‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 332 sur 424 · HOUDON. — PAJOU. — JULIEN. — GRA^ URE G · texte numérisé non relu

HOUDON. — PAJOU. — JULIEN. — GRA^ URE G

sur ses vieux jours \ empereur Napoléon. Ses bustes eîi terre cuite suffiraient à sa renommée. Julien (1737-1804) dans son Amalthée a fait une œuvre digne d'Athènes par la grâce simple et la francliise, sans êlre pour cela un pastiche. Pajou (1730-1809) rend avec la même sincérité les caractères divers qui conviennent aux sujets qu'il traite. Peu d'artistes ont eu une exécution à la fois aussi originale ■et aussi naturelle. Soit qu'il représente M^ Duharry dans l'éclat souriant de sa faveur, ou Marie Leczinska sous les traits de la Charité, dans une noble simplicité bien différente de la triomphante Junon de Goustou; soit que, dans la Nymphe avec des petits Satyres, il nous rappelle son contemporain Clodion, mais dans un style agrandi ; soit qu'avec plus de fermeté il sculpte les graves figures de Pascal et de Bossuet, ou qu'enfin il fasse dominer l'énergie du ciseau dans son groupe de Cerf>ère enchaîné par Plw ton, Pajou est, à ce qu'il semble, un des sculpteurs qui ont le plus influé sur l'école du xix^ siècle. Après les trois noms illustres que nous venons de citer, il y en aurait bien d'autres; tels ceux de Delaistre (1746-1832) pour son groupe de l'Amour et Psyché ; Roland (1746-1816) pour son Homère chantant, œuvre digne d'un pareil sujet. La sculpture n'avait donc pas grand'chose à gagner à la réforme qui allait triompher : elle l'avait déjà réalisée dans r-e qu'elle avait de vraiment légitime.

La gravure. — La gravure aussi s'était maintenue dans de bonnes tradilions tout le long du siècle. Au début de la période nous retrouvons les graveurs attitrés de Rigaud, les Dres'et. Il nous est difficile de reconnaître une décadence dans des œuvres qui, si elles poussent à ses dernières limites la virtuosité du burin, ne lui sacrifient pas le style. Pierre Drevel (1664-1738), qui était déjà célèbre sous Louis XIV, se montrait digne de son passé dans ses portraits du Cardinal Fleury et de Louis XV enfant. Son fils Pierre Irabert (1697- 1739) achevait à l'âge de vingt-six ans son Bossuet, qui est m»

des chefs-d'œuvre de l'art, et maintenait une réputation si rapidement acquise par des estampes telles que les portraits du Cardinal Dubois, à' Advienne Lecouvreur. Claude Drevet, cousin de Pierre Imbert, l'égalait presque dans son portrait de Guillaume de Vintimille. Plus tard, J. Vernet crée une école de graveurs paysagistes de premier ordre avec Baiechou (1715-1765), Lehas, Vivarès, Ozanne. Flipart est surtout le graveur de Greuze. Le genre si français de la gravure originale de portraits ne se maintient pas à la hauteur où l'avait porté Nanteuil, mais s'honore des deux Saint-Aubin, Aug. (1736-1807) et Gabriel (1724-83). Les œuvres des petits peintres sont gravées avec une fermeté et une science qui rend souvent la traduction supérieure à l'original, par Laurent Cars (1699- 1771), Chedel, de Longueil, de Launay, par Ch.-Nic. Cochin (1688-1759) et par son fils (1719-1790), duquel on a la Mort d'Hippolyte d'après de Troy et les Batailles de la Chine.

Ce dernier appartient'âussi à ce groupe de dessinateurs qui ont alternativement manié comme lui le burin ou le crayon et comptent parmi les représentants les plus caractéristiques et les plus spirituels du xviii® siècle. Le plus célèbre est Moreau (1741-1814), dont l'œuvre comprend plus de deux mille pièces; puis viennent Gravelot (1699-1733), ^/sen (1720-1778), etc. La vignette et les gravures de très petites dimensions sont fort recherchées. Ficquet et ses imitateurs, tels que Grateloup, y font preuve d'une grande finesse. La gravure est même pendant tout le siècle un passe-temps à la mode, qui séduit les plus grands personnages. On a conservé du régent Philippe d'Orléans, de M"^ de Pompadour, de la reine Marie Leczinska, des eaux-fortes agréables. L'auteur dramatique Carmontelle (1717-1806) a manié la pointe avec un talent qui fait de lui plus qu'un simple amateure

Un autre ordre de faits montre combien la gravure est appréciée : ce sont les efforts faits pour en varier les procédés. La gravure à la manière noire se répand d'Angleterre en France. La gravure en manière de crayon, ou gravure à la roulette, est inventée par François et Demarteau. Le peintre

1. Voir un intéressant article du Magaxin pittoresque, anaéô 1849, p. 14fiv sur les artistes grands seigneurs du xviii» siècle.

ECOLE ANGLAISE AVANT HOGARTfl 685

J.-B. Le Prince perfectionne la gravure à l'aqua-tinta ou au iavis inventée par Saint- Nom, et lui assure un grand succès. Le miniaturiste Leblond (né à Francfort 1670), mort à Londres (1741), invente la gravure en couleur. Dufay tente dès 1728 un premier essai de gravure à l'acide sur pierre, qui prépare l'invention de la lithographie par Senefelder (1793). A l'étranger, la gravure est aussi fort cultivée au delà du Rhin. Wille (1714-1808), Chodoiviecki {1121-lSOl), Ridinger avec ses belles scènes de chasse, se rattachent à Técole française. Il en est de même des graveurs italiens avec Porporati (1741- 1816), qui a cependant un burin plus moelleux {Suzanne d'après Santerre), avec Volpaio (1733-1802) le maître de Raphaël Morgen (1758-1833), avec Bariolozzi (1725-1813) qui fit sa carrière en Angleterre, où se constitue alors une véritable école de gravure qui recherche surtout les effets pittoresques et donne trop au détail. Elle a des burinistes remarquables,. Strange, Woollet (1735-85) qui excella dans le paysage et a gravé la mort du général JVolf; elle se place au premier rang dans (( la manière noire » avec William IFard, James Ward^ James ff'utson, Green, Smithy Jones, W. Reynold. Il faut mettre à part les gravures de William Hogarth.

École anglaise avant Hogarth. Les architectes Inigo Jones et Ch. Wren. — Ce nom d'Hogarth nous annonce que l'école de peinture anglaise est enfin constituée; c'est là le principal événement artistique du siècle. Il est singulier que l'Angleterre, qui avait joué un rôle si considérable, en somme, dans l'art du moyen âge, comme l'attestent tant de belles cathédrales gothiques et ses miniatures; l'Angleterre, qui avait depuis produit de si grands poètes, prouvant à quel point ses enfants étaient doués d'imagination, ait été si longue pendant les temps modernes à se faire une place dans les arts. Avant le xvni® siècle nous n'avons guère à signaler que trois artistes de grande valeur: les architectes Inigo Jones (1572-1656), auteur de la Bourse de Londres, de la salle des Banquets de WitehaU^ Petrs. — Hist. de B Arts 39

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