VIEN. — SALON DE 1785. — DAVID
Quoi qu'il en soit, lorsque Vien (1716-1809), le protégé de Caylus, le représentant le plus autorisé des tendances nouvelles, voulut se faire agréer à l'Académie, on jugea les œuvres qu'il présentait insuffisantes; on l'accusait d'imiter trop simplement la nature. Il faillit être repoussé encore lorsqu'il présenta, un peu plus tard, son Enibar" quement de sainte Marthe (aujourd'hui à l'église de Tarascon), dont le succès fut cependant considérable. Boucher, qui savait apprécier un art difTcrent du sien, déclara, à son honneur, qu'il ne reparaîtrait plus à l'Académie si Vien n'y était pas admis. Vien est le véritable précurseur de David. Ses peintures sont assez froides, mais consciencieuses, d'un dessin correct qui cherche la fermeté, et d'un coloris assez solide (la Prédication de saint Denis, à Saint-Roch; Y Ermite endormi, Saint Germain et Saint Vincent, au Louvre; Offrande à Vénus^).
Il y a le même souci d'un art sérieux, mais avec plus de vie, dans Doyen (1726-1800), qui vécut longtemps en Russie, où il peignit plusieurs /(/«/"owc^s à l Ermitage ; sa Peste des ardents (à Saint-Roch) a pu donner quelques indications utiles au peintre des Pestiférés de Jaffa. Lagrenée (1724-1805), qui fut appelé à la cour de Russie par la czarine Elisabeth et y passa trois ans (1700-1763), suit avec modération le mouvement dans son Enlèvement de Déjanire et sa Veuve du Malabar. Mais c'était un élève de Vien, David, qui allait vraiment créer la nouvelle école. Le succès retentissant de son Serment des Horaces, au Salon de 1785, est un fait d'autant plus considérable que le mérite de l'œuvre ne suffit pas à l'expliquer. Il indique îe changement du goût public et marque une époque dans l'histoire de la peinture.
1. Les dernières années de Vien furent pleines de vicissitudes. Il fut nommé peintre du roi (17 mai 1789), peu de temps avant que ce titre fût supprimé. La Révolution le ruina. Mais, quoique octogénaire, il ne se découragea pas; il prit part à un concours ouvert par le gouvernement en 1T96 ctoblintle prix. Il mourut sénateur de l'Empire et commandeur de la Léj^iou d'honneur.
LE XVlil- SIECLE
Sculpture. Houdon, Pajou, Julien et leurs contemporains. — La sculpture avait beaucoup nioins besoin de réloi-rae. A la fin du siècle elle montre un plus grand souci (Je la pureté des lignes, mais sans perdre cependant le sentiment de la vie et la puissance de l'expression : Houdon (1741-1828; a exécuté la statue de Voltaire du Théâtre-Français, œuvre où les atteintes de la vieillesse
Fig. 2C1. — Tète de la Diaue de Houdon iLouvrel».
sur un corps décharné, rendues avec un puissant réalisme, sont illuminées par l'expression la plus spirituelle que l(i marbre ail jamais réalisée. Il est aussi l'auteur de cette Diane debout du Louvre, qui en peu de temps devinl classi([ue et l'est restée. Houdon est un des plus grands sculpleiirs des temps modernes. Dans sa longue carrière, il a pu repi'éseiile)' Voltaire, Rousseau , Washington, et
1. Figure empruntée à V Ancienne Franct : Sculpteurs et Architeciet (Didot, éditeur). — RéiiOtition en marbre avec chanf^ements à VErmitage.