‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 330 sur 424 · L'ANTIQUITE ET LA N AT U R E. — G REUZE · texte numérisé non relu

L'ANTIQUITE ET LA N AT U R E. — G REUZE

morte, genre où il a été imité par Roland de La Porte (1724-1793). Jeaurat, né la même année que Chardin, mort deux ans après lui, représente avec moins de force d'exécution des scènes plus variées, empruntées à la campagne comme à la ville [V Exemple des mères, le Pressoir de Bourgogne, le Déménagement du peintre). Le xviii* siècle avait donc repris la tradition trop vite disparue des Le nain ; le tiers étal avait ses peintres.

Troisième époque. — Tendances nouvelles. — La nature et lantiquité. Influence de J.-J. Rousseau. — Ce goût, qui n'était qu'accidentel, va prendre une importance capitale à la fin du siècle. Diderot a prêché la simplicité, le naturalisme; il veut même que la tragédie devienne bourgeoise, et d'autre part La Chaussée a déjà créé la comédie larmoyante. D'ailleurs, même antérieurement, les littérateurs mondains tels que Favart, Fontenelle, aussi bien que les peintres, ne montrent-ils pas, dans leurs fausses idylles, que la société, saturée de conventions, cherche à se donner par l'imagination ce qui lui manque? Dans le dernier tiers du siècle, ce n'est plus Voltaire qui est le roi de l'opinion; ce qu'il a de brillant et de superficiel ne suffit plus. Le fils d'un horloger de Genève dispute la suprématie au seigneur de Ferney, et l'obtient à tel point que Voltaire lui-même se modifie devant le nouveau mouvement d'idées que l'auteur de V Emile, de \di Nouvelle Héloïse et du Contrat social a provoqué. Deux tendances vont alors, non pas se disputer, mais dominer simultanément, sinon les cœurs et les volontés, du moins les esprits. Ces deux tendances, c'est surtout Rousseau qui les a représentées et défendues avec le plus d'éloquence et le plus d'influence sur le public : d'abord le retour à la nature qu'il faut admirer et aimer, indépendamment de l'homme lui-même, avec les sentiments simples qu'elle inspire; puis le retour à l'antiquité plus ou moins comprise, plus ou moins légitimement admirée, à ces socié-

tés primitives précisément plus [)rès de cette nature à laquelle il convient surtout de se rattacher.

Greuze. — Ces deux tendances se montrent nettement dans l'art, en musique comme en peinture. D'un côté Gluck et David, de l'autre Grétry et Gveuze. La parenté est visible entre V Accordée de village et V Epreuve villageoise, et même entre Iphigênie en Tauride et la Mort de Socrate, quoique David n'aimât pas Gluck.

Greuze (1725-1805) continua, en lui donnant plus d'ex tension et en attirant sur lui une faveur plus grande et plus éclatante, l'œuvre de Chardin et de ses émules. Avec une exécution infiniment plus séduisante, une touche d'un moelleux exquis qui le rapproche des vrais maîtres de la grâce, Greuze sait, dans ses compositions, bien plus variées, bien plus importantes, intéresser à la fois les peintres, les écrivains et le public, à la Malédiction paternelle, au Retour du fils maudit, à V Accordée de village, à la Lecture de la Bible. 11 y a bien là quelque afféterie, quelque mélodrame, trop de préoccupations littéraires; mais, malgré la science insuffisante du dessin, ce ne sont plus des marionnettes ni des figures de mode. Le costume, plus simple, laisse mieux sentir la souplesse du corps. C'est bien la vie qui reparaît dans d'excellents morceaux de peinture, c'est bien Tâme qui reparaît avec l'émotion et les larmes. On pardonne bien volontiers à l'auteur de la Cruche cassée ou de V Innocence malheureuse sa malencontreuse excursion dans l'histoire de Septlnie-Sévère et Caracalla^ . Il avait fait cette tentative pour se faire recevoir à l'Académie comme peintre d'histoire, ce qui donnait seul droit à tous les honneurs <ie. la Compagnie. Ce

I. La peinture de genre conlinuo à s'appliquer aux scènes de conversa- Aon ou de société. Nous sigualerons, ne fût-ce que pour l'intérêt du sujet, le Concert donné par le petit Mozart et sa saur chez le prince de Conti, œuvre d'O/ZiVier ( 1712-1 784).0n peut citer parmi les cooTêmp-orains de Greuze, LéplcU (1735-1784), dont on voit au Louvre une Cour de ferme; Loutlterbourg (1740-1812). qui a peint des « bergeries» et aussi des batailles.

ARCHEOLOGIE. —WINGKELMANN. — M EN GS 679

fait suffirait à montrer que le goût sinon l'intelligence de l'antiquité n'avait jamais disparu.

Influence des antiquaires . Caylus. Winckelmann et Raphaël Mengs. Les fouilles de Pompéï. — L'Académie de Fruuce à Rome aurait suffi à le mainlenir. Les conférences de l'Académie royale, même lorsqu'elle a Boucher pour directeur, sont pleines de l'idée qu'a si bien résumée Diderot, que « l'antiquité doit nous apprendre avoir la nature ». D'ailleurs, pendant le xviiie siècle l'archéologie ne cesse pas d'être en honneur. La petite Académie devient en 1716 l'Académie des inscriptions et belles-lettres ; Monlfaucon publie de 1719 à 1724 les quinze volumes in-folio de son Antiquité expliquée et représentée en figures, et trouve de nombreux souscripteurs pour cet ouvrage si cher et si sérieux. On est surpris de la grande part faite à la Grèce et à Rome dans V Encyclopédie de Diderot. Ou trouve parmi les antiquaires de grands seigneurs comme le comte de Caylus (161)2-1765). M. Guillaume a dil avec raison qu'on n'avait pas tenu assez de compte de l'aclion de Caylus sur la renaissance classique du xviii® siècle*. Dessinateur et aquafortiste distingué, également passionné pour l'art et pour l'antiquité, il fut le premier à marquer l'ascendant que les antiquaires allaient prendre sur les artistes.

Ce fut en Allemagne que le mouvement inauguré en France prit d'abord une forme dogmatique dans le Laocoon de Lcssing (1729-1781), et plus encore dans les divers ouvrages de Winckelmann (1717-1768), quia pu exagérer certaines admi rations, mais dont l'enthousiasme sincère va à ce qui lui paraît le plus élevé et le plus grand. Le seul peintre supérieur qu'eut alors l'Allemagne, Raphaël Mengs (1728-1779), s'attache à Winckelmann, s'inspire de Raphaël comme de l'antique, et voit en partie ses efforts récompensés dans des œuvres fort remarquables, telles que V Adoration des bergers et ses autres peintures de VEscurial. Mais, soit que la tentative fût prématurée, soit que le talent ne fût pas assez puissant pour s'imposer, soit qu'enfin la France fût le véritable centre des arts et qu'il fallût que l'impulsion partît de là, il n'accomplit

1. Cependant Marmonlel lui est peu favorable, comme on le TOJt dan» ••• tiemoires. — Rocheblave, Essai sur le comte de Caylus.

pas, malgré l'estime qui l'entoura, la révolution artistique qu'il désirait. Cependant les touilles d'Herculanum dès 1713, les fouilles de Pompéï surtout, commencées plus tard, en 1755, et auxquelles viennent se joindre près de Parme celles de Velleia, la Pompéï du nord de l'Italie (1760-1764), excitent dan» toute l'Europe, et particulièrement en France, une curiosité passionnée. Les délicates ornementations de Pompéï ne tardent pas à faire sentir leur influence dans la décoration de nos appartements et la forme de nos meubles. Ce n'est pa» pour les seuls érudils, c'est jjour le public mondain de la fia du siècle que l'abbé Barthélémy compose son Voyage du jeune Anacharsis, qui paraîtra en 1789.

Pourtant, si Boucher fut en butte à quelque opposition, comme directeur de l'Académie, et si une mauvaise volonté plus grande se manifeste à l'égard de Pierre (1713-1789), soa successeur, quoique celui-ci abordât plus souvent les grands sujets, il est certain que le style de nos académiciens était peu classique, peu antique. Il serait trop long d'indiquer ici ce qu'il y avait d'utile dans l'ancienne Académie, même telle qu'elle était alors, de montrer en quoi la réaction qui allait bientôt triompher l'attaquait à tort, en quoi elle maintint même pendant l'omnipotence de David, tout en le considérant comme son chef, une partie de son ancien enseignement, en quoi cet enseignement se retrouva vivant encore dans ce qu'il avait de meilleur au moment où l'école de son ancien adversaire tombait devant le mouvement romantique * . Mais remarquons que pour David et le mouvement d'opinion qu'il dirige, le mot académique, toujours pris en mauvaise part comme il convient dans les polémiques, est juste l'opposé de ce que nous entendons aujourd'hui par ce mot : c'est la manière de composer et de peindre de Boucher. Par un juste retour des cnoses d'icibas, cette même épithète d'académique allait bientôt être appliquée comme une injure aux sectateurs attardés de David. Le sens des mots a parfois des vicissitudes singulières.

Vien. Le Salon de 1785 et les « Horaces » de David. —

1. On trouvera dos indications sur ce point dans un article de M. Guillaume, publié dans la Revue des Deux Mondes du 15 septembre 1890, V» Directeur de l'Académie de France a Home, Jean Alaux,

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