‹ Histoire générale des beaux-arts, contenant plus de 300 illustrations d'après les œuvres les plus célèbresChapitre 337 sur 424 · LA REFORME CL AS SIQUE. — D A VI D · texte numérisé non relu

LA REFORME CL AS SIQUE. — D A VI D

sujet soit romain. Dans la dernière œuvre qu'il exécuta en France, avant son exil comme régicide (1815^, Léontdas aiuK Thermopyles, il entendait même ne s'inspirer que de l'école antérieure à Phidias. Mais en général il reste romain. De plus, sous prétexte d'antiquité, comme l'arl gréco-romain ne nous est vraiment connu que par des statues, il s'interdit le plus souvent les raccourcis variés, les gestes vifs, le clair-obscur. « Or, dit Schelling, si les envahissements de la sculpture sur le domaine de la peinture ont pour résullat la corruption des arts, d'un autre côté, resserrer la peinture dans les conditions de la forme de la sculpture, c'est lui imposer des limites arbitraires. Car si la première tend, comme la pesanteur, vers un point unique, la peinture, comme la lumière, peut remplir l'espace entier de l'univers. » David pense que l'antiquité ne doit pas seulement servir de modèle, mais qu'elle doit presque exclusivement donner des sujets. C'est en elle seule qu'on trouvera des inspirations vraiment dignes de l'an. La peinture qui s'inspire des événements du jour ne mérite pas le titre de peinture d'histoire. Lors du concours ouvert en 1810 pour les arts et les lettres, on ne comprit sous le nom de peinture d'histoire que les sujets pris dans la Bible, la mythologie, l'histoire ancienne, ou la fantaisie. Les peintures qui représentaient les événements glorieux du temps forment une classe à part, considérée comme secondaire, sous le titre de Tableaux représentant un sujet honorable pour le caractère national. On voit par là combien l'antiquité était estimée et connue du public, et combien des œuvres qui nous paraissent peu intéressantes aujourd'hui pouvaient passionner au contraire les contemporains de David, qui retrouvaient Sparte dans les assemblées de la Révolution et l'empire des Césars dans l'empire de Napoléon.

Il n'en est pas moins vrai que le chef-d'œuvre de David, plus que les Sablnes, ou la Mort de Socrate, est le Cou-

ronnenient de Napoléon. Il faut remarquer que souvent, et notamment dans ce tableau, David s'est montré un véritable coloriste. Il faut remarquer aussi que, malgré le soin excessif qui polit certaines peintures de lui et de son école, cet art vise à l'expression, à la forme dramatique : «ntre ses œuvres et celles qui les précèdent il y a un contraste analogue à celui qui nous frappe lorsque nous passons de l'école affaiblie de l'Empire aux audaces de Delacroix. L'école de David, pas plus que celle des peintres du XVIII® siècle, n'est exempte de préoccupations littéraires; elle veut être éloquente, et elle y réussit souvent. La suprématie de David s'impose à tous, mais elle n'a pas besoin pour cela d'être tyrannique. Le goût public penchant de ce côté, il alla, pour ainsi dire, au-devant d'elle, et les écoles rivales de Vincent et de Regnault ne peuvent que se soumettre à cette influence, sous peine de perdre toute autorité. David fut le Lebrun de son temps. H dessina les costumes des magistrats et parfois même des militaires, régla les fêtes nationales; il imposa son style à la décoration, au mobilier, à l'orfèvrerie*, donna même des modèles de cartes à jouer.

Son influence fut sans doute trop envahissante; mais, quel que soit le jugement qu'on porte sur l'œuvre de David, il a

1. Ici, à l'inQueDce de l'antiquité classique s'ajouta l'influence de l'Egypte ipharaonique, que l'expcdilion de Bonaparte sur les bords du Nil avait nnise à la mode. Pour presque tout ce qui tient aux iaduslrics d'art, la période <jui commence à la Révolution marque une décadence. L'abolition des corporations (nous n'envisageons pas ici le côté économique et social de la question), mesure excellente pour faciliter les inventions mécaniques et développer les industries usuelles, ne pouvait avoir de bons résultats pout des travaux plus délicats, qui dépondaient davantage des traditions et de 2*habileté iadividuelle formée dans un apprentissage loag et régulier. Sans valoir le style Louis XVI, le style « Napoléon » n'est pas à dédaigner et il s'imposa â toute l'Europe. S'il soulTre moins que d'autres la médiocriié il peut s'honorer d'ébénistes comme Jnrob et Desmalter, d'orfèvres comme Thomire,Odiot (1759-1814), Ravrio (1763-1850), Biennais. Il a des chefs-d'œuvre tels que le berceau du roi de Rome, la psyché et autres objets de la « toilette » de Marie-Louise. Il est vrai que Prudhon en avait donné les dessins admirablement réalisés parThomire et Odiot. Signalons aussi l'éclat exceptionnel de la manufacture de porcelaine de Sèvreg avec laquelle peuvent presque lutter, Dihl, Nast et Dagouj.

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