plus heureusement cultivées du xviii® siècle. Jean-Baptiste Vanloo (1684-1745), Nattier (1685-1766), ruinés par le système de Law, abandonnèrent l'histoire et la mythologie pour ce genre plus lucratif. Le second surtout a fait des œuvres excellentes, flattées sans doute, mais que l'on sent ressemblantes. Tocqué (1696-1772), qui fut recherché jusqu'en Russie et en Danemark , a plus de simplicité et de fermeté que Vanloo; il a presque l'éclat de Higaud dans ses portraits de Marie Leczinska et du Dauphin âgé de dix ans. Tournières (1668-1752) donne à ses petits portraits historiés les qualités qui distinguent ses tableaux de genre et ses sujets de fantaisie. Griniou (1680-1740) y conserve le clair-obscur et le sentiment de la couleur qui recommande ses scènes po<)U' iaires, Fr.-Huhert Drouais (1727-75), supérieur à son père Hubert Drouais (1699-1767), M°»« Lebrun (1755-1842), Ca//ef (1725-1825), Duplessis (1725-1802), appartiennent à la seconde moitié du siècle ; Duplessis est Tauteur du portrait de Gluck si vanté par M"^ de Lespinasse, et peut-être du portrait de femme anonyme de la galerie Lacaze, un des chefs-d'œuvre de cette époque. Il faut signaler aussi des miniaturistes tels que Hat ^, qui donne à ce genre une grâce aisée qu'il ne connaissait pas.
1. Le genre de la miniature, favorise par l'habitude des tabatières, des boîtes
à mouches et des gages d'amour, est très cultivé en France et à rétranp:pr
{Liotard, Fèliciié Tibah/i, Ismaél Mengs, Klinstet et Hubert Drouais le pèic, cité J»liis haut, Arlniid, etc.).
Mais le plus remarquable portraitiste du siècle est le pastelliste Maurice-Quentin de Latour (1704-1788), qui porte dans ce genre, où la mollesse et la convention sem blent presque inévitables, un sentiment de la vie, une puissance de réalité, qu'il impose à sa brillante clientèle Car rien de moins courtisan que ce peintre de grands seigneurs, qui refuse de se déranger pour aller faire le portrait de M™^ de Porapadour; qui, plein de la lecture des philosophes et des politiques, fait devant Louis XV une allusion à ce que nous n'avions plus de marine. « Vous oubliez. Monsieur, dit le roi, qu'il y a Vernet. » Latour possède au suprême degré le sentiment de la distinction mondaine, mais il ne l'affadit pas. Il n'hésite pas au besoin à faire un œil plus petit ou plus bas que l'autre, tel que le modèle le lui donne, et Diderot a pu dire : « Dans ses ouvrages c'est la nature même, avec le système de ses incorrections telles qu'on les y voit tous les jours. » 11 a peint Louis XV, M™^ de Pompadour, Voltaire, Rousseau.
11 a un émule dans Perroneau (1715-83), un rival dans Chardin plus puissant peut-être, mais moins varié'.
Les peintres de la bourgeoisie. — Chardin (1699- 1779) prenait ses modèles dans un milieu bien différent. Au moment où Boucher est dans tout son éclat, il obtient un grand succès cependant en peignant des sujets empruntés à la vie de la petite bourgeoisie (le Bénédicité, la Cuisinière, V Écolier), ainsi que les objets divers de ces intérieurs modestes, ustensiles de ménage, instruments de musique, etc. Il fut reçu et agréé à l'Académie le même jour, dès 1728. S'il n'a pas la jouissance des grands Flamands, il en approche souvent, et l'on voit dans ses œuvres, comme le remarque Diderot, que « la largeur du faire est indépendante de l'étendue de la toile et de la grandeur des objets ». Il a du reste excellé dans la nature
1. Citons encore : M'"" Guyard, Boze, la Vénitienne F. Carriera (1671-1757), le Hollandais Troost, l'anf^lais Eussel, l'Allemand B Mengs, le Suisse Lictard (1702-89).